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Nokturnal Mortum – Verity

Pays : Ukraine
Genre : Folk/Black Metal
Label : Oriana Music
Date de sortie : 8 Mai 2017

Il est enfin là. Nokturnal Mortum se décide après un temps interminable à se révéler, et offre à ses auditeurs en mal de musique depuis huit ans son nouveau longue-durée intitulé Verity. Une sortie que beaucoup attendaient comme un phare dans la tempête ; l’album qui allait inscrire une nouvelle rune splendide sur le monument sauvage du metal païen. Il n’est pas envisageable de décevoir quand on s’appelle Nokturnal Mortum. Et cela tombe bien, puisque le groupe offre ni plus ni moins que ce qui était attendu de lui, un chef d’oeuvre.

Le dernier album de Nokturnal Mortum s’était révélé un flamboyant manifeste de créativité et d’inventivité audacieuse. Les morceaux de black metal folklorique et symphonique côtoyaient des chansons plus atmosphériques, rêveuses et intimistes. Des sonorités électroniques faisaient régulièrement leur apparition, pour étrange que cela pourrait paraître quand on parle de black metal païen, et arrivaient à sublimer les compositions, voir les porter vers des rivages très différents de ceux parcourus habituellement par les formations du style. Pourtant, et malgré ces expérimentations qui en ont sûrement choqué plus d’un, The Voice of Steel s’était révélé être un disque sublime, particulièrement riche et bien composé.

Verity est moins bigarré que son grand frère, et revient quelque peu vers une composition plus classique. Nokturnal Mortum est au sommet de son art, et propose une heure et seize minutes de pagan black metal à la fois épique, folklorique, parfois grandiloquent et surtout très bien construit. L’album s’ouvre sur la fameuse sonnerie de corne retentissante qui est présente en au moins un exemplaire sur chaque album de Nokturnal Mortum depuis maintenant des années, puis débarque le premier morceau « Molfa ». Les guitares sont quelque peu mixées en retrait, Varggoth hurle tout ce qu’il peut, et soudain un blast vous tombe dessus. Riffs en trémolo-picking, violon grinçant, flûte et clavier grandiose. Du grand Nokturnal Mortum.

L’album a recours à une quantité incroyable d’instruments folkloriques. Flûtes, dulcimer, violons, bandura… Un immense panorama du patrimoine musical traditionnel ukrainien. Le clavier est très souvent utilisé, mais sans jamais devenir agaçant ou dégoulinant. Mention spécial à « Song of the Snowstorm », qui amène un refrain incroyablement planant avec cette voix féminine en arrière-plan enchanteresse. La piste se fend même d’un refrain heavy metal très inspiré, puissant et entraînant. C’est la force de Nokturnal Mortum, mélanger des sonorités et des éléments musicaux très diversifiés et en faire une mixture parfaitement cohérente, évocatrice et qui se légitime d’elle-même de superbe manière.

L’album est long, très long. Une heure et seize minutes, c’est une belle durée. Et pourtant, le groupe arrive à ne jamais se répéter, à toujours proposer des chansons bien distinctes les unes des autres avec des dynamiques et des constructions différentes. Globalement, le ton est beaucoup moins mis sur l’aspect metal de la musique du groupe. Ce sont bien les instruments folkloriques et traditionnels qui sont à l’honneur, et leur omniprésence atteste de cette volonté de rendre plus que jamais hommage à la culture ukrainienne. Les moments dans lesquels se taisent violons, flûtes et dulcimers sont rares, et vous retiendrez au fil du temps beaucoup plus de mélodies de ces derniers que de riffs de guitare. Sans être oubliées pour autant, celles-ci servent plus de base aux compositions plutôt que de réelle moteur mélodique. Le mixage les place d’ailleurs un peu en retrait, leur permettant de gronder sous les multiples éléments musicaux qui se déroulent et s’entremêlent.

D’une manière générale, les guitares, la basse et les nappes de claviers sont omniprésentes dans la base de la musique de Verity, et les trois instruments que sont le dulcimer, la flûte et le violon tournoient continuellement au-dessus de ces fondations sonores. Mais attention, Nokturnal Mortum ne bâcle rien. Aucune partie de sa composition n’est ne serait-ce que moyenne. C’est une autre grande force de cet album ; on sent que tout a été peaufiné, travaillé, pensé et façonné avec un soin particulier. La batterie est puissante, claire et très claquante, et se permet parfois des plans remarquables comme sur « Wolfish Berries ». La basse, bien que très peu audible, se laisse parfois percevoir comme sur « In the Boat With Fools ». La rythmique quelque peu chaloupée et balançante de celle-ci est d’ailleurs très plaisante. Les guitares enfin, même si elles n’ont pas la place d’honneur, livrent des riffs bien composés, énergiques, évocateurs comme sur « Spruce Elder ». Tous les instruments ont bénéficié d’un travail de fourmi pour donner finalement un résultat à la mesure d’un titan.

