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Entretien avec Haine (Antilife)

Antilife produisant une véritable ode à la souffrance et au mal-être, il est apparu très tentant de vouloir en apprendre plus sur ce qui compose réellement l’âme de la formation lilloise. C’est à titre qu’un interview a été réalisée en compagnie de Haine, batteur et tête pensante du groupe. Ou comment mettre des mots ce qui se dédouane de toute description.

Salut à toi et merci d’avoir accepté cette interview.
Je suis Haine.

Peux-tu présenter brièvement le groupe Antilife à nos lecteurs ?
Antilife, c’est à la fois un groupe, de black metal suicidaire, mais aussi un plan pour l’avenir. On n’est pas sur de la longue durée, quelques années tout au plus. Il n’y a pas de promesses bidons d’un futur meilleur et commun. Juste la fin. Pour moi. Pour ceux qui le cherchent. Pour ceux qui ont décidé d’y croire.

Voici maintenant quelques mois que le groupe a sorti Life Is Pain, son premier album. Comment a-t-il été reçu ?
Honnêtement, je n’en sais rien. Ça a l’air de plaire. Les gens viennent voir les concerts, on a de bons retours, mais qu’est-ce qu’ils en pensent de Life Is Pain ? Disons que si on continue à avoir de nouvelles personnes qui découvrent et achètent, je suppose que pour le disque en lui-même, c’est pas mal. Pour le reste, ça ne change pas grand chose pour moi ni pour nous. On est toujours aussi désolé et dévasté, mais pas le choix, c’était ça qu’il fallait offrir au monde.

Que représente exactement l’artwork de cet album ?
L’artwork, pensé, conçu et réalisé par Laura Lee Soleman, est une sculpture faite de divers matériaux usés et naturels. Si on en croit la logique des groupes de black metal, la nature c’est bien, ça fait écolo, peut-être même vegan. Si on se mettait à raconter ces conneries, on aurait de quoi pécho de la grosse après une trace en lui racontant tout ce genre de bullshit, et la conne se dirait qu’on prêche la bonne parole.

En réalité, les matériaux choisis par l’artiste la représentent elle. La sculpture en elle-même est une vision du cauchemar quotidien. La bête, le démon, se cache en nous et faire ressortir nos bas instincts. Pas les instincts de « tuer, baiser, rider » comme tu peux le trouver dans la plupart des combos de metal « méchant ». Ici, nos instincts sont l’auto-destruction, parce qu’au fond, il n’y a rien de plus important que de se centrer sur soi. Même si c’est pour se foutre en l’air. Pour un peu plus de blabla métaphysique, dis toi que c’est un rêve de souffrance duquel je rêve de ne jamais me réveiller.

Les prestations scéniques d’Antilife sont assez poussées et illustrent parfaitement sa musique. Comment en êtes-vous arrivés à vouloir proposer un spectacle aussi absorbant aux spectateurs ?
Comment en arrive t-on à proposer quelque chose de moyen, surtout. Comment en arrive t-on à glorifier des groupes qui sur scène n’offrent rien, si ce n’est qu’une suite d’accords et de rythme sans âme ? Il faut se donner, il faut donner énormément de soi. Pas pour recevoir, mais pour le sortir, le vomir, hurler et l’imposer. Il faut ressentir, subir, la haine qu’on s’inflige, la haine qu’on inflige à ceux qui nous voient nous produire… C’est un besoin, et il est nécessaire pour essayer de captiver une bande de spectateurs blasés. T’en penses quoi, si on avait été un énième groupe de DSBM qui chante sa tristesse en se faisant des petites entailles sur le bras, sans donner une dimension malsaine, sans partager réellement ce qui est en nous à cet instant ?

Il n’y a pas de cinéma, ou de comédie. Pas grand chose n’est prévu. Si j’avais l’occasion de me faire saigner par un type de la fosse, j’adorerais vivre ma mort en m’agrippant au public horrifié. Si je devais me prendre une pluie de coups par des boxeurs en colère, je pense qu’on offrirait quelque chose de sensationnel. À l’inverse, si tu viens voir Antilife, ce n’est pas pour profiter de ta bière devant un show plat. Antilife, c’est ma souffrance, celle de Psycho, celle de 0, Névrose et le nouveau guitariste, et on vous l’offre sur un plateau d’argent. Nombreuses sont les personnes se sentant mal à l’aise, et refusant de rester, que ce soit à cause de l’odeur de la viande morte, de la ritualisation qui entoure cette effusion, de la violence… Nous en avons eu l’exemple à Nimègue et à Liège. Certaines personnes ne supportent pas, et refusent de rester. Et c’est là que je me dis que le message a été entendu. C’est à ce moment que j’estime avoir donné le pire de moi-même.

