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Piarevaracien – Spadčyna / Heritage

Pays : Biélorussie
Genre : Musique Folk
Label : Crush The Desert Records
Date de sortie : 11 Mars 2016

Il y a quelques jours, je vous vantais les mérites des différentes scènes folk d’Europe de l’est en vous parlant du dernier album de Volkolak. Nous restons sur la même ligne de conduite avec l’un des deux albums sortis en 2016 par la formation biélorusse de Piarevaracien. Originellement artistes de talents dans les registres pagan et folk metal, les biélorusses le sont tout autant lorsqu’il s’agit de s’attaquer à la réalisation d’un album de musique folk à fort aspects conceptuels. Spadčyna est un album qui respire la magnifique nature biélorusse par tous ses pores, et je vous propose aujourd’hui d’embarquer pour un voyage pictural où le dépaysement est roi.

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Si le biélorusse et son vocabulaire demeurent une énigme pour vous, sachez que le terme Piarevaracien’ (Пярэварацень en alphabet cyrillique, car le biélorusse peut aussi être employé ainsi) signifie loup-garou. Une nomination relativement sombre pour un groupe qui ne l’est finalement pas vraiment. Évoluant au sein d’un registre pagan folk assez basique, la formation de Minsk s’est attelée l’année dernière à la production d’un album majoritairement porté sur des sonorités folk. Majoritairement, car vous verrez par la suite que certaines pistes pourraient être qualifiées d’éclectiques. Il s’agissait d’ailleurs d’une espèce de parenthèse au sein de l’axe charnière de la discographie de Piarevaracien, qui a également sorti U Pošukach Pačatku Tych Šlachoŭ au cours du mois de juin, un album qui épouse davantage le style plus conventionnel du groupe.

Car le moins que l’on puisse dire, c’est que Spadčyna est un album assez atypique. En effet, la base utilisée est bel et bien folk, le genre à ériger le folklore sur un piédestal boisé, mais le reste de l’album est parsemé de touches metal et même musique électronique plus ou moins audibles. Oui, j’ai pensé exactement à la même que vous à ce moment précis, depuis quand la musique folk et la musique électronique se marient-elles ? Il est vrai qu’il est très délicat de mélanger les deux. Mais une fois les deux premières écoutes passées, il est plutôt surprenant de voir à quel point l’alchimie fonctionne. Bien entendu, cela en fera tiquer beaucoup. Cependant, si l’initiative n’est pas follement incohérente sur le plan musical, elle l’est évidemment beaucoup plus sur le plan thématique.

Encore une fois, les touches électroniques ne concernent que trois ou quatre pistes parmi les neuf qui nous sont proposées, mais nous cherchons toujours ce pourquoi il est pertinent d’inclure de telles sonorités dans un album dont le nom est le terme biélorusse pour héritage ou patrimoine. Quoiqu’il en soit, passé ce léger désagrément, il faut reconnaître à Spadčyna qu’il met l’accent sur l’émotion avant tout, et ce avec énormément de réussite. Si tout l’album ne jouit pas de la même qualité, les quelques titres qui se distinguent des autres vous feront ressentir énormément de dépaysement au sein d’une espèce de bulle intemporelle qui vous fera tout oublier. À l’écoute de cet album, plus rien n’a d’importance si ce n’est le voyage pictural que vous êtes en train d’effectuer au sein de la merveilleuse nature ruthène.

Piarevaracien a réussi à traduire toute cette splendeur à l’aide de simples guitares, de quelques percussions, et de chants en biélorusse qui se veulent profonds et très inspirés. Le groupe ne méprise d’ailleurs absolument pas l’aspect très axé sur le folklore de son album. Ainsi, chaque titre nommé (car seuls les titres contenant des paroles ont été nommés) est porteur d’un fort aspect païen ou patriotique. Prenons « Kalada » à titre d’exemple, car il s’agit à mon sens du joyau de Spadčyna. Son nom est tiré d’une ancienne célébration slave du solstice d’hiver. Les gens portent à cette occasion des costumes traditionnels et des masques pour éloigner les mauvais esprits. De la même manière, le titre « Dunaju », autre pépite de cet album, porte sur le Danube et sur les mythes qui lui sont associés. Vous l’aurez compris, Spadčyna est une véritable ode à la Biélorussie et à son peuple. Celle qui nous fait rêver et qui nous donne des frissons. L’amour véritable.

Cette parenthèse folk au sein de la discographie de Piarevaracien est du plus bel effet. Un album qui n’est certes pas totalement réussi, mais dont les évocations font rapidement oublier les légers désagréments qui le parsèment çà et là. La formation biélorusse n’est que trop peu connue, à l’échelle de son pays comme à l’échelle européenne, et cela n’est pas fait pour rendre hommage à son talent. Je vous conseille également fortement d’écouter ses autres albums, notamment U Pošukach Pačatku Tych Šlachoŭ, car son pagan folk fait preuve de beaucoup de fraîcheur. Pour sa part, Spadčyna est un album à mettre entre toutes les mains, tant sa capacité à transporter et à émouvoir nous prend aux tripes. Un diamant imparfait, mais dont l’éclat brille tout autant que la campagne du pays aux yeux-bleus.

 

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Fondateur / Rédacteur chef - maxime.deruy@gmx.fr

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