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Fields of the Nephilim – Elizium

Pays : Angleterre
Genre : Rock Gothique
Label : Beggars Banquet
Date de sortie : 24 Septembre 1990

En chroniquant l’immense The Nephilim il y a quelques mois, je vous avais promis que les autres albums du groupe suivraient. Et il est aujourd’hui temps d’aborder le troisième album du groupe, le mystique Elizium. Rappelez-vous où nous en étions restés sur The Nephilim ; du gros rock aux influences typiquement anglaises mais prompt à s’en démarquer, aux guitares chaudes et pleines et à la basse profonde, des ambiances variant du désert ésotérique aux appels spirituels érigés vers de sombres entités, et une voix possédée qui gronde, menace et susurre d’étranges prophéties à vos oreilles. Elizium vous invite dans des contrées plus éthérées, plus évanescentes et moins tumultueuses, mais toujours aussi mystérieuses et fascinantes.

Il n’aura fallu que deux ans à la bande de Mc Coy pour composer son second chef d’œuvre, après un Dawnrazor déjà très prometteur et un The Nephilim qui révélait le groupe de la plus splendide des manières. Après cette première période, le groupe se tourne vers des rivages plus progressifs, expérimentaux, moins sombres peut-être mais plus méditatifs et habités par la même foi en le spirituel, le surnaturel et les énergies cosmiques. L’introduction ambient « Dead But Dreaming » fait référence à Cthulhu qui dans sa cité engloutie de R’lyeh attend en rêvant. D’emblée, les Fields nous emmènent dans les sombres méandres de l’univers de Lovecraft. Et autant vous le dire tout de suite, cette piste d’à peine une minute trente est l’une des meilleures pièces d’ambient jamais composée à mon humble avis. Simplement incroyable. Vous vous retrouvez au fond de l’océan, découvrant avec stupeur et fascination d’étranges architectures archaïques oubliées du monde. Un seul mot ; l’évocation. Les Fields ont un don pour l’évocation, et vous le prouvent dès leur introduction. On pourrait faire une version de quinze minutes de cette piste qu’il serait toujours impossible de s’en lasser.

Mais enfin, si l’on devait consacrer un paragraphe rien qu’à l’introduction, autant faire un dossier spécial sur l’album (la tentation est grande !). Il ne s’agit ici que de vous dire à quel point il est monstrueux et de vous inciter à aller l’écouter. « For Her Light » suit l’introduction, et nous nous retrouvons en terrain connu. Les riffs sont accrocheurs, typiques de la première période du groupe, Mc Coy fait gronder sa voix et l’ambiance crépusculaire et brûlante de spiritualité est bien présente. Cependant, l’ensemble se fait plus éthéré, plus léger, plus virevoltant et aérien. Les guitares sont moins lourdes et saturées, plus distantes, le jeu de batterie varie davantage, la basse se fait encore plus présente et inscrit comme toujours ses propres mélodies dans l’ensemble. Une très bonne première vraie piste, entraînante et presque enthousiaste. Un vrai bonheur pour ouvrir un album d’exception. Suit « At the Gates of Silent Memory », plus lente et méditative, qui voit Mc Coy livrer ses vocalises enfiévrées avec une ferveur et une conviction foudroyante. Toute la chanson se fait secrète, calme et porteuse d’une fièvre sous-jacente.

Cet album est celui dans lequel Fields of the Nephilim incorpore pour de bon le clavier dans ses compositions. Le single Psychonaut paru entre cet album et The Nephilim avait déjà vu les anglais s’essayer aux expérimentations au synthétiseur, et ce penchant se confirme ici de la meilleure manière qui soit. Les nappes de sons omniprésentes, les chœurs diffus et les accords éthérés forment la patte d’Elizium. Les Fields se font progressifs, direction musicale confirmée par le choix de leur ingénieur son Andrew Jackson qui avait auparavant travaillé avec Pink Foyd. Une « Paradise Regained » entraînante et rêveuse plus tard, la seconde partie de l’album s’installe, et c’est ici que les anglais ont complètement lâché la bride à leurs envies de progression et d’expérimentation. La lente et très sournoise « Submission » vous emmène dans un long voyage introspectif dans lequel Mc Coy se fait la voix qui vous guide au travers de vos péripéties surnaturelles. Deux soli de guitares improvisés marqués par une pédale wah-wah omniprésente viennent vous cueillir en milieu et fin de parcours, faisant culminer vos accès de fièvre dans une frénésie de notes ininterrompue.

