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Mosaic – Old Man’s Wyntar

Pays : Allemagne
Genre : Black Metal
Label : Eisenwald
Date de sortie : 20 Janvier 2017

Double chronique rédigée par Maxime et Dantefever. Vous pourrez d’abord retrouver la partie du premier nommé, puis celle de Dantefever dans la foulée.

Alors que l’hiver commence seulement à desserrer quelque peu son étreinte, je vous propose de vous plonger une dernière fois dans le bain glacial qu’il nous propose sans cesse. Jusqu’à présent fort de quelques splits et d’un EP, la formation allemande de Mosaic nous a servi sur un plateau, à la fin du mois de janvier, son tout premier album. Et quel album. Old Man’s Wyntar arrive à point nommé pour nous faire entrer à corps perdu dans l’univers mystique si particulier du groupe. Prenez garde, les griffes de l’hiver s’en prennent à nouveau à vous.

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Présent sur trois splits depuis 2011, Mosaic ne nous avait que trop peu habitués à se livrer par lui-même à nos oreilles. Seul son EP Old Man’s Wyntar venait corriger le tir. Oui, vous avez bien lu. En vérité, ce premier album s’est construit sur rien de moins que l’EP initial. La formation allemande y a ajouté – tout de même – trois titres pour une bonne demi-heure de musique. Une initiative qui aura peut-être déçu ses adeptes, par sa volonté plus ou moins affichée de faire du neuf avec du vieux. Quoiqu’il en soit, voyons là une belle occasion de continuer notre sombre périple à travers la musique si particulière de Mosaic. Car cette dernière se démarque beaucoup par les chemins qu’elle emprunte et par les évocations qu’elle dégage.

Même si nous avons de facto rangé cet album dans la case black metal, ce serait lui faire insulte que d’affirmer plus longtemps qu’il ressemble à ses pairs en tous points. En effet, Mosaic a cette faculté tout à fait envoûtante à produire une musique qui se veut à la fois noire, enivrante, belle, émotive, véhémente et mélancolique. Et croyez-moi, je me force à ne pas utiliser davantage d’adjectifs. Tout cela grâce à une certaine alchimie fort bien menée. En effet, une oreille attentive saura déceler les quelques éléments qui font de Old Man’s Wyntar un album purement et simplement exceptionnel. Dans cet album, vous parviendrez peut-être à dénicher çà et là des touches de musique folk, des touches de black atmosphérique, et même quelques touches propres au post-rock.

L’album n’est pas non plus un maelstrom inébranlable composé de tous les sous-genres du black metal. Simplement, les artistes ont emprunté ce qu’ils estimaient être fait pour leur musique et l’on incorporé au reste avec beaucoup de justesse. Trêve de technicité, cet album va bien au delà de tout cela. Il dégage quelque chose. Imaginez vous au coeur de l’hiver de Thuringe, ce land d’Allemagne centrale. Que voyez-vous ? Des champs et des forêts à perte de vue. Il se dégage de ces lieux une certaine exaltation, et c’est ce que Mosaic essaie de nous faire ressentir à l’aide de sa musique. Je vous avoue n’avoir jamais mis les pieds dans cette contrée, mais cette perspective prends tout son sens une fois ce merveilleux album dans les oreilles. Mosaic ne s’arrête pas là, car il conte aussi, différents récits à propos des légendes et du folklore de ces lieux. Dans la mesure où toutes les paroles sont traduites, pas besoin d’être un germanophone aguerri. Dieu merci.

Concentrons-nous sur les trois nouveaux titres ajoutés à l’ensemble. Ils composent le troisième et dernier chapitre du conte assez sombre présent sur Old Man’s Wyntar. Les titres suivent à peu de choses près la tendance présente initialement sur le split. Seuls leurs chants clairs, qui s’apparentent presque à d’obscures incantations, viennent nous transporter encore et encore à travers un hiver à la fois sinistre et chaleureux. Old Man’s Wyntar mélange les sonorités, les messages et les atmosphères, mais Old Man’s Wyntar n’est jamais paradoxal ou superflu. Tout est fait avec une rectitude très pointilleuse de manière à ce que tout l’album s’écoute avec la même passion, la même surprise, le même effroi. Un réel hommage à la fascination ressentie pour l’hiver allemand.

J’en viendrais presque à être déçu en arrivant à la fin de la rédaction de cette chronique, tant il est passionnant et enrichissant d’explorer encore et encore cet excellent album. Ce dernier n’est pas facile à appréhender, mais il n’est pas aussi complexe à écouter, et c’est à ce titre que chaque adepte de black metal devrait d’abandonner à lui sans se poser de questions. Certes, Mosaic n’a fait que rajouter du contenu à un album déjà exister, mais au fond, peut-on réellement lui en vouloir ? Peut-être, mais impossible en revanche de ne pas tomber sous le charme de cette version rallongée de Old Man’s Wyntar. Le black metal allemand dans toute sa splendeur.

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Alors ça, vous parlez d’une claque ! Cela faisait déjà quelques temps que le nom de Mosaic fleurissait un peu partout sur le net, avec cet univers graphique issu de l’hiver germanique traditionnel. Tout portait à croire que nous aurions là du black atmosphérique s’inscrivant, comme nombre de ses comparses, dans le froid, la glace et la nature mise à nue de l’hiver. Votre serviteur s’imaginait quelque chose dans le goût de Paysage d’Hiver ; de longs morceaux austères à l’ambiance froide et neigeuse, rehaussés de touches d’ambient et de folk, pourquoi pas. Et bien oui, c’est bien ça. Mais en même temps, ça n’a rien à voir.

