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Draugurinn – Myrkraverk

Pays : Suède
Genre : Ritual Folk / Dark Ambient
Label : Nordvis Produktion
Date de sortie : 24 Février 2017

Au sein de ce vaste genre que constitue la musique folk, il en est un qui ne laisse pas indifférent, loin de là. J’ai nommé le ritual folk, celui qui possède et ensorcelle. Dans la lignée de la sortie de l’album Kalmonsäie par les finlandais de Tervahäät, le label suédois Nordvis Produktion nous sert cette fois le nouvel album du projet, suédois lui aussi, Draugurinn. Mettons à ce titre le cap à l’ouest, mais restons au coeur de forêts toujours aussi sombres, toujours aussi mystiques. C’est dans ces lieux chargés de mystères que Myrkraverk prend tout son sens.

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On ne va pas se le cacher, les nordiques sont, en compagnie des slaves, ceux qui nous offrent la musique folk la plus profonde, la plus impénétrable, celle qui prend possession de nous et qui nous projette des images toujours plus captivantes. Cela est sans doute à mettre en relation avec un patrimoine culturelle et un folklore qui a souffert moins rapidement des délires désirs expansionnistes de la chrétienté, mais il s’agit là d’un tout autre débat. De cette manière, une certaine authenticité se dégage de toutes ces traditions, et cet aspect doit être associé à la musique qui les vante de manière primordiale. En outre, alors que les groupes de folk metal bon marché sont toujours plus nombreux, loués soient les groupes et les projets qui demeurent fidèles à une conception marginale de la musique folk. C’est à cette branche qu’appartient Draugurinn.

Déjà fort d’un album sorti en 2015, Draugurinn est un projet fort énigmatique, et sa musique l’est au moins tout autant. Ne vous attendez pas à vous trouver face à quelque chose de vivant, d’engageant ou de rêveur, le ritual folk, ce n’est pas ça. D’aucuns voient en ce genre une musique minimaliste, répétitive et pauvre. Les autres, ceux qui parviennent à voir en lui quelque chose de transcendant, l’associent au voyage, à la méditation, et à la contemplation. À vrai-dire, ces deux points de vue ont leurs arguments. Tout dépend en effet de votre réceptivité. Draugurinn ne déroge pas à la règle et nous offre une musique assez élégante, éminente même si l’on passe outre son relatif manque de variété. Car c’est bien là tout le problème de ce genre de musique. À titre d’exemple, ayons quelques mots pour l’album de Tervahäät, évoqué en ce début de chronique.

Les finlandais étaient parvenus à inclure beaucoup de variété d’un titre à un autre, c’est moins le cas ici. Nous n’irions pas jusqu’à dire que les titres se ressemblent beaucoup, mais une plus grande diversité n’aurait pas été de refus. Si on laisse cela de côté, que nous reste-t-il ? Vous pouvez au moins être sûrs d’une chose, Myrkraverk vaut indéniablement son pesant d’or. Il se dégage une certaine peur de ses longues plages atmosphériques, comme si vos longues explorations forestières étaient marquées du sceau de l’incertitude. Qu’allez-vous découvrir ? Sur quoi allez-vous tomber à l’approche de cette lisière ? Myrkraverk traduit tout cela avec une justesse calme et mesurée. Il s’agit également d’un album qui vous conviendra à merveille si vous voulez mettre la main sur quelque chose qui fera office de musique d’ambiance. En écoute passive comme active, vous y trouverez votre compte.

Hurlements lupins et soufflements venteux seront entrecoupés de percussions et de longues plaintes, comme sur l’étonnant titre « Nornaskapur ». Mais c’est bien « Kvæði Uruzar » qui fait office de chef d’oeuvre sur Myrkraverk. Sans surprise, c’est le titre le plus riche et le plus travaillé qui nous dépayse le plus. Vous noterez également que l’emploi du vieux norrois comme langue d’expression traduit une réelle volonté de rendre hommage à l’héritage culturel titanesque de la Scandinavie. Loin des albums de folk metal vantant les mérites des dieux ou contant divers passages de l’Edda de Snorri, nous somme ici face à quelque chose de plus pénétrant et de plus intense. Si la forêt pouvait chanter, elle le ferait sans doute de cette manière.

On ne peut enlever au ritual folk son impressionnante faculté à transporter et, avons-le, à détendre. Myrkraverk incarne cela à merveille, et Draugurinn a ainsi produit un travail d’excellente qualité, qui devrait trouver le succès qu’il mérite sous l’égide de Nordvis Produktion. Une musique qui n’a pas vocation à être répandue, mais qui gagnerait beaucoup à être connue d’un public un peu plus large. Cela permettrait peut-être à tous les adeptes de musique folk de bas étage d’étoffer un peu leur répertoire et de se tourner vers quelque chose de plus qualitatif. Voici la vraie musique folk des pays scandinaves, celle qui possède et ensorcelle. L’essence même de l’héritage païen laissés par les peuples nordiques.

 

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Fondateur / Rédacteur chef - maxime.deruy@gmx.fr

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