Au rayon des pièces particulièrement notables, et bien que toutes les chansons soient de très bonne qualité, il faut noter l’enthousiasmante « Wild Weregild », avec ses couplets bien rythmés, son refrain entraînant et guerrier ponctué d’envolées de violon. Une très, très bonne chanson, accrocheuse et efficace tout en restant évocatrice comme seul sait le faire Nokturnal Mortum. Oubliez les groupes à pipeau sur de riffs médiocres, c’est ici que ça se passe si vous aimez le paganisme.

À noter également une reprise du groupe ukrainien de rock gothique/indusriel Кому Вниз. Vous savez peut-être que votre serviteur ne crache pas sur le goth rock à l’occasion, mais après écoute de la version originale, soyez sûr que Nokturnal Mortum livre une meilleure reprise que la chanson d’origine. La piste n’est clairement pas la meilleure de l’album, mais vaut tout de même le détour pour son refrain qui vous reste collé à l’arrière du cerveau pendant des heures.

« Black Honey » vient se placer en avant-dernière chanson avant l’outro, et instaure un climat plus folk et rêveur que jamais. La très belle mélodie au dulcimer vient accompagner la batterie qui place des patterns bien pensés tandis que les guitares grondent et divaguent en arrière-plan. Les clavier soulignent le tout, et Varggoth incante de sa voix grave et profonde au-dessus de cette touchante mélopée. La chanson se termine sur un break acoustique stellaire, avant d’arriver sur la dernière chanson de l’album, « Night of the Gods ». La piste ne se démarque pas au niveau de la recette des autres chansons, mais passe encore un palier de composition. Tous les instruments sont présents, le rythme est calme et serein. Varggoth chante son refrain qui peut surprendre quelque peu au début, mais qui finit vite par trouver sa place dans la trame sonore en même temps quand dans votre esprit. Malgré quelques passages durant lesquels une légère tension se fait sentir, la chanson est paisible et même contemplative. Le final au violoncelle touche au divin, l’émotion peut venir se montrer sans honte ou pudeur.

Il faut du temps pour assimiler ce nouvel album. De nombreuses écoutes sont nécessaires pour que Verity se révèle dans son entièreté. Ne vous y trompez pas, on sent que Nokturnal Mortum vient de livrer un nouveau chef d’œuvre dès la première écoute, mais ce n’est qu’en le réécoutant encore et encore malgré sa longueur que l’on comprend à quel point. Varggoth et sa bande ont réussi à créer un album incroyablement évocateur en utilisant tous les instruments représentatifs du patrimoine traditionnel de l’Ukraine mariés à quelques sonorités plus modernes. Le talent, mes amis, le talent, et surtout la foi en ce que l’on fait. On en vient à être quelque peu désemparé devant un tel album. Un tel accomplissement, face à un auditeur qui ne peut que s’émerveiller et s’émouvoir…C’est beau.

Nokturnal Mortum offre un album qui sera probablement cité dans quelques années comme une référence. Les dieux de la vieille Europe peuvent être fiers, leurs héritiers n’ont jamais fait preuve d’autant de ferveur et de dévotion envers eux et la culture qu’ils ont inspirés. Il faut du temps avant que la charge émotionnelle de Verity ne se révèle, au-delà même de la mesure de sa qualité. Mais arrivé aux dernières minutes de l’album, après l’avoir plusieurs fois parcouru et ressentit profondément à quel point sa composition est exceptionnelle, on ne peut pas rester de marbre, pour peu que l’on soit amoureux des traditions anciennes et de ces terres qui ont formées les hommes qui les foulent.

Nokturnal Mortum s’est fait attendre. Varggoth a pris huit ans de sa vie pour composer Verity, et ces longues années semblent maintenant courtes au vu du gigantesque résultat. Attendons dix, trente ans pour le prochain Nokturnal Mortum s’il le faut, il sera toujours meilleur que tous ceux qui essayent de lui ressembler. Verity est un album magistral et beau au sens le plus noble du terme, qui se place comme un immense arbre paraissant déjà millénaire, aux racines profondément plantées dans la terre qui le nourrit. Hail Nokturnal Mortum, grand parmi les grands.

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