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Burzum – Dauði Baldrs

Pays : Norvège
Genre : Dark Ambient / Ambient Synth
Label : Misanthropy Records
Date de sortie : 14 Octobre 1997

Comment diable se fait-il que l’immense oeuvre de notre fier Varg Vikernes n’ait pas encore été traitée ici-même ? Sans doute que la montagne qu’elle représente est un peu délicate à gravir. De tous les albums ayant été sortis par l’artiste norvégien à l’aide son projet connu et reconnu dans le monde entier, Dauði Baldrs est sans doute le plus étonnant et le plus énigmatique par l’intérêt ou le désarroi qu’il a suscité au moment de sa sortie. Pauvre sur le plan technique ? Sans doute. Mais cet album, c’est tellement, tellement plus que ça.


En abordant un album tel que Dauði Baldrs, il est en vérité assez difficile de ne pas évoquer le contexte qui entoure la composition et la sortie de l’album. Purgeant une peine de prison pour meurtre et incendies d’églises, Kristian Vikernes de son nom de naissance espère bien profiter de sa détention pour composer à nouveau pour Burzum. Ses frasques, tout le monde les connaît, inutile donc de revenir dessus. Initialement désireux de prolonger l’histoire qui lie Burzum au black metal, même s’il n’a jamais réellement affirmer faire du black metal, Varg entend dans un premier temps emprunter divers instruments afin de travailler dans de bonnes conditions. Cependant, on ne lui autorise à l’époque qu’un simple synthétiseur. Une privation ? Varg va-t-il de ce fait donner naissance à quelque de sensiblement moins bon qu’à l’accoutumée ? Que nenni.

Bien évidemment, en ayant accès à un simple synthétiseur et à des options de personnalisation sans doute moindres, il est clair que Varg eût à donner naissance à quelque chose de maigre, de démuni, au moins sur le plan technique. Qu’à cela ne tienne, il en faut plus pour priver d’idée l’un des plus grands talents offert par la Norvège. N’ayons pas peur d’affirmer que Dauði Baldrs est un album purement et simplement impressionnant par ses évocations et par ce qu’il transmet à l’auditeur. S’il s’agit effectivement là d’un album court, répétitif et parfois redondant, il faudrait se montrer particulièrement insensible pour ne pas avouer être touché par sa magie, par sa mélancolie, et par la langueur géniale dont il est riche.

Mais là où cet album marque une réelle rupture, c’est vis-à-vis des albums précédents de Burzum, bien plus axés black metal traditionnel. Car même si Varg ne pouvait produire une musique plus riche pour les raisons sus-citées, il nous a offert sur un plateau un album d’un genre nouveau. Nous n’irons pas jusqu’à dire que la musique était novatrice, mais Dauði Baldrs a inspiré les scènes dark ambient et dungeon synth dans des proportions inimaginables. Par la suite, avec des albums tels que Hliðskjálf ou Belus, Burzum a à nouveau étoffé sa discographie de cette veine ambient, mais Dauði Baldrs était bel et bien pionnier en la matière. Nombreux sont ceux ayant critiqué cet album, qu’ils jugeaient cyclique ou inintéressant. En termes de dark ambient, aujourd’hui encore, aucun album ne peut se targuer de voler son trône à Dauði Baldrs.

Bien qu’il s’agisse de l’un des titres les plus courts de l’album, « Hermðr Á Helferð » est sans doute celui qui est riche de la dimension douloureuse la plus prenante de toute la discographie de Burzum. Vous avez bien lu. En moins de trois minutes, à l’aide d’une mélodie simpliste répétée en boucle sans la moindre variation, Varg se saisit de la moindre pensée négative de votre esprit pour l’amplifier encore et encore. Tous les titres de Dauði Baldrs ne sont pas emprunts de la même froideur, mais celui-ci est porteur d’un aspect glacial qu’il est difficile d’ignorer. En ce qui concerne les titres les plus imagés, le titre éponyme remplit son rôle à merveille, comme si son écoute vous amenait de gré ou de force au beau milieu du déroulement d’un conte macabre marqué par des événements surréalistes. La dimension épique n’est pas en reste non plus avec des titres tels que « Bálferð Baldrs » ou « Í Heimr Heljar ».

Même les deux pistes de fin que sont « Illa Tiðandi » et « Móti Ragnarokum », pourtant diablement longues et répétitives à souhait, ne suffisent à faire retomber la tension ou à nous tirer de notre rêve absurde et magnifique. Les quarante minutes de musique qui constituent le coeur de Dauði Baldrs sont un pur bonheur pour les auditeurs initiés. Un bonheur à la fois aventureux et glorificateur, mais aussi riche d’une effroyable capacité à envoûter voire hypnotiser celles et ceux suffisamment imprudents pour se perdre au milieu des ses impitoyables méandres. Même si ceux qui le pensent ne sont sans doute pas légion, Burzum a signé avec ce premier album carcéral un chef d’oeuvre insoupçonnable et insoupçonné. Le genre qui n’attire ni l’œil ni l’oreille, mais qui une fois dévoilé révèle un potentiel et un talent éblouissants. Indispensable.

Avec cette sortie, Varg Vikernes abandonna les sonorités black metal de Burzum pour se tourner vers les évocations vaporeuses et lointaines de l’ambient. Un virage brutal mais ô combien réussi de la part d’un artiste controversé mais dont le talent n’a que peu d’égal dans les différentes scènes qu’il éclabousse de son génie. Dauði Baldrs laissera place à Hliðskjálf, puis à Fallen, puis à d’autres. Autant d’albums marqués par les sonorités ambient désormais si chères à notre musicien. Autant d’albums influencés par la mythologie nordique et par les convictions païennes de Varg Vikernes. Pour le résultat que l’on connaît. Burzum dans toute sa splendeur.

 

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Fondateur / Rédacteur chef - maxime.deruy@gmx.fr

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