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Retour sur l’avant-première de Bleu Blanc Satan

Vous savez, le black metal, on ne devrait pas trop rigoler avec finalement. Alors oui, de nos jours, il s’agit d’un genre bien codifié, reconnaissable, identifié. Nous en parlons tous, nous écrivons dessus et nous en écoutons. Nous nous adonnons à des réflexions dessus, comme sur ce webzine par exemple, entre gens civilisés. Nous ne devrions peut-être pas,  en fait. Vous savez pourquoi ? Parce que le black metal, ça n’a rien de civilisé.

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L’avant-première de Bleu Blanc Satan se déroulait ce jeudi 26 janvier au soir au cinéma des Lilas, Place du Maquis du Vercors à Paris. Dès l’entrée, une longue file d’attente dans laquelle fleurissent perfectos et vestes à patchs. Vers 20h30, la très vaste salle est presque comble. Les lumières baissent, les deux réalisateurs du documentaire viennent introduire leur travail par quelques mots timides puis s’effacent rapidement. Nous voilà plongés dans le noir, devant l’immense écran.

Première séquence en noir et blanc, le cachet de l’image est volontairement passéiste, et nous sommes dans le bateau de Hreidmarr d’Anorexia Nervosa. Celui-ci tient la barre avec un sourire, la cigarette à la bouche, et nous déclare tout de go « ça a ruiné ma vie ! », avant d’éclater de rire. Dans le genre « on prend le spectateur à revers »…

Le documentaire baigne dans une ambiance très particulière. Il y a un détail que l’on oublie facilement quand on parle de la première scène black metal française, c’est que malgré tout le froid et les ténèbres qui peuvent en transparaître, celle-ci était fortement implantée dans le sud de la France. Ainsi, le noir et blanc prédominent durant tout le documentaire, mais nous percevons la lumière écrasante du soleil du midi tout au long du métrage. Cela donne un ton très personnel, en particulier durant les longs plans sur des paysages urbains désertés et délabrés. On se croirait littéralement sous le soleil de Satan !

L’ensemble du documentaire consiste en une suite d’extraits d’interviews. Le temps de parole le plus long est celui accordé à Meynac’h, mais nous avons droit également à de nombreuses séquences avec Valnoir du studio Metastazis, Deviant Von Blakk d’Arkhon Infaustus, Noktu de Drakkar Productions, Hervé Herbaut d’Osmose Productions, et, bien sûr, Hreidmarr.

L’un des éléments les plus marquants du métrage est la franchise avec laquelle les intervenants se dévoilent. Personne n’en rajoute des tonnes, aucun ne semble jouer un personnage. Un très fort aspect punk se dégage de l’ensemble. Meynac’h, avec son look de punk à chien, sa bière toujours à la main, ses dreadlocks et son franc parler en particulier semble sortir tout droit d’un groupe de oï. Hreidmarr, avec son regard si particulier, escalade sans complexe un hangar en ruine pour y faire des doigts d’honneur circulaires. Herbaut et Noktu ne se gênent pas pour taper sur les groupes plus mainstream de la scène française d’alors, tout en affirmant haut et fort leur dédain pour ceux qu’ils signent actuellement. Une galerie de personnages désabusés, très loin de que l’on aurait imaginé donc.

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Deux font pourtant exception. Valnoir, dans son appartement moderne décoré comme un cabinet de curiosités, fais office de Stéphane Berne du black metal. Avec ses intonations maniérées, son style efféminé et son menton fuyant, on s’étonne de le voir disserter avec la facilité de BHL sur le plateau de France 3 de l’extrémisme inhérent du mouvement. Son aspect de dandy malsain est réellement surprenant à côté de Meynac’h. Vient ensuite Deviant Von Blakk. Et là, nous nous retrouvons beaucoup plus en terrain connu. Le musicien vit seul dans un petit appartement, décoré de croix retournées et de pentacles. Des bouteilles d’alcool traînent sur sa table basse, et le voici qui déblatère son mépris de l’humanité avec une brutalité et un calme glaçant. Il n’hésite pas à se qualifier de « bien pire que nazi », en réponse aux accusations portées à l’encontre d’Arkhon Infaustus à ses débuts. Il affirme détester littéralement tout le monde, n’avoir pour seul moteur vital que la haine. Nous sommes déjà beaucoup plus face à ce que l’on imaginant de la part des musiciens de cette vague, mais voir Deviant l’affirmer vingt ans après ses premiers méfaits avec une conviction affermie par le temps est franchement impressionnant.

Nous voilà donc avec ces interviews qui s’enchaînent, les personnages partageant l’écran au gré des thèmes abordés. Il n’est pas question ici de vous révéler tout ce qui est dit durant le documentaire, vous le découvrirez de vous-même sur Noisey dans quelques jours. Sachez que l’ensemble du documentaire est complètement prenant, parfaitement réalisé, et surprenant de bout en bout. Loin, très loin de tous les clichés, Bleu Blanc Satan vient vous exposer la réalité crue et nue du black metal français des origines, avec tout ce qu’il a de terriblement humain. C’est le paradoxe de ce documentaire ; les personnages s’y révèlent extrêmement humains, mais porteurs de valeurs anti-humaines bien réelles. Peu à peu, le documentaire s’assombrit, et révèle que derrière les personnalités hautes en couleurs, le désespoir profond, la haine et la misanthropie sont bien présents. Le black metal est l’expression d’un choix de non-vie, d’un chemin délibéré vers ce qui est repoussant, sale et douloureux. Comme le dit Meynac’h, il n’a jamais été un solitaire avant de se tourner vers cette musique. C’est en la pratiquant qu’il est devenu ce qu’il est.

Le documentaire se finit sur un incroyable plan qu’il serait honteux de vous spoiler. Point d’assassinats, d’incendies d’églises ou de « Satan » théâtralement déclamés dans la scène black metal française. Des faits plus humains, mais une authenticité et une dévotion impressionnante envers le laid, l’odieux, le sombre dans toutes ses formes. Le métrage mérite toutes les félicitations, un immense bravo et un aussi grand merci à Camille Dauteuille et Franck Trebillac pour leur travail. Cette œuvre fera à n’en pas douter date, et nous vous encourageons évidement à le visionner. Croyez-nous sur parole, vous serez surpris, autant par le fond que par la forme.

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Salut vous

1 Comment on Retour sur l’avant-première de Bleu Blanc Satan

  1. Je m’étais inscrit dès l’annonce faite, hélas je n’avais pas été retenu, la faute semble-t-il à une affluence trop forte… Comme quoi, le BM n’est pas (plus ?) aussi misanthropique et élitiste qu’il veut bien le dire ! Bon, c’est pas tout ça, comment on fait pour le voir maintenant, ce famaux documentaire ?

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