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Entretien avec Oj et Hiron (Möhrkvlth)

Dans le cadre de la tenue du Cernunnos Pagan Fest à Noisiel, nous avons souhaité obtenir une entrevue avec la formation bretonne de Möhrkvlth. Déjà fort de deux sorties, le groupe de Plougonven fascine autant qu’il transcende grâce à un black metal ouvertement voué à la louange et à l’éloge de la Bretagne. C’est ainsi que nous nous sommes entretenus avec Oj et Hiron pendant près de vingt minutes.

Pourriez-vous présenter Möhrkvlth aux lecteurs qui ne connaissent pas le projet ?

Oj : Möhrkvlth, c’est un groupe de black metal chanté en breton. Il est composé de cinq membres, Oj à la guitare, Hiron au chant, Vox T à la guitare rythmique, Haernesus à la basse, et Tnemelc à la batterie. Le groupe s’est fondé en 2013, et on a ce line-up là depuis un an et demi. On a sorti une démo l’année dernière et un split il y a quelques mois avec un groupe iranien.

Hiron 
: Je suis le dernier à être arrivé dans le groupe parce que je connais Vox T depuis un petit moment. Je baigne depuis un moment dans le milieu black metal, et certains dans le groupe ont déjà une certaine expérience. Clément a eu d’autres groupes, moi-même j’en ai eu d’autres, et à divers postes, pas uniquement au chant. Et c’est justement cette expérience qui a donné ces résultats et cette stabilité.

Vous êtes donc un groupe de black metal breton. Que pouvez-vous me dire sur votre attachement à la Bretagne ? Dans quelle mesure l’incluez-vous dans votre musique ?

Hiron : Déjà, quoiqu’en disent les musiciens, je trouve que l’aspect celtique et breton est déjà présent dans la musique, et moi je n’écris aucune parole en avance. J’attends d’écouter les compositions et d’écrire les paroles en conséquence. J’attends de voir ce que la musique m’inspire. On habite tous le nord-Finistère, on baigne tous plus ou moins dans la campagne et dans la culture locale. Même les membres du groupe qui ne parlent pas breton ont grandi dans cette culture. Donc quoiqu’on en dise, il y a déjà des influences dans les rythmes et dans les mélodies, mais c’est le côté épique du black metal qui prend le dessus. Après ça, tout le concept celtique breton est intégré grâce aux paroles et grâce à tout ce qu’on a pu développer autour du groupe, notamment sur la mise en scène (ndlr : il fait référence à la prestation du groupe, sur le point d’avoir lieu). Notre statuette de grande déesse-mère, nos bougies. On aime créer des ambiances parce que les concerts sont comme des cérémonies pour nous. Il y a quelque chose de sacré entre les membres du groupe, et aussi entre le groupe et le public. La plupart de nos concerts, on les fait soit le jour même, soit à proximité d’une fête celtique. Donc ça prend encore plus d’importance.

Avez-vous une méthode de composition particulière ?

Oj : Vox T et moi, on fait une base à la guitare. On s’enregistre chacun de notre côté avec le matériel qu’on a, on trouve des riffs, et on essaie de se compléter pour faire un morceau. Ensuite, Clément voit si ça colle avec le rythme, et Hiron place le chant.

Hiron : C’est seulement pendant les répétitions que je ressens l’énergie du morceau avec les quatre autres musiciens que je me dis que tel morceau parlera de ça et de ça. Il nous arrive aussi de changer deux ou trois choses. Et parfois c’est toute l’ambiance du morceau qui change, c’est ce qui est intéressant.

Oj : Oui, les morceaux évoluent. Concernant la démo, on a fait quelques modifications entre temps, et ça va être un peu la même chose pour l’album qui est en préparation.

Hiron : Et il y a aussi autre chose. L’endroit où on joue, c’est presque cliché, mais c’est une cave chez Vox T, dans un petit bourg de campagne, et en face d’un cimetière. Avec des posters de black metal partout. Donc on est vraiment dans une ambiance construite essentiellement pour ça, et moi je suis inspiré par tout ça. Il y a thématiques qui viennent évidemment du black metal, on a toujours le concept de la mort. En Bretagne on a la mort personnifiée, qui s’appelle l’Ankoú, et qui apparaît de temps en temps dans les morceaux. C’est toujours celui qui va suivre les armées, celui qui ramasse les âmes des morts, c’est un passeur d’âmes. On avait aussi axé pas mal de compositions sur les chouans. On a même eu l’étiquette de black metal chouan, avec toutes les connotations que ça peut avoir. On préfère simplement black metal breton, même si la chouannerie est l’un des morceaux de l’Histoire de la Bretagne et de la France les plus méconnus, et c’était intéressant d’en faire part au public, même en breton. On n’est pas du tout dans le style pagan ou antiquité réinventée.

Oj : Les thèmes pourraient même changer pour les futurs morceaux.

Hiron : Oui, il y a même beaucoup de morceaux qui parlent des divinités celtiques, de la place de l’Homme dans le cosmos et dans la nature, de la terre, la mère nourricière. J’ai aussi la chance de maîtriser d’autres langues, donc certaines compositions de Möhrkvlth ne seront pas en breton. Elles ne seront jamais en français, c’est un choix politique, mais elles seront dans d’autres langues celtiques ou même extra-européennes. Et les thématiques propres à ces cultures seront abordées aussi.

