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Nightwish – Imaginaerum

 

Pays : Finlande
Genre : Metal Symphonique
Label : Nuclear Blast
Date de sortie : 30 Novembre 2011

On entend d’ici les dents grincer, les sourcils se froncer, les soupirs, voire les exclamations indignées sortir des bouches. Qu’est-ce que ce maléfice ? Nous vous l’accordons de bonne grâce, voir Nightwish sur un webzine tel que celui-ci, porté sur l’underground, le païen, ou l’obscur, relève du blasphème. Il n’empêche que, dans une certaine optique, à savoir celle du voyage ou du conte, que nous mettons en avant à l’envie, Nightwish a tout à fait sa place parmi les groupes dépaysants à souhait. À ce titre, penchons-nous sur l’excellent Imaginaerum.

nightwish_imaginaerum_cover

Et vous avez un peu raison. Imaginaerum de Nightwish est tout sauf black, tout sauf païen, tout sauf torturé, tout sauf underground. Pourtant, j’adore cet album, moi le type qui gueule sur les albums de folk, sur le neo metal et le deathcore moderne. Dépêchez-vous de me pendre en place publique, moi qui manque à mes engagements et qui esquinte la réputation de notre cher webzine. Mais juste avant de vous lancer dans de douloureuses festivités à mon égard, soyez gentils de lire cette chronique en entier, pour au moins savoir pour quelle faute vous me condamnez.

Nous avons tous des groupes de jeunesse. Mais si, ne vous cachez pas, on en a tous je vous dis. Plus ou moins assumés avec le temps, souvent oubliés après quelques années au profit de groupes plus intègres et intéressants, ou balancés à la poubelle pour oublier définitivement le metal. Comme je suis un gros égocentrique, je vais une fois de plus prendre mon cas à titre d’exemple. Mes groupes de jeunesses furent Children of Bodom période Follow the Reaper, Equilibrium période Saga, Amon Amarth période Twilight of the Thunder God, et Nightwish avec particulièrement cet Imaginaerum et son prédécesseur. Après vous avoir raconté ma vie, je vous en explique l’intérêt. J’aime toujours autant les albums cités, mais tous les groupes ayant pondus ces merveilles m’ont déçu sitôt après les avoir découverts. Amon Amarth devient une parodie de lui-même et ne fait plus rien d’intéressant depuis l’album cité plus haut, Children of Bodom se transforme en quelque chose de drôle et pathétique à la fois, Equilibrium a rejoint les rangs du folk Skyrim en réussissant l’exploit d’être encore plus agaçant que ses collègues. Et dans toute cette débâcle, seul Nightwish ne m’a pas déçu. Son dernier album est simplement excellent, et Imaginaerum reste à mes yeux une des seules œuvres de metal symphonique écoutable, tout ce qui est affublé de l’étiquette symphonique ayant le don de m’agacer prodigieusement. Déjà parce que je trouve les albums du style particulièrement lourdingues, et ensuite parce que l’ajout de symphonique dans le metal fut la cause de la rupture entre un certain groupe norvégien et moi-même à partir du second album. Et ça, c’est impardonnable. Qu’est-ce qui marche alors chez Nightwish qui ne marche pas chez les autres ?

Réponse évidente mais incomplète, la nostalgie. La double nostalgie même. Au début de ma dernière décennie, j’ai littéralement poncé cet album comme aucun autre, l’apprenant presque par cœur. C’est donc un souvenir musical qui remonte à l’époque de la sortie de ma propre enfance. Mais de plus, et c’est là que la magie arrive, Imaginaerum parle de l’enfance. Double nostalgie dans les dents.

Pour autant, justifier le fait que j’écoute ce disque des années après avoir passé ma période d’adolescence métallique n’est pas suffisant. La vraie raison, c’est que ce disque est excellent. Inspiré comme rarement, prenant, puissant et enchanteur. Dès l’introduction « Taikatalvi », la voix de Marco vous emporte sur une mélodie de boîte à musique toute douce, qui vous rappelle les berceuses de votre enfance. S’ensuit le premier vrai morceau avec « Storytime ». Et dès lors, le talent des finlandais devient indéniable. Les riffs de guitare heavy, la basse et la batterie assurent une partie rythmique solide. L’orchestre quant à lui se charge des parties purement mélodiques de manière assez cinématographique et démonstrative, s’associant à la guitare, ou au contraire, s’en éloignant, pour des envolées rêveuses, épiques, grandiloquentes ou intimistes. Un très beau travail symphonique, qui dépasse de loin le simple aspect orchestral pour réussir à instaurer une vraie complémentarité.

