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Bathory – Bathory

Pays : Suède
Genre : Black Thrash Metal
Label : Black Mark Production
Date de sortie : 2 Octobre 1984

Bathory. Vous le sentez ? Le vent du culte qui vient vous fendre sur le visage ? Le souffle de légende qui vous pousse dans le dos ? Le parfum du mythe qui s’engouffre dans votre poitrine à l’évocation de ce seul nom ? Tout ça, chers lecteurs, tout ça grâce au boulot d’un adolescent suédois qui passera à la postérité sous le titre de géniteur du black metal. Rien que ça. Revenons là où tout a commencé ; revenons-en à la Bête qui semble vous sourire sardoniquement d’entre ses ténèbres.

bathory

L’éponyme de Bathory, son premier album, est sans doute l’un des albums de metal ayant eu le plus de répercussion à travers toute l’histoire de cette musique. Rendez-vous compte, il sort en 1984. 1984 ! Soit bien avant énormément d’albums cultissimes du metal, seulement quinze ans après les premières diableries de Black Sabbath ! La fameuse NWOBHM est en pleine explosion, le thrash sort peu à peu de l’ombre porté par les titans américains, Venom a sorti son mythique Black Metal seulement deux ans plutôt, Judas Priest et Iron Maiden sont au sommet de leurs carrières. Et voilà qu’un petit bonhomme de rien du tout, Thomas Forsberg, perdu au fin fond de la Suède, décide de composer tout seul un album reprenant l’aspect ultra rock’n roll de Motörhead en envoyant balader la technique et les soli de guitar hero typiques de l’époque en y ajoutant l’agressivité et le son cradingue de la scène thrash allemande émergeante avec Sodom en influence bien audible, d’assaisonner la recette avec une ambiance débauchée et malsaine certifiée Satan, et enfin, d’enregistrer le tout dans son garage.  J’ai personnellement toujours détesté entendre affirmer que le black metal doit beaucoup au punk. Et bien sûr, si vous pensez aux groupes de la seconde vague du genre, les influences punk sont complètement absentes. Sauf peut-être chez les joyeux compères de Darkthrone, mais eux, disons qu’ils ont toujours été un peu à part, pour faire dans l’euphémisme. En revanche, du côté de la première vague de black metal, le punk est bien présent ! Venom, Sarcofago et bien sûr Bathory sont complètement punk dans la démarche. L’énergie, la simplicité technique, la vitesse effrénée, le côté « rien à foutre » et « dans ta gueule ». Et puis bon, le black metal est un héritier direct du thrash, qui lui-même s’est créé en ajoutant l’énergie et l’agressivité punk au heavy metal. Mais tout de même ! En 1984, Slayer n’a même pas encore sorti son « Reign In Blood » ! Précurseur jusqu’au bout le Quorthon !

Tout ce long blabla pour dire une simple chose : cet album n’a pas grand-chose de black metal au sens où on l’entend de nos jours. Oubliez la majesté d’Emperor, la transcendance de Burzum et les impiétés glaciales de Mayhem, fondé d’ailleurs la même année que celle de la sortie de cet album. Bathory, concrètement, c’est du heavy thrash bien sale, qui suinte le rock par tous les pores. L’appellation black thrash choisie pour cet album par mes soins est bien sûr très contestable, mais c’est ce que je trouve de mieux pour qualifier l’esprit de la musique de ce tout jeune Bathory. Des pistes très entraînantes et jouissives, baignant dans une ambiance infernale, sombre et peccamineuse, qui anticipe la seconde vague à venir. Pour rentrer un peu dans le vif de l’album, prenez la première piste « Hades ». Après une introduction ambient bien ténébreuse, voilà que déboule un riff mothöreadien avec un pattern de batterie simpliste, le tout baignant dans un son grésillant et mal dégrossi. Quorthon vient gueuler (pas d’autre mot) avec la voix la plus écorchée possible. Ça grésille, ça sent les amplis brûlants, la bière et la Bête à plein nez. La chanson tourne sur trois riffs ultra basiques, alternants entre eux quand Quorthon passe des couplets au refrain. Et c’est tout. Et vous avez tapé du pied en remuant la tête compulsivement, à petits coups secs, pendant les deux minutes de la chanson. Ne niez pas, ça le fait avec tout le monde de toute façon. Vous continuez à prétendre que vous êtes restés calmes ? Vous êtes de mauvaise foi. Mais soit ! Chanson suivante ! « Reaper ». Et ça alors de ça alors, mais c’est tout pareil ! Un riff ultra catchy au début, Quorthon qui s’époumone, la batterie qui ne s’arrête jamais, un refrain de quatre phrases à gueuler encore un peu plus fort que les couplets. Imparable. Vous persistez ? Vous vous proclamez toujours imperturbable ? Vous irez en enfer pour ce mensonge, vous pourrez d’ailleurs y réglez vos comptes avec Sieur Quorthon. Mais admettons. « Necromancy » commence par l’un des meilleurs riffs de l’album, très thrash, et emporte tout sur son passage. Imaginez Sodom qui aurait fait des choses PEGI 18 à un Motörhead non consentant. Oui, c’est une description qui marche pour toutes les chansons, mais c’est encore plus criant avec « Necromancy », en particulier grâce à ce solo complètement bordélique et rock’n roll à la toute fin de la piste.