Le voyage continue avec « Summerland », qui prend presque une dimension électronique avec ses incursions de pad et cette basse claquante qui n’arrête jamais de dispenser ses rythmes rapides et bondissants. C’est ici que les Fields se rapprochent peut-être le plus de leurs collègues goth rockers partis explorer les terres de l’industriel et de la cold wave. Le jeu de basse en particulier rappelle les groupes de post punk de la même période. On note une batterie plus fouillée que d’habitude, et une guitare en retrait qui ne fait que lancer la chanson puis soutenir la composition. Cette piste interminable très onirique et exigeante semble monter en intensité durant toute sa progression, et c’est avec soulagement que nous arrivons sur la très belle « Weil of Summer », plus reposante et posée. Celle-ci s’ouvre sur un rythme de basse et un discret arpège de guitare réverbérée, le tout soutenu par les claviers indissociables de cet album. Mc Coy se fait plus déclamatoire et distant, sa voix descendant des nuées pour vous enjoindre à reprendre votre souffle dans cette longue piste accueillante. L’un des moments fort de l’album, onirique et planant à souhait. La chanson est assez chaleureuse, douce même, avec ses longues notes de guitare qui viennent vous purifier après la frénésie finale de la chanson précédente. Un long répit entre ombre et lumière, dans une demie obscurité tirant vers le clair vraiment apaisante.

L’album se conclut avec « And There Will Your Heart Be Also », continuation de « Weil of Summer ». L’ambiance se fait de plus en plus lumineuse au fil du temps, bien que la mélancolie perce sur la seconde partie de la chanson. Cette mélodie de guitare lancinante, ces multiples effets sonores, Mc Coy qui chante ses versets avec calme et force à la fois… Un final touchant au possible, qui se perd dans des divagations électroniques confuses, et un album qui se clôt en vous laissant redescendre de votre odyssée dans l’ailleurs.

Elizium est, avec The Nephilim et le dernier-né Mourning Sun, un pilier du trio de tête du groupe anglais. Très différent de The Nephilim, il se fait moins rock et poussiéreux pour mieux embrasser les aspirations progressives et atmosphériques du groupe. Le résultat est simplement bluffant. La musique passe du rêveur à la transe avec une facilité confondante. Vous retrouvez la patte si particulière du groupe, à travers la voix de Mc Coy, la basse de Pettitt et les riffs de guitare en arpège. Totalement à part. Le disque se fait plus complexe que son prédécesseur, plus incertain et imprévisible dans ses structures. On perçoit que certaines parties de guitare ou de clavier ont été composées à l’improvisation, et le résultat est très réussi, prenant et inspiré. L’aspect gothique du groupe s’efface quelque peu au profit de quelque chose de plus onirique et en clair-obscur, là où The Nephilim était complètement dans une atmosphère ésotérique. The Nephilim, c’était de l’occultisme pratiqué dans l’errance d’un monde post-apocalyptique qui aurait vu ses barrières avec la dimension spirituelle abolies. Elizium, c’est une sortie de corps pure et simple, un périple sans repères dans des contrées désincarnées issues de fantasmes incertains.

Elizium est un album majeur. Majeur de quoi, je ne saurais pas trop vous dire, mais majeur dans le sens « vous devez l’écouter avant de mourir ». C’est cet album qui a signé la consécration du groupe, au sens où il leur a valu leur rang de groupe phare de la musique gothique anglaise. C’est également celui qui est encore aujourd’hui le plus plébiscité du groupe. Si l’on me demandait mon avis, je dirais que dans le trio de tête du groupe, il se situe en dernière position, avec The Nephilim tout en haut et l’énorme Mourning Sun entre les deux. Je lui préfère l’ésotérisme saturé du premier et la transe religieuse totale du second. Troisième place d’un trio d’excellence, ça reste tout de même une situation d’exception ! Il faut néanmoins lui reconnaître un aspect difficile d’approche aux premières écoutes. Mais cette difficulté passée, Elizium vous emmènera errer dans de vastes citées sumériennes suintantes de spiritualité, de mysticisme et d’Au-Delà.

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Salut vous

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