Mosaic est complètement dans son monde. Oubliez Paysage d’Hiver, oubliez Immortal, oubliez Hate Forest. Oubliez l’hiver tel que vous le connaissez dans le black metal, et entrez dans celui si personnel de Mosaic. Vous n’y retrouverez aucune référence, aucune inspiration perceptible. L’album dure soixante-seize minutes mais passe comme s’il en faisait seulement quarante-cinq, en vous emportant dans une transe irrésistible, et je vous mets au défi d’y trouver une influence extérieure. La musique de Mosaic est complètement irascible, autarcique et marginale.

Comment décrire une musique si particulière ? Très ardu, croyez-le ! Mais allons, commençons par décrire formellement ce qui définit le projet. Tout d’abord, l’album est balayé de part en part de plages ambient et folk. Le vent souffle au loin, des percussions cristallines tintent et résonnent, de discrètes nappes de clavier viennent cimenter l’ambiance, les guitares réverbérées et douces ne cessent jamais de résonner. Le travail sur l’atmosphère globale de l’album repose énormément sur les textures des guitares. Celles-ci se meuvent avec une versatilité impressionnante, pouvant se faire sereines et languissantes pour évoquer le visage le plus morne et désolé de l’hiver, ou bien se draper de distorsion pour que celui-ci pénètre en vous et vienne peu à peu vous habiter. Les quelques riffs black metal de l’album suivent la fameuse méthode Burzum, à savoir plaquer des mélodies simples et répétitives, toujours touchantes, qui semblent tournoyer et vous enfoncer toujours plus profondément dans l’atmosphère globale du disque.

En plus de ce travail de guitare proprement stupéfiant, l’album est peuplé de samples et de sonorités plus originales. Vous pourrez entendre des aboiements de chien, des clochettes, de belles mélodies de flûte, des percussions en tout genre, de lointaines voix féminines. Tout un chapelet d’ajouts qui contribue à faire de ce disque une œuvre complètement à part. Et bien sûr, il y a cette voix. Le chant pourrait être comparable à celui de IX d’Urfaust, le côté alcoolisé et dépravé en moins. Moins poussé et écorché, le chant d’Inkantator Koura se révèle être l’élément central de cette étrange musique venue du froid. Ses vocalises alternent entre cris black metal plutôt rares, déclamations, vagissements éprouvés, murmures. Le tout dans un allemand qui trouve parfaitement sa place dans cette atmosphère. Enfin, la batterie ne blast que très rarement, posant des rythmiques originales, accompagnant les mélodies et ambiances de manière particulièrement subtile. Très naturelle, voire presque un peu étouffée, elle se fait si authentique et crue que vous pourriez peut-être même tiquer aux premières écoutes sur le son de la grosse caisse.

L’ensemble du disque est résolument unique et incomparable à ce qui se fait chez les voisins en se basant sur le même concept. Le terme avant-gardiste n’est sûrement pas celui à utiliser, tant la musique de Mosaic s’applique à transmettre une vision passéiste et traditionnelle de l’hiver. Mais pourtant, il y a bien quelque chose de presque progressif ici. Rien n’est fondamentalement novateur, mais la composition est si particulière et personnelle, si éloignée du black metal atmosphérique hivernal habituel que le mot vient assez naturellement à l’esprit. Vous retrouverez vos marques dans les grandes lignes, mais vous serez également surpris très régulièrement de ce que vous entendrez. Beau paradoxe, qui est pourtant la clef de voûte de cette œuvre. C’est cette originalité qui vous attrape, retient votre oreille et vous charme petit à petit. Et cela se ressent en particulier dans l’univers que crée Mosaic. Aidé par les visuels du projet, vous ne pourrez pas ne pas avoir en tête des images de chalet en rondins au fond des bois, éclairés par une vielle lampe à huile. Vous aurez constamment l’impression d’être plongé dans cette nature gelée, calme et silencieuse, de laquelle naissent les légendes, les fables et les mythes. L’imaginaire traditionnel et le mysticisme germanique à fleur de peau, vous ne pourrez que difficilement résister à ce voyage intérieur complètement unique, aussi austère et morne qu’enchanteur et touchant. L’hiver de ce vieil homme, au fond de son chalet cerné par la neige et la nature obscurcie, vous le vivez avec lui.

Mosaic livre un album simplement estomaquant. L’hiver offert ici est rempli de mysticisme jusqu’au fond des os. Les branches craquent, les pas s’enfoncent dans la neige, le vent siffle entre les arbres, et vous marchez à votre tour dans cette nature simple et belle, dépouillée et silencieuse. L’hiver de Mosaic n’est pas aussi rude et austère que celui de Paysage d’Hiver ni aussi ténébreux que celui de Darkthrone, mais est vécu bien plus humainement, à travers le prisme du folklore, des mythes et des traditions. Une œuvre fondamentalement à part, subtile, personnelle et incroyablement prenante.

 

About Maxime (321 Articles)
Fondateur / Rédacteur chef - maxime.deruy@gmx.fr

1 Comment on Mosaic – Old Man’s Wyntar

  1. « Aussi sinistre que chaleureux »… C’est LA formule qui décrit le mieux cet album !

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