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Entretien avec I.Luciferia et T.Njodr (Ende)

Dans la lignée de la sortie de Emën Etan, leur troisième, nous avons eu l’occasion de converser avec les deux membres du groupe de black metal français d’Ende. Nous avons notamment souhaité en savoir plus sur la genèse de ce nouvel album et sur l’univers musical déployé.

Bonjour et merci beaucoup d’avoir accepté cette interview.
I.L & T.Njodr : Salut et merci de ton intérêt.

Pouvez-vous nous parler du dernier album d’Ende et de la manière avec laquelle il a été écrit et composé ?
I.L : Emën Etan est notre troisième album, il a été écrit dans l’élan de son prédécesseur Rebirth… avant même qu’il ne sorte. Pour faire simple, entre l’enregistrement de Rebirth… et sa sortie, plusieurs mois se sont écoulés. Cet écart c’est ensuite creusé avec la sortie du split avec Sorcier des Glaces (Le Puits des Morts), il y a ainsi une année de battement entre chaque opus. Cet écart n’était pas particulièrement voulu, il est dû aux facteurs du moment, mais il paraît que le hasard fait bien les choses et nous permet d’avoir des sorties régulières sans être dans la précipitation, nous pouvons travailler les visuels, jouer en concert et promouvoir nos différentes sorties. Emën Etan (plusieurs orthographes existent) signifie « Ici et là » dans l’argot de la sorcellerie. Plus précisément, il s’agit des mots que prononçaient les pratiquants pour être transportés vers le lieu du Sabbat par le Diable après s’être enduit le corps d’un onguent fabriqué à base d’animaux sacrifiés ou d’enfants non baptisés. Tout ça selon les récits récoltés durant les procès de l’époque pour sorcellerie et de la fantaisie de l’époque, bien entendu.

T.Njodr : Nous avons procédé de la même façon que pour le précédent, I.L écrit la musique puis nous travaillons les arrangements des morceaux ensemble.

La sorcellerie semble être un thème cher à Ende. Pouvez-vous nous en dire plus sur cet intérêt et la manière avec laquelle cela t’inspire ?
I.L
 : Il y a quelque chose de très intime et incontrôlable dans la vision que l’on peut avoir de la sorcellerie aujourd’hui, d’attractif. Le fait d’être exclu ou de s’isoler offre un revers unique, la possibilité de s’accomplir, de travailler certains talents. Ce que nous écrivons est à la croisée des faits et du fantasme, une vision modelée et adaptable bien entendu, mais construire ou transformer un socle comme celui-ci apporte au final, et peut-être malgré lui, des parallèles indéniables avec la société d’aujourd’hui. Le jugement et l’exclusion de l’autre sont des choses plus que jamais entretenues à une époque où pourtant, l’acceptation et la différence sont mises en avant par-dessus tout. Les mouvances iront toujours à la division et à contre-courant, c’est humain. L’incompréhension, le mode de vie, la maladie ou l’idéologie isolent quasi systématiquement, et il y aura toujours quelqu’un pour se servir de ces tares sociales de façon perfide contre une autre quelle que soit l’époque. Quoi qu’il se passe, peu importe le temps, c’est une chose de réellement bien enraciné dans la nature de l’Homme. Tristement, connaître ce qu’il s’est passé permet d’anticiper les choses à venir.

Pensez-vous que l’on puisse associer le black metal à une forme d’occultisme ou d’ésotérisme musical ?
I.L : C’est une musique subversive, provocatrice, violente, personnelle. Il est certainement le courant metal le plus intimiste et introspectif, à chacun de l’investir et de le façonner à sa vision. Il n’y a pas de règles écrites, le style est d’une certaine façon libre de droit, tu vois ? Je suis plus à-même d’imaginer le black metal comme un égrégore, une sorte d’énergie planant au-dessus avec des ramifications sur chaque spot (acteurs de la scène au sens artistique). Cet égrégore change et grandit au fur et à mesure que des choses s’accomplissent et se créent. C’est une image bien évidemment, mais cette façon d’identifier cette aura me convient, le black metal est avant tout un amas de sentiments et des ressentis profonds modelés et déversés avec du son et des images.

Après toutes ces années d’évolution, pensez-vous que certaines choses sont absolument antinomiques au black metal ?
I.L : Certaines choses me paraissent étrangères au black metal, certains comportements, l’effet de masse, les modes. Cependant, les choses évoluent avec le temps et les gens, se démystifient et se banalisent, ce qui est un mode de vie pour les uns est un divertissement ou un faire-valoir pour les autres. C’est une chose compliquée à anticiper, parfois même à accepter, mais c’est comme ça. Le black metal est devenu un genre metal parmi d’autres, rien de plus. Pour certains ce n’est pas un problème du tout, mais là il s’agit d’une vision personnelle, on en revient au début de ta question.

T.Njodr : Le black metal est un style à part entière où il n’y a pas qu’un simple aspect musical, il y a aussi un ressenti, une aura qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Il y a une atmosphère à respecter et retranscrire, et je n’adhère pas spécialement à la démarche de ceux qui en dévient et font du black metal par effet de mode.

