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Dødsengel – Interequinox

Pays : Norvège
Genre : Black Metal
Label : Debemur Morti
Date de sortie : 19 Mai 2017

Debemur Morti aime décidément beaucoup le black metal tordu. Akhlys, Blut Aus Nord, In the Woods… Qui plus est, le label est particulièrement actif et offre régulièrement d’excellentes sorties. Akhlys prépare un nouvel album, le premier Au Champ des Morts semble avoir marqué pas mal de monde cette année, et maintenant cet Interequinox, tout juste incanté par les norvégiens de Dødsengel.

Découverte du groupe pour ma part. Dødsengel a eu l’amabilité de nous faire parvenir un album d’environ une heure, et non pas de deux heures et demie (!) comme son prédécesseur. Derrière sa superbe pochette, Interequinox cache un black metal varié, pas conventionnel pour un sou et toujours surprenant. Difficile à décrire même. Les mélodies sont litaniques, entrecoupées d’arpèges réverbérés, la batterie est quelque peu en retrait. Ce qui marque le plus à l’écoute est sans doute la variété du chant. On alterne entre un voix growlée, des hurlements black metal très écorchés et un chant clair incantatoire. Et incantatoire, Interequinox l’est fichtrement.

L’album plonge dans un univers occultiste et ésotérique très puissant. Pas l’ésotérisme pratiqué dans une pièce sombre et éclairé par des chandelles tremblantes. Celui qui projette directement derrière les étoiles, dans d’immenses étendues cosmiques, dans lesquelles Dødsengel manie et articule autour de lui d’immenses masses mystiques et entités inhumaines. « Vaerens Korsvei », avec ses blasts presque incessants et ses riffs enfiévrés bâtissant une montée en puissance, donne vraiment cette impression d’un immense chaos s’ordonnant et se désagrégeant de lui-même. Le paradoxe de Dødsengel est de proposer une thématique très noire et éloignée de toute humanité, mais de composer une musique moins sombre que ses homologues d’Akhlys ou de Nightbringer par exemple. Difficile à décrire, mais une bonne partie du disque se fait presque apaisée ou paisiblement grandiose, voir presque lumineuse par moment. « Emerald Earth » est parfaitement représentative de ce phénomène. Après une minute environ, un break en arpège aérien vient s’étendre tranquillement, avant de laisser la place à un passage où la basse transporte aux confins de l’univers habité du groupe, avant de laisser place à des accords plus majestueux et ombrageux. Une magnifique démonstration de variété de ton au sein d’un seul morceau.

Les norvégiens sont décidement imprévisibles. Certains plans feraient penser à un mélange de Darkspace et de Deathspell Omega, comme à la deuxième minute de « Opaque ». Ce mélange d’ambiance spatiale et de mélodies chaotiques est particulièrement réussi, et arrive à prendre l’auditeur à la gorge. Un peu plus tard dans la chanson, ce chant clair habité presque théâtral vient faire monter la fièvre pour déboucher sur un incroyable passage, dans lequel le groupe atteint un vrai paroxysme musical. La basse et la batterie maintiennent un rythme soutenu pendant que la guitare lâche des accords grandioses avant de se muer en trémolo picking possédé. Un grand moment, pour sûr.

La musique de Dødsengel a presque un aspect psychédélique. Comme si Jex Thoth s’était mise à la magie anti-cosmique. Le démarrage de « Illusions » va tout à fait dans ce sens, avec sa mélodie claire toute simple, traversée par un étrange chant presque miaulé, suivi d’une arrivée massive des guitares électriques et du chant extrême. Retour ensuite à un passage très prenant, voir émotionnel, avec ce qui ressemble à un chant féminin et une litanie arpégée qui monte en puissance au gré de ce chant absolument hors du temps. La piste se finit des sanglots… Difficile d’imaginer quel drame d’ampleur cosmique a pu avoir lieu dans les méandres de cet univers sonore halluciné.

À propos d’halluciné, la piste suivante, « Palindrome », débute sur ce qui pourrait complètement être une introduction d’une chanson de rock progressif des années 1970. Le groupe fait preuve d’une créativité et d’une imagination tout bonnement fantastique pour toujours surprendre, toujours dépasser ce qu’il a instauré précédemment. Qui aurait cru entendre un jour des notes de guitare avec une pédale wah-wah hendrixienne suivre d’accords possédés dans du black metal ? « Rubedo » est totalement dans cette même lignée, avec plus que jamais cette impression de Jex Thoth, qui serait tombée dans l’univers de Dissection. Le break impromptu surprend encore une fois, et l’on se retrouve presque dans du doom metal à tendance romantique… Mention spéciale au refrain, que l’on ne voit vraiment pas venir, avec son ton pas loin d’être joyeux.

Dødsengel n’a rien à faire sur Terre. Il l’a d’ailleurs très bien compris, et a déjà fichu le camp très, très loin dans le cosmos. Difficile de suivre les pérégrinations astrales des deux compères, et pourtant l’album passe sans difficulté, sans avoir vraiment besoin de particulièrement s’accrocher. Un mystère de bout en bout. Interequinox doit absolument être écouté au moins une fois. C’est une vraie expérience à part, qui s’affranchit de tous les codes du black metal pour faire son propre voyage entre des nébuleuses agitées d’indescriptibles spasmes.

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