Nightwish propose sur cet album plusieurs types de morceaux. Les premiers sont ceux purement metal symphonique, tel que « Storytime », « Ghost River », les immenses « I Want My Tears Back » et « Last Ride of the Day », ou encore le final « Song of Myself ». Tous, dans ce style, sont des réussites, si l’on met de côté les longueurs quelque peu agaçantes de « Song of Myself ». L’autre type de morceau plus intimiste est représenté par « Arabesque », « Turn Loose The Mermaids », « Slow Love Slow », « Rest Calm », ou encore la balade « The Crow, the Owl and The Dove ». Quelques légers sujets d’agacements également, comme un « Arabesque » quelque peu surfait et finalement assez superflu. Malgré cette petite faiblesse, aucun ratage complet n’est à relever, tous les morceaux sont agréables et souvent très prenants. Pour citer un véritable raté, il faut se tourner vers « Scaretale », énervant à souhait, se voulant évocatrice des cauchemars de l’enfance. Chou blanc, le morceau ne réussit qu’à taper sur les nerfs, avec une Anette Olzon qui se prend pour une sorcière mais ne réussissant finalement qu’à faire passer la chanson. Tiens, la fameuse Anette Olzon, parlons-en. Dieu sait qu’elle en a subit des reproches. Trop pop, pas aussi symphonique et opératique que Tarja Turunen. Qu’est-ce qu’elle a pu déguster à la sortie de Dark Passion Play la pauvre! Pourtant, il faut bien avouer que sur Imaginaerum, elle est simplement impressionnante. Sa voix porte à merveille les compositions, avec une voix de conteuse quand Tarja était dans le tragique et l’emphase permanent. L’un des vrais gros points forts de l’album, assurément.

Un petit mot sur l’atmosphère de l’oeuvre. La volonté du groupe de nous emmener dans des montagnes russes émotionnelles est très perceptible. Nous passons de l’inquiétant à l’apaisant, du joyeux et bondissant à l’épique, de l’intimiste au triste. L’album dépasse l’heure de musique, et la lassitude ne se fait pas vraiment sentir. Les quelques ballades acoustiques permettent d’aérer le tout, laissant l’auditeur souffler entre deux compositions menées tambours battant par les guitares et l’orchestre. La voix d’Anette se fait ici toute douce, chaude, câline et caressante. « Turn Loose The Mermaids » et « The Crow, The Owl and The Dove » remplissent parfaitement leur mission et nous maintiennent dans l’enchantement. Dans les compositions plus canoniques classiques, le groupe réussit également nous embarquer dans ses folles histoires avec une facilité déconcertante. Le point d’orgue « Last Ride of the Day » est tout simplement formidable. Cette mélodie qui monte en puissance, ces couplets entraînants et ce refrain qui vous reste en tête à vie. Un passage obligé du groupe en concert, et une des meilleurs chansons de la formation à n’en pas douter.

Tout ça pour dire quoi finalement ? Qu’il ne faut pas tourner le dos à ses groupes de jeunesses ? De rien, mais vous le saviez déjà à priori. Plutôt qu’il faut également savoir passer outre l’étiquette Nuclear Blast parfois. Certes, les gros labels, et Nuclear Blast, en particulier ont la réputation d’être annonciateurs d’albums complètement vides sitôt le contrat avec le groupe signé. Le dernier Slayer vous en dira long à ce sujet. Mais rappelez-vous qu’il fût un temps où même Nuclear Blast était un petit label. Et puis bon, le label aura tout de même permis à certains groupes de signer chez eux pour des albums légendaires, comme par exemple, je ne sais pas, Storm of the Light’s Bane de Dissection. Alors oui, ça remonte, mais tout de même. Et le fait d’être une grosse machine ne l’a pas empêché de permettre à Nightwish de sortir cet excellent Imaginaerum, ni son successeur, tout aussi bon.

Allez, finissons-en là. Imaginaerum de Nightwish est en définitive un excellent album, plein de bonnes idées et de mélodies enchanteresses, portées par une conteuse de rêve et un orchestre toujours opportun. Une réussite, et un album qui redore quelque peu à mes yeux le blason de l’utilisation de l’orchestre symphonique dans le metal. Pas assez pour rattraper mon échec personnel devant un certain album sorti en 1997. Mais tout de même, la recette peut donner de bonnes choses, pour peu que l’on soit particulièrement exigeant lors du processus de composition. Sur cet album, Nightwish vous emporte loin, très loin, et vous charme comme rarement un album s’est fait charmant. Un beau voyage, pour sûr.

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