Pas la peine de continuer longtemps comme ça, vous avez compris. Fini les faux-semblants, cet album est irrésistible. Il ne dure que vingt-sept minutes, mais il passe à la vitesse d’un album de Nails. Et ça ne fait vraiment pas long ! Notons les quelques petits changements de formules qui interviennent au cours de l’album, notamment sur « Sacrifice », qui se fait très heavy, avec une parodie de hurlement suraigu à la Judas Priest au début, un riff très motörheadien une fois de plus, et un solo un peu plus technique et carré jouissif, typique de la NWOBHM. Une ligne également sur « Raise The Dead », piste mid tempo avec des riffs qui pourraient presque faire penser à Candlemass. La patte suédoise commune sans doute. À part ces quelques petites variations, Bathory  s’en tient à cogner le plus fort possible en vous faisant remuer la tête comme un demeuré. Rien à voir donc avec les groupes qui émergeront au début des années 1990, qui eux vous transporteront à travers les paysages gelés de Scandinavie et les sombres méandres de leur ténébreuse poésie. Ici, vous n’avez droit qu’à une demi-heure de pur rock’n roll from hell.

Si le black metal est maintenant directement associé aux groupes de la seconde vague et à l’intégrisme de celle-ci, avec ses histoires morbides, son folklore et tout ce qu’elle de profondément spirituelle, n’oublions pas que le black metal, au tout début, ce n’était rien de plus que ça. Du rock’n roll sale, dévoué à tous les vices terrestres, entraînant, simple et jouissif. Et n’allez surtout pas penser que l’influence de Bathory s’est amoindrie au profit des codes apportés par la seconde vague de black metal. L’ombre de Quorthon est toujours bien présente, à travers les multiples visages musicaux qu’a emprunté prendre son projet. Néanmoins, mon opinion personnelle est que c’est tout de même cet opus qui a eu le plus d’influence jusqu’à aujourd’hui. Tout simplement parce que cet album était absolument nécessaire pour que l’héritage musical puisse être transmis, pour que toute la musique à venir puisse germer. Il n’y a d’ailleurs qu’à regarder combien de groupes actuels reprennent la formule Bathory première période, voire reprennent Bathory tout court. De mon point de vue, ce sont les allemands de Desaster qui ont le mieux assimilé cet héritage et pratiquent de la meilleur façon la musique impie des trois premiers albums de Quorthon. Et plus que ça, toute la vague true metal qui émerge depuis quelques années, ce retour aux styles les plus traditionnels, qui fait naître quantités de jeunes et excellents groupes de heavy, thrash, black et death metal, s’inspire énormément de l’intégrité et de la passion de Quorthon, au même titre que de sa musique, pour sortir des albums marqués par cet amour du metal de l’ancien temps, avant ses évolutions des vingt dernières années.

Assez, cela fait déjà trop longtemps que je vous retiens avec la chronique trop longue d’un album trop culte d’une durée trop courte. Bien sûr, on pourrait en parler des heures, mais cet album s’écoute avant d’être disserté. Il n’a rien d’intellectuel ni de spirituel, mais est profondément terrestre et incarné. L’éponyme de Bathory est une pierre angulaire du metal en général, et le lieu de naissance du notre cher black metal. Et ça, ça se respecte. Et puis, entre nous, autant il est parfois difficile de suivre Varg Vikernes dans ses délires musicaux minimalistes, Emperor dans ses albums toujours plus progressifs ou Mayhem dans ses constants changements de direction, autant là, vous n’avez aucune excuse. Pas de conditions particulières recommandées pour l’écoute, pas besoin de l’écouter dans le noir ou dans les ténèbres d’une forêt en pleine nuit. Cet album, vous l’écoutez n’importe où, n’importe quand, comme la bonne demi-heure historique de rock’n roll de l’enfer qu’il est.

 

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Salut vous

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