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Antaeus – Blood Libels

Pays : France
Genre : Black Metal
Label : Norma Evangelium Diaboli
Date de sortie : 6 Septembre 2006

Si vous suivez ce webzine depuis quelques temps, vous avez probablement compris mon attachement à Antaeus et aux projets qui en ont émané. Il y a quelques mois, vous pouviez lire notre retour sur le dernier album du groupe, Condemnation. Aujourd’hui, nous replongeons dix ans en arrière pour arriver sur l’un des albums piliers du black metal français : Blood Libels.

Dès l’introduction ambiante et priante de l’album, vous sentez que vous n’avez pas affaire à un album de black metal classique. Sur ces chants religieux diffus et lointains vient pulser une rythmique presque industrielle crissante et froide. Soudain, le premier blast de l’album vous explose à la figure et le riffing nerveux de Set, compositeur d’Antaeus, vient vous cisailler les artères. Ce cher MkM profite de votre faiblesse pour vous envoyer ses grognements rances et rouillés au visage, et vous êtes parti pour une tourmente impie qui durera trois quarts d’heure. La formule Antaeus que je tentais de retranscrire lors de la chronique de Condemnation est née sur cet album. Si les deux premières productions longues-durées du groupe baignaient plus dans un black/death bestial et ultra-violent, Blood Libels amorce le tournant purement black metal du groupe, avec une orthodoxie sous-jacente.

L’Antaeus moderne ne se repose plus sur des riffs death appuyés de la grâce mauvaise du black metal, mais plutôt sur une frénésie plus carrée. On sent que les compositions ont été peaufinées et mûries avant d’être trempées dans un bénitier ensanglanté et envoyées à la face de l’auditeur. Les chansons alternent généralement entre parties très véloces et affûtées et breaks plus dévoués et malsains. Les let-rings dissonant sont de sortie, comme sur « Cyklik Torture ». Antaeus vient tout détruire, mais sous l’allégeance de Satan. On notera la rampante « Words As Weapons » qui s’ouvre sur une rythmique de batterie derrière laquelle vrillent des émanations de guitares distordues et inquiétantes, avant d’exploser sur un blast dévastateur et un riff enfiévré. Antaeus a le don pour ne jamais laisser retomber la tension dans ses chansons. Si la plus grande partie du disque est placée sous le signe de la rapidité, quelques passages plus lents instaurent l’ambiance poisseuse et mauvaise qui suinte de ce disque. La violence n’en est que plus intense, et l’œuvre gagne un étage de qualité supplémentaire en variant les plaisirs.

Un petit détour du côté de la production, qui est simplement parfaite à mon goût. La batterie est une arme de destruction massive, Zvn pilonnant ses peaux comme un damné. Les guitares ont ce cachet aiguisée, enduites d’un je ne sais quoi de dérangeant quand elles partent dans les aigus. La basse de LSK est relativement bien audible, assez discrète néanmoins, ne se révélant vraiment que sur les parties plus lentes. La voix de MkM est comme toujours absolument monstrueuse, rauque et habitée, comme s’il vomissait ses invectives et ses hurlements rageurs avec un arrière-goût métallique acéré dans la gorge. Le bonhomme semble parfaitement maîtriser son organe, et donne une patte absolument unique au disque. Puissante et parfaitement adaptée, cette production offre toute l’ampleur et l’aura nécessaire à la musique d’Antaeus.

On ne peut pas parler de grande technicité instrumentale. Les mélodies sont simples, mais particulièrement bien trouvées. Difficile de savoir comment Set réussi à créer des riffs si efficaces et prenants en ne les basant que sur un maximum de six ou sept notes. Comme quoi, le talent et l’inspiration se passent parfaitement de technique quand ils sont si bien exploités. On ne m’ôtera tout de même pas de l’idée qu’Antaeus est si dévoué à sa cause de destruction et de péché érigé en orgueil qu’il aura réussi attirer sur lui l’œil du démon. La dernière piste éponyme de neuf minutes n’aurait de toute façon pas pu être composée autrement. Les roulements de batterie vindicatifs, les blasts frénétiques, ses leads aussi superbes que terrifiantes et les versets de haine délivrés par MkM sont de pures émanations diaboliques. À ce titre, l’artwork de l’album est particulièrement bien choisi. Ces deux mains ensanglantées tendues, réclamant une transcendance maléfique. Toute une symbolique qui convient à merveille à l’atmosphère de l’œuvre. On entendrait presque MkM éructer ses grincements de fond de trachée rien qu’en regardant ses mains suppliantes.

Un sans-faute, voici ce que livre Antaeus avec ses malédictions de sang. Un monument du black metal, ni vraiment traditionnel ni vraiment moderne. C’est cet album qui, de mon point de vue, a consacré Antaeus. Le plus abouti à ce jour, le plus représentatif du groupe. Dérangeant, satanique, violent, frénétique, enfiévré… Sincère jusqu’au bout des ongles. L’orthodoxie d’Antaeus a définitivement commencée ici, et rien ne lui va mieux. Un chef d’œuvre historique, marqué par une violence et une dévotion extraordinaire.

 

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