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Ende – Emën Etan

Pays : France
Genre : Black Metal
Label : Obscure Abhorrence / Dread Records
Date de sortie : 1 Mars 2017

Ende se taille depuis quelques années une place dans la scène black française foisonnante. Le black tendance trve n’étant plus le genre prédominant depuis que les Légions Noires se sont éteintes, il est rafraîchissant de pouvoir compter sur des groupes comme celui de nos bretons et ligériens. N’ayant pas été totalement convaincu par Rebirth of the I, j’avais quelques inquiétudes face à ce nouvel album, redoutant de me retrouver de nouveau face à cette alternance de passages très prenants et de parties plus ennuyeuses et moins captivantes.

emen_etan_2017

Mon problème avec Rebirth of the I était principalement l’impression selon laquelle le groupe avait un souci quant à la mise en valeur des mélodies. Certaines retenaient vraiment l’attention et venaient vous habiter comme seules savent le faire les productions black metal raw. Malheureusement, elles étaient souvent altérées par d’autres passages plus moyens qui les empêchaient d’être vraiment mises en valeur, avec en particulier une manie de créer des riffs plus dissonants autours de mélodies envoûtantes. Sans doute était-ce voulu, mais je trouvais pour ma part que cela nuisait au pouvoir ensorcelant de l’ensemble.

Cet aspect est en grande partie rectifié sur le présent album portant le nom d’Emën Etan, formule rituelle utilisée lors des sabbats. Un nom approprié pour un groupe s’intéressant de près à la sorcellerie. Et particulièrement bien choisi, tant le disque se fait captivant. Les morceaux se font assez diversifiés, tantôt portés sur les mélodies presque épiques, tantôt plus rampants et sournois. Cela n’empêche pas le groupe de revenir parfois à son ancienne formule, mais se fait tout de même plus harmonieux que son prédécesseur. Ende officie donc dans un black metal avec tout ce qu’il y a de plus dépouillé. La production est sale et grésillante, la batterie martèle à tout va, la vois éructe puissamment ses obscures paroles. Les quelques artifices d’ambiance utilisés sont du plus grand classicisme, mais contribuent efficacement à installer une ambiance sinistre et occulte. Feu crépitant, chants religieux, hurlements de sorcière sur son bûcher, pluie, orgue, cloche d’église… On notera également un intermède à la guitare sèche accompagnée d’une flûte, pour quelques minutes folk reposantes et bienvenues.

Les pistes se suivent avec une grande homogénéité, plutôt longues, mais bien construites et assez prenantes pour que l’ennui ne s’installe pas. La production maladive enveloppe de son imperfection si typique, et magnifie les riffs pour les rendre encore plus touchant. On notera ceux de « Das Hexenhaus », véritable joyau dans ce que le black peut faire de plus beau. Ende est possédé de bout en bout, clame son amour de la scène scandinave, oscillant entre mysticisme norvégien et possession grésillante finlandaise. On pense parfois à Sargeist. Les Légions Noire ne sont elles non plus pas très loin. L’artwork annonçait de toute façon déjà la couleur, avec ce monochrome si caractéristique entouré d’une frise alambiquée. Ende possède réellement un talent pour le black metal le plus dépouillé et le plus sincère, aussi noir que touchant.

Il n’y a pas grand intérêt à s’attarder sur certaines pistes en particulier. L’album s’écoute d’une traite, ne souffre d’aucune vraie baisse de régime et vous emmène pour une petite heure dans un bois peuplé de vielles histoires et de sorcières s’adonnant à d’étranges sabbats. Il y a définitivement quelque chose de très forestier dans cet album. Les albums de la grande époque scandinave vous faisaient ressentir le froid des montagnes enneigées et des fjords. Ils vous plongeaient dans une mélancolie d’autant plus grande que vous ne pouviez pas humainement vous y rendre en écoutant cette musique. La Scandinavie se situe à l’autre bout de l’Europe, il faut donc se contenter, pour le moment au moins, de faire naître ces paysages dans nos esprits, guidés par les œuvres grandioses des maîtres norvégiens. Ende évoque les bois pluvieux et mousseux, ceux que vous pourriez trouver quand vous partez pour quelques jours à la campagne pour couper avec le monde moderne épuisant. En conséquence, la musique du groupe se fait d’autant plus actuelle et tangible pour nous autres français, qui avons déjà tous passé un après-midi à marcher dans une forêt sous la pluie.

Vous l’aurez compris, Emën Etan est une réussite. L’album est solide et dégage cet esprit particulier que seul peut posséder le black metal le plus simple et le plus sincère. L’humilité et le talent, voilà ce qui définit cette œuvre. On sent vraiment que les deux musiciens sont habités par les paysages et les bois de leurs régions sur lesquelles le soleil ne brille que rarement. Décidément, l’inspiration de la terre semble être un des meilleurs éléments pour composer une musique authentique et évocatrice. Merci donc à Ende de nous prouver que la flamme du trve black metal brûle toujours, et qu’elle continuera à toucher ceux qui peuvent percevoir son aura.

 

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