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Darkthrone – Dark Thrones and Black Flags

Pays : Norvège
Genre : Black/Heavy Metal
Label : Peaceville Records
Date de sortie : 20 Octobre 2008

Non, ceci n’est pas de la provocation. Ni de la part de Darkthrone, ni de la mienne d’ailleurs. Il faut bien le reconnaître, Darkthrone a le don d’énerver les amateurs de black. La plupart n’ont pas toléré le passage de leurs premiers albums, cultissimes piliers du black metal le plus minimaliste, sinistre, froid et aliénant possible, à quelque chose de plus heavy, de plus punk dans l’esprit. Dans le genre « sabordage de son propre mythe », il faut bien dire que personne n’arrive à la cheville des deux compères Fenriz et Nocturno Culto.

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Il est en fait plus aisé de comprendre cet album, ainsi que ses prédécesseurs et successeurs proches, à la lumière de ce que l’on sait du duo culte de nos jours. Fenriz avec sa fameuse radio démontre avec humilité son impressionnante érudition dans le metal underground, et les interviews du bonhomme dans lesquelles il cite des dizaines de groupes absolument inconnus ont depuis longtemps prouvé que le personnage était passionné de metal jusqu’à la moelle. On peut donc imaginer le Darkthrone des années 1990 voir émerger un nouveau style musical, s’y initier au contact d’Euronymous, puis s’en désintéresser suite à la médiatisation de la sphère black metal. Darkthrone n’a jamais eu peur de changer de style. Ainsi, il n’est finalement pas si étonnant de les voir passer du death au black, du black au heavy/punk puis au heavy, voire presque au doom sur leur dernier et malgré tout décevant album.

Tout ça pour arriver à l’idée suivante ; avec Darkthrone, il ne faut pas trop se poser la question du pourquoi.  Les deux gaillards font ce qui leur chante. Tout ce que l’on peut faire, c’est écouter et apprécier, ou non, les émanations des périodes musicales fluctuantes du duo. Et il se trouve que la période heavy/speed/black/punk de la seconde moitié des années 2000 du groupe est particulièrement plaisante en ce qui me concerne. Et ce Dark Thrones and Black Flags en est la meilleure réussite, toujours de mon point de vue. Le titre et l’artwork plongent d’ailleurs dans l’ambiance du disque, que j’aime qualifier de pessimisme enthousiaste et décomplexé. Je m’explique.

L’artwork nous montre la mascotte punk gangrenée dans le rôle de charrieur de cadavres. On distingue une mitre ecclésiastique sur le tas de cadavres hideux pour désacraliser les valeurs chrétiennes dans la bonne vieille tradition que l’on connaît, une prostituée, et la sinistre bannière noire en lambeaux du titre, le tout dans une rue médiévale lugubre. La mascotte semble sourire sardoniquement, et la prostituée en fond paraît aussi avoir un air moqueur sur le visage. Voilà, vous avez sûrement compris l’idée. Nous nageons dans une ambiance puant le rétrograde, la mort et le vice, vécue dans la complaisance et l’enjouement. Un monde dans lequel rien n’est sacré, où l’alcool fait loi, où l’occultisme se pratique en forniquant sur un autel macabre, où la crasse et la saleté emplissent chaque recoin et sur lequel la mort joyeuse étend ses bras pourris. On ne sera pas surpris d’y croiser un punk désabusé, aussi sinistre que le monde dans lequel il vit, jouissant d’en faire partie et tout à fait à l’aise dans cette ambiance peccamineuse et décadente.

Ce punk, le voici, ou plutôt les voici. Et ils ont eu la bonté de vous mitonner un album jubilatoire pour vous autre qui râlez sûrement parce que l’époque de la Unholly Trinity est belle et bien terminée. Voici le Darkthrone rétrograde et passéiste, son évolution finale si j’ose dire, sa meilleur forme. Non que la période black metal du groupe soit surestimée, mais il est parfois difficile de se plonger dans les œuvres de l’ère première du Darkthrone, tant le minimalisme se fait exigeant. A contrario de l’œuvre ci-présente  qui s’avale comme une bière fraîche après une dure journée. C’est simple, quarante minutes de heavy metal aux riffs simples, efficaces, et crasseux, aux influences punks jamais bien loin, et aux réminiscences black bien présentes.

Les pistes sont courtes, basées sur des mélodies entraînantes, encrassées par la voix de Nocturno Culto parfois rejoint par Fenriz, et se permettent de vrais moments de génie, comme sur « Hiking Metal Punks » ou « Norway In September », sur lesquelles des mélodies simplement irrésistibles viennent vous prendre à revers en seconde partie de chanson. Au niveau de la batterie, aucune vraie originalité à noter, elle se fait très punk dans l’esprit et bat la mesure dynamiquement, avec un naturel et un sincère qui fait vraiment plaisir et ajoute énormément à l’ambiance raw et authentique du disque. Aussi basique qu’indispensable. Les guitares sont sales, rudes, pas polies pour un sou, mais parfaitement jouissives et aigres comme si elles étaient rouillées. Et surtout, ces beuglements de punk bourré qui hurlent ou grognent des paroles et des refrains ravagés par la même peste que la pochette… Rien à redire, l’univers de Darkthrone est cohérent de A à Z.

Bon, pas la peine de faire un roman. Comme le premier Bathory, Dark Thrones and Black Flags se balance dans les oreilles sans réfléchir et s’apprécie sans détour. Cet album, c’est sûrement ce qu’il y a de plus metal dans le monde. Tout y transpire le gros heavy sinistre et jouissif, simple et punkisant. C’est simple, si vous voulez faire découvrir le metal à quelqu’un, il n’y aura pas de choix plus sincère que ça. Logiquement, il fera une grimace de dégoût, et il aura bien raison devant une musique si crasseuse. On passe notre temps à mettre en valeur des groupes originaux, avant-gardistes et « complètement dans un autre monde tu vois ? », mais on oublie les fondamentaux. Le black metal, en somme, c’est rouillé, ça parle de mort et de péché, et c’est foutrement jouissif. Les trémolo-pickings, les corpse paints et les loups, c’est secondaire. Ici, on secoue la tête sur des mélodies simples, pouilleuses et sinistres, mais qui sourient de toutes leurs dents. Vous n’aimez pas ? « Fuck You », comme ils le disent eux-mêmes.

 

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