Avez-vous domaines d’inspirations particuliers, comme la littérature ou l’art en général ?

Hiron : L’alcool.

Oj : La Bretagne c’est aussi ça, elle est réputée pour son côté festif. Donc on essaie aussi de partager ça à travers certains riffs. Il y a un côté entraînant.

Hiron : Et puis il y a les à-côtés du groupe. Tous les étés on organise ce qu’on appelle un barbecue metal, où on invite des groupes de black à jouer avec nous. Et les gens dorment dans le jardin, on joue dans la cave. On organise aussi un concert privé, au mois de juin, juste après le Hellfest, avec nos amis (ndlr : il révèle le nom d’un groupe mais tient à ce que je le passe sous silence sur la version écrite de l’interview) et nos amis de Goatslave (ndlr : groupe de black death breton). Donc le côté festif, c’est ça. Et qu’est-ce qui nous inspire d’autre ? Ta question est intéressante, et elle rejoint celle d’avant. Les gens oublient voire ne savent pas qu’en Bretagne on a une culture du chant qui est extrêmement ancienne. Et une littérature en breton qui est extrêmement ancienne, ou même en français, en gallois, ou en anglais. Il y a énormément de choses, et on pourrait directement s’en inspirer. On a aussi la chance dans le groupe d’avoir des personnes qui sont dans l’enseignement ou qui font de la recherche universitaire, et ça nourrit aussi les paroles et les concepts. On chante sur tel ou tel sujet, mais on maîtrise ce sujet, contrairement à beaucoup de groupes aujourd’hui de la scène pagan black. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’on est dans le vrai, mais on est dans quelque chose de correct. On chante parce qu’on y croit, parce qu’on connaît, et parce qu’on partage. C’est important de partager avec le public.

Est-ce que le côté épique de votre musique doit être vu comme un aspect guerrier ou martial ?

Hiron : On n’utilise pas des mots comme martial par exemple. C’est un peu fort comme terme. Je peux écouter des choses martiales, mais ça ne vient pas dans Möhrkvlth, c’est un peu fort comme vocabulaire. Épique oui, guerrier oui, mais pas martial.

Oj : Comme je le disais juste avant, la musique est entraînante par ses mélodies.

Y a-t-il au sein de votre musique un message politique en particulier ?

Hiron : Non pas vraiment. Mais l’emploi du breton est déjà politique. C’est une langue minorisée alors qu’elle est beaucoup plus ancienne que la langue française ou d’autres langues. Donc son usage est déjà politique, c’est un engagement. Comme je l’ai dit, je chanterai plus tard dans d’autres langues, qui elles aussi sont minorisées. Après, non, il n’y a pas du tout de message politique. On a chacun nos convictions, mais ça ne transparaît pas. Même s’il y a une revendication de l’identité bretonne, on peut revendiquer quelque chose indépendamment de ses tendances politiques.

Vous avez actuellement deux sorties à votre actif, une démo et un split. Envisagez-vous de sortir un album prochainement ? Ou peut-être d’autres projets pour les mois à venir ?

Oj : C’est en projet, si tout va bien on devrait commencer à enregistrer au mois d’avril. On a quasiment tout composé, sur le plan instrumental du moins. La base est faite. Pour la sortie on ne sait pas, on est en train de voir avec qui on va travailler pour le mixage.

Hiron : On prépare la pré-production. On a les morceaux mais je dois encore écrire des paroles. On pense savoir à peu près vers qui on va se tourner. D’autant qu’on n’a pas de label, jusqu’à présent ce n’était que de l’autoproduction. On peut dire que ça nous convient mais on a envie de grimper d’un niveau.

Quel est votre regard sur l’évolution du black metal de manière générale ?

Oj : Personnellement, je me suis arrêté au black de la fin des années 1990. Je suis plutôt black death mélodique, je suis fan de Dissection par exemple. Pour la scène d’aujourd’hui, je ne vais pas cracher dessus, il y a de très bonnes surprises, de très bonnes choses, mais j’ai beaucoup de mal à accrocher. Je pense que ça concerne la production, je préfère vraiment le son des années 1990.

Hiron : C’est bien, vous aurez deux regards, parce que je suis un peu plus vieux que lui. Je suis resté attaché à ce que j’ai écouté étant adolescent. C’est-à-dire Absu, Kampfar, Beherit. C’est vraiment les groupes qui m’ont bercé plus jeune. Les scènes ont changé, et j’ai vu tout ça évoluer. Les premier Mayhem, les premiers Burzum, c’est vraiment ce qui m’a inspiré et ça m’inspire encore. En ce qui concerne la nouvelle scène, je suis assez curieux musicalement donc je suis friand de certains mélanges qui se font. Un mouvement doit évoluer, sinon il meurt, tout simplement, il doit s’inspirer des autres.

Merci beaucoup de nous avoir donné de votre temps, je vous laisse le mot de la fin et vous souhaite bonne chance pour votre prestation.

Merci à vous et merci de vous être intéressés au groupe !

Interview réalisé en compagnie de Dantefever.
Merci à Oj et à Hiron pour le temps qu’ils nous ont consacré.
Merci à Sarah d’avoir rendu cette interview possible.

About Maxime (321 Articles)
Fondateur / Rédacteur chef - maxime.deruy@gmx.fr

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