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Dynfari – The Four Doors of the Mind

Pays : Islande
Genre : Post Rock / Black Metal
Label : Code666 Records
Date de sortie : 14 Avril 2017

Nous avons coutume de considérer l’Islande comme riche d’une scène époustouflante en ce qui concerne le pagan black ou le black metal traditionnel. C’est oublier un peu vite que l’île volcanique nous livre régulièrement des groupes très talentueux dans d’autres genres, y compris celui du post-black. Et Dynfari est là pour nous le rappeler. Riche d’une discographie de trois albums, la formation de Reykjavík reviendra vers nous à la mi-avril avec The Four Doors of the Mind, un album qui traite de nombreuses émotions propres au genre. Sur le papier, rien de nouveau. Que vaut donc réellement le prochain album des islandais ?

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On ne va pas se mentir, si le post-black devait être associé à une émotion, ce serait à la tristesse et à tous ses dérivés. Il est vrai que l’on peut fort logiquement en avoir plus qu’assez de ce flot permanent de douleur édulcorée. Car si les groupes de post-black sont légion, leur approche de la chose ne varie que très rarement. Dynfari sort-il son épingle du jeu sur ce point ? À vrai-dire, pas vraiment. Il est vrai que le travail du groupe semble assez classique, mais la musique livrée sur ce nouvel album est véritablement de toute beauté. Sur le plan technique, tout fait preuve d’une justesse bluffante, ce qui laisse tout le loisir à l’auditeur de se plonger à corps perdu dans The Four Doors of the Mind. Un voyage inédit l’y attend.

Justement, ce qui est intéressant avec The Four Doors of the Mind, c’est l’aspect presque initiatique que les membres du groupe lui ont associé. Comme le nom de l’album l’indique assez ouvertement, The Four Doors of the Mind s’articule sur quatre parties bien distinctes représentées sous forme de portes. Ainsi, une fois l’introduction passée, l’auditeur passera la porte du sommeil, puis celle de l’oubli, puis la porte de la folie, et enfin celle de la mort. Nous pourrions d’ailleurs y voir une référence abstraite à la fin de vie, chaque individu pouvant ouvrir ces portes tour à tour avant de se laisser doucement emporter par la mort. Nous noterons également l’emploi de deux langues sur cet album. Si le titre de l’album et la moitié de ses titres sont en anglais, les titres qui font office de charnière entre chaque porte sont en islandais, comme si le groupe ressentait le besoin de revenir à sa langue maternelle pour exprimer toute la profondeur de sa pensée sur les émotions dont il est question.

Les envolées sont rares, mais nous constatons que les éléments black vont crescendo à mesure que l’on s’approche de l’évocation de la mort. De cette manière, entre « 1st Door : Sleep » et « 3rd Door : Madness », les changements sont audibles à propos de l’intensité des sonorités. Malgré cela, le groupe semble toujours plus proche du post-rock que du black metal, mais ce n’est absolument pas gênant dans la mesure où l’album ne souffre d’aucune baisse de régime ou partie superflue. C’est d’ailleurs à ce titre que nous constatons tout le talent dont sait faire preuve Dynfari. Chaque fin de titre laisse aussitôt place au début du suivant, si bien que l’impression de périple a rarement aussi bien été traitée sur un album du même genre. Sur le plan technique, absolument rien n’est à redire sur la qualité de la musique produite.

En poussant la recherche un peu plus loin, nous nous apercevons que le quatuor islandais s’est très largement inspiré du travail de deux écrivains pour réaliser son nouvel album. En premier lieu, celui de Patrick Rothfuss, connu pour avoir écrit la Chronique du tueur de roi. Le groupe s’inspire notamment de sa théorie sur les facultés de l’esprit à faire face à la douleur. Enfin, Dynfari s’est inspiré du travail de Jóhann Sigurjónsson, illustre poète et dramaturge islandais. Tout cela nous ramène une fois encore à l’évocation de la douleur et des autres émotions qui lui sont plus ou moins associées. Post-black oblige, tout cela est traité avec une finesse et un esthétisme tout bonnement splendides chez Dynfari.

Le groupe parvient à nous faire ressentir la chose comme un bienfait, comme une bénédiction. Comme si l’esprit humain n’avait pas nécessairement à se morfondre sous la pression de la tristesse. Il s’agit là d’une prouesse magistrale dans la mesure où la musique du groupe colle parfaitement aux idées qui sont déployées dans The Four Doors of the Mind. Comme si la musique ne suffisait pas, nous sommes en plus de cela gratifiés d’un artwork éblouissant par sa capacité à illustrer la musique de Dynfari. Nous distinguons clairement les quatre figures féminines qui sont associées aux quatre concepts explorés au fil de The Four Doors of the Mind. Ce dernier est un chef d’oeuvre de tous les points de vue.

Le quatuor islandais de Dynfari a effectué un travail remarquable avec l’écriture et la composition de ce nouvel album. L’écoute se clôt sur la porte de la mort, qui est celle pour laquelle le groupe a fourni le plus d’application. Le souci du détail est clairement l’un des gros points forts de cet album, rien n’est laissé au hasard, et c’est clairement ce qui ressort d’une écoute approfondie de cet album. Dynfari devrait chambouler toute la scène post-black avec la sortie de The Four Doors of the Mind, tant cet album fait mouche par sa qualité. Le traitement des émotions négatives y est fascinant et hypnotisant. Vous arriverez ainsi à la fin de cet album avec la sensation d’y avoir à peine posé les pieds. Une ode au désespoir.

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Fondateur / Rédacteur chef - maxime.deruy@gmx.fr

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