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Interview – Moriquendi

Nous avons eu récemment le plaisir de chroniquer l’excellent premier album des lyonnais de Moriquendi. Kanopëa ayant particulièrement retenu notre attention, nous avons voulu laisser la parole à Alexandre pour qu’il puisse nous parler de son groupe. 

Salut à vous ! Pouvez-vous nous présenter Moriquendi en quelques mots ?
Salut à toi et merci de prendre du temps pour nous ! Moriquendi est un projet à l’origine de black metal aux touches atmosphériques et orienté dans un esprit pagan/folk. Le nom de Moriquendi vient de l’univers de J.R.R. Tolkien. J’ai toujours été un grand fan d’univers fantastique et médiéval, il me fallait un nom qui soit en rapport avec mes affinités, mais je suis aussi un grand fan de black metal et Tolkien fait partie de ce type de décors. Ça peut être perçu comme un manque d’originalité mais je trouve malgré tout que ça a le pouvoir d’annoncer la couleur. Chaque style de metal a son imagerie, ses codes. Et puis un nom de projet n’est pas forcément l’épicentre de l’univers d’un groupe, à mon sens.

Comment vous est venue l’idée de fonder un tel projet ?
L’idée de départ était avant tout un « projet solo secondaire » car je faisais partie, à sa création, d’autres groupes (Zeropoint, THE OATH…), et je voulais pouvoir faire naître mes idées de compositions orientées folk. N’ayant pas de groupe voulant en faire, il m’a bien fallu le faire moi-même. Je ne laissais que peu de temps à Moriquendi, ce qui explique le peu de production durant plus de dix ans puisqu’il a été fondé en 2006. Aujourd’hui, d’autres musiciens se sont joints à moi, Rémi Pillon en 2013 à la batterie, et depuis quelques mois Félix Joguet (Malepeste) à la basse, d’abord dans un souci d’enrichir la composition de Moriquendi, mais aussi parce qu’après tout ce temps à ne faire que du studio, l’envie de se produire sur scène avec ce projet a fini par me gagner. Et nous voilà en 2017 à préparer un set pour les mois à venir.

Qu’est-ce qui vous inspire pour la composition de vos chansons ?
Le message de Moriquendi, si tant est qu’il y en ait un, serait d’exposer à l’auditeur, par le biais des ambiances et des mélodies, à la fois la beauté et la simplicité de la nature mais aussi sa force et son caractère parfois dangereux. Pour rappeler à l’homme qu’il n’est rien d’autre qu’un animal parmi tant d’autres et que la nature ne l’a doté d’aucun pouvoir le rendant supérieur à une quelconque créature. Le choix du nom de Moriquendi est fait de manière à dire : « et si un peuple immortel nous regardait, que penserait-il d’une espèce telle que la nôtre ? ». Tolkien l’expose très bien dans ses œuvres, mais les elfes de la nuit existent également dans les mythologies nordique et celtique. Imaginons qu’un tel peuple nous observe depuis la nuit des temps, à nous voyant tout détruire autour de nous et nous autodétruire. Moriquendi tente d’illustrer musicalement ce processus par ses sonorités mélancoliques, lancinantes, aériennes…

Quelles sont vos influences musicales ?
C’est assez large, je peux citer quelques noms peut-être, mais de là à dire qu’ils sont représentatifs de notre musique, ça, je ne sais pas. En metal déjà : Enslaved, Ajatarra, Agrypnie, Alcest, Heretoir, Agathodaimon, Dark Fortress… La musique médiévale comme: The Moon and the Nightspirit, Wardruna, Forndom, Corvus Corax… Le post-rock : Explosion in the Sky, Mogwaï, If These Trees Could Talk… Je pourrais en citer bien d’autre, mais ça suffira je pense…

Le groupe sonne avant tout comme un projet studio, très porté sur les ambiances. Comment comptez-vous transposer cela sur scène ?
Dans un premier temps, les morceaux seront déjà adaptés à la scène comme nous les avons composés, guitare, basse, batterie. Le reste sera samplé. Kanopëa ne comprend qu’un unique morceau avec du chant et on veut passer en set totalement instrumental, nous jouerons donc ce qui peut être joué. Il est possible que certains anciens morceaux de l’EP Nivlennus soient réadaptés à la scène sans chant. C’est en projet.