Les concerts proposés et la musique de manière générale étant très qualitatifs, avez-vous été sollicité pour des concerts de plus grande envergure, notamment à l’étranger ?
En vrai, tout le monde s’en bat les couilles d’Antilife. Les gens ne connaissent pas, ou se disent que le nom est un nom pourri pour un groupe qui veut jouer sur les clichés, et se prétendre evil. Il n’est rien de tout ça. Il n’y a pas de prétention, il n’y a que de l’action. Mais à cause, ou grâce, c’est selon les perceptions, de cette imagerie poussée et de cette musique difficile à appréhender (la voix de Psycho est loin d’avoir beaucoup d’amateurs), les seules dates à l’étranger que l’on a faites étaient celles que j’ai programmées. Les festivals ne s’intéressent pas à nous, répondent peu à nos courriers. Pour l’instant peut-être ? J’en sais rien. Ça change rien pour moi de jouer devant cinq ou cent cinquante personnes. À cinq, la violence sera plus concentrée et dirigée. C’est tout.

Récemment, l’un des guitaristes du groupe, 1stable, a quitté le groupe. Par quoi ce départ était-il motivé ?
Si je devais dire quelque chose sur lui, c’est qu’il n’a pas réussi à se fondre dans mon mal-être, ou qu’il n’a pas supporté ce qu’il y a vu. Ça et le fait que Psycho et 0 sont de vrais enculés qui ne laissent pas beaucoup de repos mental et physique à nos guitaristes.

Avez-vous déjà trouvé son remplaçant ?
Effectivement, comme cité plus haut, nous avons trouvé un nouveau guitariste. Il semble être plus enclin à ressentir pleinement les sensations qu’1stable. Et sait jouer de la guitare. Il n’est pas intéressé pour jouer dans Antilife. Il est intéressé pour le subir. C’est pour cette raison que nous l’avons choisi.

Parmi les thématiques chères au groupe, on retrouve bien évidemment le suicide et le satanisme. Y a-t-il, dans différents domaines artistiques, certaines choses qui vous ont particulièrement inspirés ?
Je pense que la vie en elle-même est une suffisante source d’inspiration, tant c’est de la merde. D’où le suicide comme thème majeur. Le satanisme, c’est quelque chose de plus personnel. De propre à Psycho et moi-même. Ce n’est pas une question de culte, mais au fond du gouffre, si je dois appeler quelqu’un à l’aide, ce n’est pas un dieu qui va me laisser dans le noir. C’est un état d’esprit qui m’éclairera en me poussant à accomplir ce qu’il faut. Que ce soit la vie ou la mort. Que ce soit ma vie, ou ma mort.

De quoi se nourrit la véritable douleur présente sur scène et au cœur de votre musique ?
Sur scène tu as affaire de manière assez évidente au dérangement de Psycho. Encore une fois, il n’y a pas de comédie. Rien n’est prémâché, si ce n’est l’organisation du concert, le décorum scénique… Psycho sait attirer l’œil et sait le captiver. Pour que les gens voient en cet amas d’ordures un charisme fort et persuasif, c’est que l’homme en face d’eux est vraiment en train de liquéfier son cerveau pour leur offrir un condensé de ce qu’il y trouve.

Pour la création musicale, tout ou presque est issu de ma dépression. Je n’aime pas la vie. Je n’aime pas voir que le monde que l’on s’est approprié est devenu une décharge. Que mon âme d’enfant aie été tuée au coin d’une ruelle ou dans l’explosion d’une bombe à l’autre bout de la planète, que mon esprit se soit retrouvé violé par toute la merde que t’ingurgite auprès de ta famille de tes amis, que tous les fils de putes sur Facebook ou Twitter qui te racontent leurs vies et leurs opinions à la con, que ces connards qui attendent de toi de l’hypocrisie afin d’être embauchés dans un job où t’es payé que dalle pour porter leurs cartons… Que tout ça soit la norme m’a fait devenir ce que je suis. On peut dire qu’il y a pire, mais j’aime pas me comparer. Je ne me plains pas, ou du moins plus. J’ai accepté mon sort, et celui de ma conscience, qui malheureusement, au delà de la clairvoyance qu’elle m’apporte, agit comme un métronome où chaque pulsation résonne comme « meurs », « arrête », « inutile », « vide ». Mais comme je suis encore trop lâche pour accepter de me foutre en l’air aussi simplement, je transcris ce que je vis dans la composition de ces morceaux.

Le groupe a-t-il une nouvelle sortie en préparation ou un quelconque autre projet dans un futur proche ?
Je suis en train de composer le deuxième album. Des concerts seront prévus à partir de septembre. On essayera de se bouger pour montrer au plus grand nombre qu’être un vers n’empêche pas de produire quelque chose de particulier et captivant. Même si on se fait écraser d’un coup de botte.

C’est tout pour moi, merci beaucoup pour le temps que tu m’as consacré. Je te laisse le mot de la fin.
Les psy qui te disent « écris tout ce qui ne va pas sur un papier et jette le au feu », n’ont pas compris que l’on se fait trop baiser dans la vie pour avoir le pognon d’acheter autant de papier. Je ne vous lève pas mon verre. Un jour, je vais crever, et si le bonheur devait ressembler à quelque chose, je pense que c’est exactement le reflet de ce jour dans mes yeux.

About Maxime (255 Articles)
Fondateur / Rédacteur chef - maxime.deruy@gmx.fr

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