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Cultes des Ghoules – Coven, or Evil Ways Instead of Love

Pays : Pologne
Genre : Black Metal
Label : Under the Sign of Garazel Productions
Date de sortie : 31 Octobre 2016

Chronique avec sept mois de retard, bonsoir. Vaguement écouté à sa sortie, ce dernier Cultes des Ghoules ne m’avait pas fait grand effet à l’époque. Groupe inconnu pour ma part, et découragement vite arrivé au vu de la très longue durée et de la formule particulièrement éprouvante de l’œuvre. Après des mois à ignorer le disque malgré sa splendide pochette, votre serviteur lui a finalement tardivement redonné sa chance, et s’est vu ensorcelé par l’incroyable pièce du groupe polonais.

Coven, or Evil Ways instead of Love dure une heure et trente-sept minutes. C’est un long, très long disque. Long, lent, répétitif, éprouvant et âpre. Les polonais sont sans pitié aucune, le plus court des morceaux dure onze minutes, et le plus long près d’une demi-heure. Et n’allez pas chercher un enchaînement de riffs, Cultes des Ghoules n’utilise quasiment que des tempos lent à moyennement lents, répétés comme des chapelets, avec des accélérations qui se comptent sur les doigts d’une main. La recette parfaite pour un album parfaitement insupportable. Et en un sens, l’album l’est. Mais s’il arrive à être aussi possédant qu’insupportable, c’est bien que quelque chose s’échappe de cette mixtion lourde et atavique issue du plus profond chaudron de sorcière.

La sorcellerie est le thème principal de Cultes des Ghoules et plus particulièrement de ce Coven, mais est aussi l’essence dont est faite sa musique. Si les premières écoutes sont réellement des épreuves, le collyre finit par faire effet sur votre si faible esprit. Abandonnez les bons sentiments, les espoirs de vie illuminée et baignée du parfum de la réussite. Abandonnez le monde, les plus sombres des œuvres ne s’accomplissent qu’autour d’un feu de bois moisis au fond d’une forêt gangrénée.

Coven est construit à la manière d’une pièce de théâtre, avec des protagonistes et une intrigue bien définis. Tout tend dans cette direction, autant les textes récités par la voix déclamatoire et râpeuse de Mark of the Devil que la musique qui déploie sous vos yeux cette histoire d’une jeune fille promise à un homme de bien qui choisit de se livrer à la sorcellerie et à Satan plutôt qu’à une vie toute tracée dans le monde au bras d’un mari qu’elle n’aime pas. Il n’est pas nécessaire de décrire précisément et factuellement la musique de cet album. Il ne s’agit quasiment, comme dit plus haut, que de mid-tempi s’étalant sur des minutes et des minutes, assénés par une guitare au son raw et par une basse qui grogne et gronde, engluée dans une lourdeur sale. Les quelques nappes de claviers qui se font entendre de temps en temps ne sont là que pour appuyer ces mid-tempi. La batterie martèle inlassablement la cadence, sortant parfois un peu plus de ses gonds comme à la fin de « Devell, the Devell is He, I Swear God… ». Les accélérations en trémolo-pickings poisseux viennent parfois mettre l’accent sur un passage particulier de l’intrigue. Cet album est à prendre autant comme une œuvre musicale que comme une œuvre littéraire rendue vivante par un black metal raw et occulte.

Occulte, mais pas au sens Urfaust du terme. Occulte au sens où Cultes des Ghoules est capable d’un talent d’évocation époustouflant. L’angoisse, les tourments et doutes intérieurs, le passéisme déliquescent… Tout est là, s’étale sous vos yeux. Le contexte caractéristique dans lequel le crépis de ce monde s’efface pour laisser face au vide. Alors commence la quête spirituelle. Et quand Dieu ne répond pas, c’est vers Satan que se tourne l’âme perdue. Les riffs angoissés, la tension perceptible, le tragique des situations, les mélodies primitives dansantes qui incitent à oublier toute décence pour aller hurler sous l’ombre du Malin…

Celtic Frost et Darkthrone sont présents en esprit dans l’œuvre de Cultes des Ghoules. Le goût pour la musique primitive, sale et ancrée dans les vieilles croyances folklorique, a façonné les polonais. Pourquoi construire des riffs techniques et réfléchis quand des mélodies désuètes inspirées par les sombres rumeurs des profondes forêts parviennent à posséder l’auditeur ? Il n’y a besoin de rien de plus, le chaudron est déjà en ébullition. Difficile d’imaginer comment Cultes des Ghoules pourra faire mieux après cette œuvre. Un concept encore plus ambitieux ? Un disque encore plus long ? Des riffs encore plus simples ? Le sortilège n’est-il pas déjà parfait ?

Écoute après écoute, Coven finit par raconter la possession de l’auditeur. Le magnifique monologue de Dorothea dans le troisième acte de la pièce « Strange Day, See the Clash Between Heart and Reason… » devient un credo. La possession s’installe et grandit, jusqu’à la rupture avec le monde, jusqu’à rejoindre l’univers interdit des rituels sous la Lune et des feux païens dans la forêt. L’abjuration de tout ce qui fait et maintient cette faible société peut être accomplie. Les mélodies incessantes de guitare et de basse ont eu raison de l’auditeur, à bout de souffle arrivé aux notes de violoncelles aigres concluant le disque. À coup de cordes saturées grossières, de martèlements de batterie et de discours habités, le culte venu de Pologne a vaincu et mène l’inepte danse.

Une œuvre magistrale, un sabbat de sorcière, une réunion proscrite autour de tout ce qui terrorise ceux qui se contentent du monde perceptible. Occulte jusqu’au bout, Coven demande beaucoup d’efforts pour quitter le monde et pénétrer celui des vieilles croyances. Le disque se pose comme une œuvre globale, dépassant le simple album de musique pour devenir une expérience à part entière, qui marque profondément.

« Should I turn to magic ? »

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