Vos paroles, aussi rares soient-elles, sont-elles toutes en lien avec la thématique liée à Tolkien, comme le nom du projet pourrait le laisser suggérer ?
Le peu de paroles qui a été écrit évoque plus le point de vue d’un peuple tel que celui des Elfes de la nuit, s’ils observaient l’humanité. Leur ressenti vis-à-vis de nous, seraient-ils en colère pour notre ignorance et notre manque d’observation face à la nature qui nous entoure ? Nous prendraient-ils en pitié dû au fait que nous avons passé la majeure partie de notre courte histoire, à nous autodétruire alors qu’à leur yeux nous sommes éphémères ? Avec le temps, j’ai pensé que le silence (en termes de parole) était plus évocateur que des textes. J’ai toujours eu plus l’image d’un elfe gardant le silence, lui donnant ce côté bien plus mystérieux et réfléchi, que d’un personnage déblatérant des monologues interminables pour raconter sa vie. Un elfe étant immortel, on ne serait pas couché. Qui plus est, la prise de parole a une connotation de prise de décision, or je vois ces personnages plus observateurs que participatifs.

Comment se passe le processus de composition et d’enregistrement de vos productions ? Avez-vous une idée précise de ce que vous aimeriez entendre une fois l’album terminé ?
Autrefois, j’avais une idée très précise de ce que je voulais entendre sortir du studio. Mais avec le temps, et le fait que je ne suis plus seul à composer et arranger les morceaux, je préfère juste apporter des idées et on se débrouille pour donner forme à tout ça. Arriver avec trop de précisions, c’est se butter sur des détails qui parfois peuvent desservir tout le morceau. J’ai une idée sur l’ambiance que je veux donner au morceau, mais pour ce qui est de la trame, désormais, on est trois à réfléchir dessus. Et les surprises sont bien plus satisfaisantes qu’un rendu trop calculé par avance.

La musique de Moriquendi est très particulière, il est difficile de la catégoriser. La production est résolument moderne, mais la dynamique globale semble plutôt ancrée dans le passéisme, avec cette utilisation de la flûte et l’ambiance tribale développée. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?
Ce n’est pas parce qu’on fait une musique en lien avec le folk qu’il faut obligatoirement bouder l’équipement moderne qui s’offre à nous. Les guitares électriques en sont un bon exemple, surtout si on veut que ça sonne un peu metal. Sur Kanopëa nous avons invité une flûtiste (Pauline Caine) pour quelques morceaux, car cela correspondait à cet univers forestier, et quoi de mieux que cet instrument pour ça ? Je ne l’ai d’ailleurs que très peu orientée sur ma vision de sa contribution à notre musique, elle s’est débrouillée seule et le rendu nous a plu tout de suite. Maintenant, l’utilisation d’autres instruments tel que le violon ou autre est un autre élément intéressant à mettre en place pour de prochaines sorties. L’ambiance tribale aussi, c’est une forme de rappel à de lointaines origines, à une époque où la musique n’avait que peu de différences d’un côté ou de l’autre du globe. Un autre aspect de notre musique que nous cherchons toujours un peu plus à explorer.

Quel est votre avis sur la scène française actuelle ?
C’est assez malheureux à dire, mais je n’ai pas d’avis spécifique à ce sujet. Je n’écoute pas un groupe en fonction de son origine. C’est parfois amusant de découvrir que tel ou tel groupe vient d’un pays ou d’un autre mais j’avoue ne pas m’y intéresser plus que ça. Le metal atteint des coins tellement improbables dans le monde ! Dans le folk metal à la limite cela peut être intéressant. On entend souvent l’influence nordique ou celtique, maintenant plus ça va plus nous avons du metal oriental, ce qui est très bien mais il y a encore un très grand nombre de cultures qui pourraient également mettre leur touche et ça, j’attends de l’écouter !

Avez-vous déjà des idées pour vos productions futures ?
Nous sommes pour le moment sur l’élaboration d’un set pour le live. Clairement l’idée de composer un prochain projet n’a pas encore été mise sur la table. Mais les idées sont là, oui. C’est plus le temps qui manque.

Envisageriez-vous un split avec une formation française ou étrangère ?
J’ai déjà eu une ou deux propositions mais que je n’ai jamais eu le temps ni d’approfondir, ni du coup, de concrétiser. Ça pourrait être très intéressant aussi. Là encore ce n’est pas une priorité mais si une occasion se présentait avec le temps qu’il faut (toujours lui) pour tout mettre en œuvre, pourquoi pas.

Merci à Alexandre pour le temps qu’il nous a accordé.

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