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Incantation – Onward to Golgotha

Pays : États-Unis
Genre : Death Metal
Label : Relapse Records
Date de sortie : 5 Mai 1992

D’habitude sur ce site, nous vous parlons de black metal. Mais comme une ligne éditoriale n’empêche pas d’être un peu polyvalent, et aussi parce que ce webzine reflète les goûts de ceux qui y écrivent, vous avez droit aujourd’hui à la chronique déterrage d’un album de death metal. Et attention, pas n’importe quel death metal. Le death putride et puissant, celui qui rampe hors des caveaux pour venir vous tourmenter de ses mélodies impies. Et ça tombe bien, parce qu’il n’est que difficilement possible de mieux décrire le premier album d’Incantation, Onward to Golgotha.

Incantation, c’est le groupe fondateur de tout un pan du death metal aux côtés de ses collègues d’Immolation, le bien nommé blasphemous death metal auquel je faisais référence dans la chronique du premier Ritualization. Dead Congregation, Maveth, Teitanblood, Lvcifyre… Tous ont écoutés ces grands anciens du death metal, arrivés quelques temps après les pionniers du genre. Passée la première vague fondatrice de Death, Obituary, Morbid Angel et de leurs amis, le death metal connaît un essor à l’internationale avec la fameuse scène suédoise à laquelle on doit l’idée brillante d’avoir remplacé les guitares par des tronçonneuses ou encore la scène anglaise avec des groupes comme le regretté Bolt Thrower, qui aura eu l’aimable intention de nous envoyer dans les champs de bataille futuristes titanesques de l’univers de Warhammer 40.000. Pendant ce temps-là, la scène américaine se renouvelait avec comme groupes Gorguts, Cynic, Immolation… Et Incantation.

Si Morbid Angel vous envoie dans les recoins les plus terrifiants du cosmos, si Obituary vous noie sous un groove lourd et poisseux, et si Cynic vous perd dans ses méandres progressifs, Incantation a choisi de vous plonger la tête la première dans les miasmes immondes d’un cimetière dont les pierres tombales mêmes sont en état de décomposition avancée. Onward to Golgotha est le premier méfait du groupe de John McEntee, et le meilleur à mon goût. L’ambiance y est blasphématoire et impie au possible, tout y transpire la haine et la malédiction. Incantation ne fait absolument pas dans le death groovy et bonne ambiance défouloir style Cannibal Corpse, mais bien dans le death qui vous veut du mal.

Ce premier opus est sans doute celui dans lequel le groupe possède le meilleur son de guitare. Il ressemblerait plus ou moins à une nuée d’insectes bourdonnants engluée dans une ignoble viscosité d’outre-tombe. Pas très parlant dit comme ça, mais ce son de guitare est réellement particulier. Il se prête aussi bien aux passages rampants qu’aux terribles assauts du groupe. Et cela tombe bien, les deux sont présents à foison dans cet album. Ensuite, il faut saluer la batterie, qui impose une puissance de frappe impressionnante. Les blasts sont particulièrement virulents, les passages lourds sont pesants et écrasants à volonté. La basse vient cimenter de sa poisseuse distorsion cette alchimie sonore, très audible, et particulièrement inquiétante dans les ralentissements. Enfin, le chant de Craig Pillard, actuellement chez Disma, semble s’échapper d’anciens mausolées pour hanter ses compositions déjà placées sous l’ombre malveillante des pires abominations existantes.

