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Urfaust – Apparitions

Pays : Pays-Bas
Genre : Black Metal/Ambient
Label : Vàn Records
Date de sortie : 25 Novembre 2010

Dans la chronique du dernier Urfaust, je vous disais que Empty Space Meditation était décevant, parce qu’il n’incarnait plus l’entité spirituelle qu’est, à mon sens, le groupe. En effectuant un retour en arrière, je vous disais que Der Freiwillige Bettler était pour le coup un versant entier de ce que représente le projet ; cette spiritualité des bas-fonds, avinée et débauchée. Pour clore le chapitre Urfaust, je vous parle maintenant d’Apparitions.

urfaust

Ce long EP d’une demi-heure, c’est le second versant de l’entité Urfaust. C’est le complémentaire, la deuxième partie du réceptacle spirituel qu’incarne ce projet. Après la spiritualité alcoolique, voici l’ensorcellement collectif, la transe commune, la liturgie sectaire, le culte fanatique. La débauche n’est ici plus du tout incarnée par le vin, la crasse et les airs dansants. Vous n’aurez droit à aucune vapeur d’alcool, aucun clochard transi. Ici, vous plongez dans une spiritualité plus pure, plus affamée. Une orgie de transcendance, dans laquelle la sensibilité à l’infini se fait plus pressante que jamais. Le surnaturel est à portée de main, il étreint et devient l’ultime désir tant il se manifeste intensément.

Pour redevenir concret quelques instants, Apparitions se décline en quatre morceaux. Le premier, « The End of Genetic Circles », introduit à merveille l’EP. La piste est entièrement ambient, instaurant des nappes de claviers profondes et hypnotiques. Le son tournoie, enveloppe, ensorcelle. Toujours aussi impressionnant de voir le talent d’Urfaust pour créer une ambiance présente nulle part ailleurs, unique, complètement personnelle. Dès les première secondes, vous arrivez en terrain connu. Déstabilisant et déroutant, mais connu. Pas au sens négatif du terme, nous ne sommes pas dans la redite. Comprenez que nous retrouvons avec plaisir la patte d’un groupe passionnant et unique.

« Apparitions » vous attrape dès la sortie de « The End of Genetic Circles ». La piste est cette fois basée sur une rythmique très marquée s’appuyant sur une batterie répétitive et lourde. Les claviers viennent se joindre la batterie, vous attirant toujours plus profondément dans une transe plongeante et aliénante. Deux minutes avant la fin de la piste, des mandolines viennent poser des mélodies aigrelettes et tremblotantes sur l’inlassable rythmique. Toute la chanson est consacrée par ce passage incroyable, empli d’une spiritualité archaïque et immortelle. Un air presque oriental émane de cette plage, et une riche odeur d’encens vient pénétrer vos narines.

S’ensuit la seule piste vaguement black metal de l’album, « The Healer ». Retour au grain caractéristique des guitares d’Urfaust, avec des accords sales plaqués sur une batterie lourde et nonchalante, baignant dans une distorsion grésillante et grossière. Viennent se déployer les vocalises typiques de IX, toujours aussi théâtrales et absurdes, muées parfois en hurlements écorchés. La basse et la guitare deviennent obsessionnelles, épaissies par une nappe de clavier menaçante répétée en boucle. L’ensemble monte en puissance, se fait de plus en plus insistant et absorbant pour déboucher enfin sur « The River », point culminant de l’album.

Une piste de vingt-deux minutes dans laquelle s’élève et ondoie sans jamais discontinuer un chœur râlant, suppliant et fanatique. Un tiers d’heure durant lesquelles vous n’aurez droit qu’à ces voix grognantes, psalmodiantes, hurlantes et possédées, s’élevant et diminuant au rythme de leur procession. La rivière évoquée par le titre, ce sont ces adeptes en transe, avançant en une longue colonne dans un souterrain cryptique. Les intonations se font de plus en plus caverneuses et profondes, à mesure que la file de drogués spirituels est avalée par ce caveau suintant de l’au-delà. Ici, au fond de cette grotte, se manifeste tout ce qu’ils sont venus chercher. Leur béance spirituelle ne peut trouver satiété qu’en cet endroit oublié du monde, dans lequel les plus anciennes croyances se perpétuent pourtant encore. Tintements de clochettes, échos de voix, vagues saturations lointaines réverbérées. Un minimalisme musical qui plonge dans une léthargie de plus en plus lourde. L’Urfaust ritualiste, le voici. Ce n’est plus ce clochard secoué de visions démentielles, c’est cette cohorte décharnée d’affamés de transcendance.

Malgré ces vingt-deux minutes, « The River » ne lasse à aucun moment. La chanson est hypnotique jusqu’au bout. Les subtils et progressives variations de la piste permettent à l’auditeur de déceler un déroulé, de ressentir et d’intégrer la diégèse dans laquelle s’inscrit l’œuvre. Après avoir assisté aux danses absurdes et aux crises de folies habitées de l’Urfaust mendiant aviné, vous observez maintenant de loin cet Urfaust-ci. Entre les arbres d’une forêt sur laquelle le soleil s’est tout juste couché, vous apercevez cette mince colonne illuminées de torches incertaines et noyée sous la fumée des encensoirs, d’où émanent d’étranges sons que rien ne saurait expliquer. En vous rapprochant, vous discernez les fanatiques descendre dans le puits, comme aspirés par la terre sous laquelle ils espèrent trouver la spiritualité que leurs corps réclament douloureusement. Quelque pas seulement vous séparent du bout de la file.

Voilà. Cet Urfaust-ci mène la marche vacillante, à la tête de cette procession informe. L’Urfaust prêtre, l’Urfaust liturgiste, l’Urfaust cultiste. Le deuxième versant. Avec cet alter ego, Urfaust affirme et complète son concept. Tous les éléments sont présents, le pari si particulier de ce groupe est gagné. Comme il le voulait, Urfaust s’accomplit lui-même, dans son étrange religiosité qui n’appartient qu’à lui-même. Car Apparitions est réellement religieux et liturgique, profondément ritualiste, là où Der Freiwillige Bettler était l’expression d’une spiritualité subie, bouleversante et violente. Urfaust, où la définition de la transe spirituelle en musique.

 

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