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Jowisz – Trench Rat’s Banquet

Pays : Pologne
Genre : Dark Ambient Expérimental
Label : Spatha Production
Date de sortie : Fin 2016

Pour continuer sur l’effet musical très intéressant initié par la chronique de la première sortie de H.ø.s.t, restons sur le territoire polonais et jetons notre dévolu sur le dernier album du projet Jowisz. Dans un style assez similaire, mais qui présente toutefois des différences notables, Trench Rat’s Banquet nous transporte dans un univers musical à multiples facettes plutôt intrigant. Quittons à ce titre les champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale et les tensions terrifiantes du XXème siècle pour l’enfer des tranchées et la guerre de position infernale de la Première Guerre mondiale. Oui, Jowisz sait comment nous captiver.


À peine la première piste de l’album commence à émettre sa mélodie et ses chants que la fascination débute. La bien nommée « Cold Spirit of Russia » nous emmène sur le front de l’est, là où s’est notamment déroulée la déterminante bataille de Tannenberg. C’est à la suite de sa victoire sur place que l’Empire allemand a pu se rabattre avec bien plus de vigueur sur les lignes de front françaises. Cette atmosphère nous transporte de suite au coeur de l’aspect maladif de la Grande Guerre. Les chants russes entrecoupés d’inquiétantes sonorités de fond sont presque là pour nous avertir du grand danger à venir. Les claviers qui rappellent de manière très subtile les albums de la période carcérale de Burzum font également leur petit effet. Ce titre introductif est extrêmement intéressant dans la mesure où il comporte tous les éléments dont Trench Rat’s Banquet est riche. Et Dieu sait si cet album l’est.

Là où H.ø.s.t mettait l’accent sur les enregistrements audio d’époque, Jowisz préfère se concentrer sur les sonorités d’ambiance et les sonorités au clavier, peut-être également à cause d’évidentes contraintes techniques. Les enregistrements nous venant tout droit de la période 1914-1918 ne sont en effet probablement pas légion. Malgré cette difficulté, le travail réalisé par l’artiste polonais pour rendre Trench Rat’s Banquet prenant est assez impressionnant, et chaque titre exprime à merveille la thématique qu’il est censé illustrer. Conformément à une approche uniquement technique, l’album fait évidemment preuve d’une certaine pauvreté, mais peut-on réellement et légitimement reprocher ce genre de chose à un album de dark ambient ? Même si elle n’est pas parfaite, la production a de plus été menée avec un certain sérieux, ce qui n’est pas fait pour nous faire changer de regard sur le rendu général de l’album.

Mais là où Trench Rat’s Banquet fait mouche, c’est sur l’impressionnant voyage dans le temps qu’il nous offre. Comme vous l’aurez aisément compris en jetant un œil à la liste des titres, chacun d’entre eux fait référence à quelque chose de bien précis concernant la Grande Guerre. Un lieu, une bataille, un événement en particulier. La liste est longue et nous pousse à nous intéresser à cette obscure période de l’histoire. C’est ainsi que « The Crawling Horror » nous conte les funestes exploits du char anglais Mark I, ou encore que « Le Grotesques de Verdun » (avec une légère faute de français au passage) nous fait évidemment état de l’horreur de la vie dans les tranchées durant la tristement célèbre bataille du même nom. L’artiste nous gratifie également d’un titre à propos de l’ypérite, plus connue sous le nom de gaz moutarde, avec « The Yellow Cloud Ritual ». Ce dernier étant directement relié à « The Grey Faces of Ypres and Somme », Ypres étant la première ville où fut utilisée l’ypérite, d’où son nom.

Les références sont multiples et il serait de toute manière bien trop fastidieux et indigeste de toutes les exposer ici-même. Ce qu’il faut garder à l’esprit, c’est que Trench Rat’s Banquet va bien au-delà du simple cadre musical. Ce genre de production nous pousse à aller effectuer des recherches et à nous renseigner sur quelque chose de bien précis, comme si l’intention du musicien avait été celle de rendre hommage. Ses penchants nationalistes ne nous aident pas à penser le contraire, même si aucune prise de position explicite n’est à signaler dans Trench Rat’s Banquet. Si certains passages de l’album feront tiquer, notamment dans sa deuxième moitié, cette forme originale de dark ambient expérimental dont il est riche est parfaite pour rendre compte de l’horreur des épisodes de la guerre qui y sont traités. Une ode à la terreur.

Après avoir traité de la période post-Seconde Guerre mondiale avec And Only Ruins, Jowisz confirme son intéressante tendance à traiter de l’horreur avec Trench Rat’s Banquet. Une album atypique riche d’une musique atypique, mais qui pourrait plaire à un public sans doute un peu plus large que celui auquel il était destiné au moment de sa sortie. Rien que pour se plonger encore et encore dans sa transcription musicale de la Première Guerre mondiale, l’acquisition vaut le coup. Un album dérangeant, mais dans le même temps très poignant. À méditer.

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Fondateur / Rédacteur chef - maxime.deruy@gmx.fr

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