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La balance émotionnelle de Gris (3/3)

Voici la troisième partie d’une série de trois articles portant sur le duo québécois Gris. Dans la mesure où la chronique me semblait inadaptée à cette étude, j’ai souhaité traiter des trois albums d’un seul coup pour pouvoir aborder la question chronologique, qui me paraît primordiale, d’où la nécessité de diviser cela en trois parties.

Six ans après la sortie de Il Était Une Forêt, rien que cela, Gris récidivait avec À l’Âme Enflammée, l’Äme Constellée, un album qui allait définitivement confirmer le virage musical emprunté par les deux québécois. Loin des vociférations très typée black metal scandinave de Neurasthénie, loin de l’atmosphère très plaintive de Il Était Une Forêt, À l’Âme Enflammée, l’Äme Constellée se démarque grandement dans la discographie de Gris.

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L’attente des plus fervents admirateurs de Gris fut soumise à rude épreuve. Six ans, ce n’est pas rien, et nous pouvons aisément imaginer que le facteur temps a eu son importance vis-à-vis de la vision musicale de nos deux artistes. Si Il Était Une Forêt était encore à peu près proche de Neurasthénie, notamment sur l’expression de la souffrance, À l’Âme Enflammée, l’Äme Constellée ne reprend aucun des codes diffusés sur son prédécesseur, sinon celui, hautement élégant, présent sur le titre « La Dryade ».

Ce troisième album, bien que le plus accessible sur le plan musical pur, est sans doute, paradoxalement, le plus complexe, le plus inaccessible par son essence, le plus spirituel et le plus métaphysique des trois. À postériori, sans doute que le virage musical emprunté ne nous surprend plus, mais sur le moment, il fallait voir nos têtes. En premier lieu, en termes de quantité, cet album dépasse tout entendement au sein de la discographie de Gris. Deux disques de quarante minutes chacun, c’est du jamais vu chez les québécois. Mais en plus de cela, nous constatons une réelle ossature dans les dix titres qui composent l’album. Rien n’est laissé au hasard. Cinq titres par disque, et les titres deux et quatre de chaque disque dépassent les dix minutes. Nous constatons une vraie distinction entre les titres pairs et les titres impairs. En effet, ces derniers agissent presque comme des transitions qui ne font qu’étoffer les titres pairs. Nous avons donc affaire ici à quelque chose de très précis de la part des québécois.

De plus, à l’oreille, la tendance se confirme. Les pistes paires sont bien plus profondes et travaillées que les pistes impaires, qui sonnent davantage comme des pistes atmosphériques où les instrumentations sont moins nombreuses. Concernant les instruments justement, le violoncelle et le violon font un retour en force. Toujours surprenant de la part d’un groupe de black metal, mais le rendu est extrêmement satisfaisant, si bien que les thématiques et les évocations demeurent les mêmes. En revanche, petite déception malgré tout concernant la disparition totale des sonorités et chants douloureux à souhait, ceux qui ont rendu Il Était Une Forêt si exceptionnel.

Concernant les paroles, nous sommes dans la lignée de ce qui a été produit sur le dernier album. Les mêmes textes de qualité poétique, les thématiques portant sur des visions d’horreur et une espèce de monde onirique dont l’équilibre dépend de celui entre la décadence et l’apaisement. La perception de la douleur et du désarroi y est plus profonde et réfléchie, peut-être moins directe ou douloureuse, même si elle y est évidemment toujours présente. On ne retrouve néanmoins pas la même intensité au niveau du chant. Impossible de retrouver les mêmes vociférations époumonées que sur Il Était Une Forêt. Dommage, mais cela est sans doute plus cohérent compte tenu de la nouvelle position des québécois.

La vision musicale du duo a considérablement changé depuis l’infect mais jouissif Neurasthénie. Mais le fait est que le travail réalisé sur À l’Âme Enflammée, l’Äme Constellée correspond bien plus à sa vision personnelle de la musique. Finalement, et sans vouloir dénigrer le travail accompli, Neurasthénie n’était qu’un album de lancement. Les québécois ont fait ce que beaucoup de formations ont fait à leurs débuts, à savoir s’inspirer des autres. Désormais, Gris est arrivé à un tel niveau de composition et d’écriture qu’il n’a plus à s’inspirer de quiconque. Gris produit sa propre musique, et cette dernière ne se nourrit de rien de plus que ce qui se trouve dans l’esprit de ses deux musiciens, et cette dimension est parfaitement audible lorsque l’on se penche sur À l’Âme Enflammée, l’Äme Constellée.

Il est évidemment clair que ce dernier album ne s’adresse pas à n’importe pas qui. Gris fait de surcroît partie de ces projets que l’on adore ou que l’on déteste. Pour aimer sa musique, il faut pouvoir s’en imprégner et pouvoir la comprendre, mais tout le monde ne souhaite pas réfléchir et analyser au moment d’écouter un album. Mais là où À l’Âme Enflammée, l’Äme Constellée devient encore plus intéressant, c’est qu’il peut réellement tenter des auditeurs n’étant pas issus de la communauté black metal. Faites écouter à une seule et même personne un titre de Neurasthénie, puis un de À l’Âme Enflammée, l’Äme Constellée. Saura-t-elle qu’il s’agit du même groupe ?

Il serait bien lourd et fastidieux de vous livrer une analyse vraiment poussée de cet album. Mais cela doit vous faire garder à l’esprit que la musique de Gris se fait plus riche à chaque écoute. Chaque auditeur est susceptible d’y trouver son compte, peu importe la position adoptée. L’étude de la carrière et de la discographie de Gris touche désormais à sa fin, et je vous remercie chaleureusement si vous avez lu les trois parties dans leur intégralité. Il n’est pas aisé d’appréhender la musique des projets tels que celui de Gris, c’est pourquoi je vous invite, si ce n’est pas déjà fait, à tenter le voyage à travers l’un des trois albums de Gris. Vous pourriez bien faire connaissance avec un univers que vous ne quitterez plus jamais.

Première partie
Deuxième partie

 

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Fondateur / Rédacteur chef - maxime.deruy@gmx.fr

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