Première  piste, « Golgotha », et vous êtes aspiré dans l’univers mortuaire d’Incantation. Le riff principal est simplement dantesque, incroyablement puissant et torturé, semblant directement venir d’ignobles sanctuaires souterrains pour se répandre dans l’air en une fumée noire et nauséabonde. Une piste magistrale. Toutes ses suivantes le sont également, rassurez-vous, mais cette ouvreuse est particulièrement marquante. Le genre de riff que l’on sent culte à la première écoute. Les chansons sont très homogènes, l’album est particulièrement cohérent. Difficile de noter des pistes au-dessus des autres. On retiendra tout de même la très brutale « Immortal Cessation », qui offre des riffs quelque peu plus variés que ses consœurs, ainsi que la plutôt pesante « Christenning the Afterbirth », qui se fend de quelques apparitions de claviers dérangeantes. Incantation a pour principale force ses riffs torturés et malsains, qui s’insinuent dans votre esprit pour venir le pervertir par l’obsession. Les harmoniques sifflent de partout, rajoutant encore quelque chose de dérangeant et de parfois presque hystérique à l’album. Clairement la marque de fabrique du groupe, ces riffs signés McEntee ont le don de vous prendre à revers, de provoquer fièvre et tourments chez l’auditeur malmené pendant la quarantaine de minutes que dure l’album.

C’est à mon sens sur ce disque qu’Incantation réussit le mieux son alternance entre les passages rapides et les plus écrasants. N’étant pas un grand fan du death metal lent, je trouve ici le dosage très réussi. Les parties rapides sont particulièrement virulentes et assassines, venant tout broyer par des charges blasphématoires de tremolo-picking soutenues par des blasts impitoyables. Seconde face de la médaille, les parties plus lentes arrivent à rester prenantes grâce à ces mélodies particulièrement bien trouvées, ces rythmiques vicieuses qui posent une atmosphère délétère absolument ignoble et pourtant jouissive. On note la batterie qui bénéficie d’une production particulièrement réussie, permettant de dynamiser et de donner un vrai relief à l’ensemble.

Prenant comme rarement le death metal l’aura été, Onward to Golgotha est un album culte qui aura influencé des centaines de groupes à travers le monde. S’il reste le meilleur testament du groupe, les suivants seront tout aussi intéressants, alternant entre opus plus lents et d’autres plus brutaux. Du reste, Incantation n’a jamais rien sorti de honteux, et garde toujours un niveau de production élevé. Un véritable pilier de la scène death metal, un géant qui aura définit une nouvelle scène avec ses propres codes musicaux.

 

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Salut vous

2 Comments on Incantation – Onward to Golgotha

  1. J’ai jamais été fan de la scène de NYC. Je préfère les floridiens et le style européen évidemment. Attention, dans Bolt Thrower, l’ambiance n’est pas futuriste, c’est plus une illustration de Warhammer, le RPG, qu’on peut entendre sur « In battle there is no law » et surtout le sublime « Warmaster ». En death US: Deicide « Once upon… » et « Serpent,… » ce dernier ayant un son très particulier. Nocturnus « Throeshold » est aussi à conseiller avec son ambiance futuriste et virtuose avec synthés d’époque. Evidemment tous les albums de Death sont fabuleux surtout à partir de Leprosy.

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    • Je ne suis pas spécialement fan de la scène death de NYC, mais je m’y connais tellement peu en death metal que j’écoute ce qui me parle sans trop avoir de préférence entre les différentes scènes pour l’instant, à part la scène suédoise (les premiers Amon Amarth, Dismember et Entombed). La scène de New York va de Suffocation à Incantation en passant par Malevolent Creation, il y en a vraiment pour tous les goûts !

      Tu fais bien de préciser les choses pour Bolt Thrower, ma phrase est un peu ambiguë; ce n’est pas la musique qui fait futuriste, mais bien l’univers de W40K qui l’est. De cet univers, le groupe tire plutôt l’ambiance de guerre totale et démesurée, en particulier sur Realm of Chaos, leur meilleur à mon goût.

      Là où je vais te décevoir ça va être pour les autres albums que tu cites… Je n’ai jamais apprécié Nocturnus même si je sens bien que c’est du caviar pour ceux qui savent apprécier, Deicide m’agace beaucoup et je suis complètement insensible à Death pour l’instant. Je n’arrive pas à arriver à la fin de Symbolic sans m’ennuyer, alors que comme pour Nocturnus, je sens que c’est sublime pour les connaisseurs. J’éspère avoir un déclic un jour …

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