Comment enregistrez-vous vos albums ?
I.L : Jusqu’à aujourd’hui nous avons travaillé en interne exclusivement, par choix. Ende est très personnel, avoir différents intervenants éroderait directement ce socle qui m’est précieux. Je ne dis pas qu’il est impossible que nous travaillons avec d’autres personnes mais il y aura un cahier des charges à connaître et à respecter, comprendre le projet, s’investir avec conviction, qu’il y ait une réelle compréhension musicale et humaine, ce qui devrait être la base de tout projet d’ailleurs.

Il y a quelques parties folk à la guitare et à la flûte sur le dernier album. Comment l’idée vous est-elle venue ?
I.L : Les guitares acoustiques sont une partie intégrante de Ende depuis Wishpers…, notre premier album en 2012. La flûte présente à la fin de « Das Hexenhaus » offre simplement une fin en liaison directe avec les paroles. Pas de côté épique, mais plutôt ancien, poisseux, isolé, humide… Sa mélodie offre plus une perception de désolation, de bocage médiéval qu’autre chose. Il est inconcevable que les paroles et la musique ne soient pas en accord, même chose pour le visuel d’ailleurs. Un album est un tout, un ensemble et s’il n’est pas obligatoirement un concept organisé, il reste toujours une ligne directrice.

L’album me semble plus épique que son prédécesseur, les mélodies semblent plus mises en avant. Est-ce volontaire ?
I.L : Les titres sont composés de manière plutôt spontanée. Qu’Emën Etan soit plus mélodique que son prédécesseur n’est pas voulu, le style s’impose. Je reste persuadé que lorsque le style est laissé libre, le riffing évolue de lui-même, ce qui met en valeur chaque facette d’un groupe au fur et à mesure des albums, montre une progression logique, qu’elle soit rapide ou non, peu importe.

Y a-t-il une certaine littérature ou des films qui vous auraient inspirés ?
I.L : Tout a été écrit sur ce sujet, de façon historique ou fantasmé, faire le tri n’a pas été facile puisqu’une montagne de références existe. Mais certaines choses ressortent plus que d’autres lorsque tu creuses le sujet. Le personnage de la sorcière a été un grand fourre-tout et a permis de légitimer des meurtres purement et simplement, d’évincer des personnes gênantes ou malades, trop riches ou influentes, ou tout simplement incomprises. L’Église a toujours été une grande consommatrice de richesse, de pouvoir et de légitimité. Il a alors fallut qu’elle passe un cap à une certaine époque pour s’imposer comme détentrice d’une unique vérité et ainsi justifier ses actes, sa justice. Ce qu’elle a réussi. Chronologiquement, il est possible de voir aujourd’hui la façon dont elle a pu s’imposer de manière contrôlée, en durcissant le ton petit à petit, en évinçant progressivement ce qui pouvait la gêner au fur et à mesure qu’elle s’instaurait. Elle proposait une vérité absolue, immuable et promettait un bonheur éternel. À la vue des conditions de vie de l’époque et de l’éducation, rare étaient ceux qui refusaient une telle opportunité.

Ainsi, tout ce qui ne rentrait pas dans les caractéristiques qu’elle avait instauré était par définition l’œuvre du Diable. Les connaissances en médecine étant pauvres, toute personne montrant des symptômes de maladies (physique ou psychologique) étaient alors possédée ou vivait une sentence divine, c’était alors l’exécution. La jalousie offrait le prétexte de dénonciation, l’incompréhension sociale, l’isolement, la pratique de cultes autre que celui érigé par l’église, la liste est longue. Aussi, l’image que la sorcellerie était presque exclusivement féminine est au final erroné puisque bon nombre d’hommes et d’enfants ont également été exécutés, les écarts numériques entre les sexes et les classes sociales ne sont pas aussi grands que l’on pourrait les imaginer. Il fallait tenir les gens dans la crainte et l’hystérie, l’Église l’a compris. Elle a d’ailleurs pu amasser une grande richesse de cette façon car bien évidemment, les biens des gens qu’elle faisait exécuter lui revenaient. Ce n’est ni plus ni moins que de la politique. Et le débat sur ce sujet n’est pas fini puisque dans certains pays encore, des gens sont brûlés vifs pour sorcellerie et commerce avec le Diable. Quant au cinéma, il n’offre que peu de choses intéressantes, à retenir en premier lieu Häxan (sorti en 1922, de Benjamin Christensen).

Quels sont les projets que vous suivez avec le plus d’intérêt ?
I.L : J’attends le prochain album d’Evilfeast, il travaille actuellement dessus. Thorns of Domination (black metal allemand), Orthodoxy (death old school espagnol bercé dans l’occultisme, très sombre). J’attends les prochaines sorties de NKRT, projet français d’ambiant ritualiste avec qui je devrais travailler très prochainement.

T.Njodr : Je ne suis pas spécialement de groupe. J’ai déjà du retard sur pas mal de sortie qui m’avait déjà intéressé malheureusement. Récemment j’ai pu écouter le projet Aux Champs Des Morts que j’ai bien aimé. Ailleurs que dans le domaine musical, j’attends de voir ce que va donner le projet Alien : Covenant.

Merci beaucoup pour le temps que vous nous avez accordé. Je vous laisse le mot de la fin.
I.L & T.Njodr : Merci à toi pour cette entrevue. Pour nous contacter : ende-official@outlook.fr
Bonne continuation à Heiðnir ! Regards.

Interview préparée en compagnie de Dantefever.

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Fondateur / Rédacteur chef - maxime.deruy@gmx.fr

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