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Lifelover – Pulver

Pays : Suède
Genre : Black Metal / Depressive Rock
Label : GoatowaRex
Date de sortie : 24 Juillet 2006 (première édition)

Pour beaucoup, il y a Lifelover et les autres. Le maître qui a tant inspiré bon nombre de ses élèves. Un véritable modèle en matière de black metal à tendance dépressive. Un groupe légendaire dont les quatre albums sont des monuments de douleur et de mal-être. Le groupe doit, il est vrai, beaucoup à son style accessible, qui lui a permis de tourmenter un certain nombre d’âmes en perdition. Mais il n’en demeure pas moins que sa musique fait preuve d’une richesse maladive, celle qui vous ronge de l’intérieur, avec soin et délectation. En 2006, le groupe sortait Pulver (poudre, en suédois), le premier de ses quatre albums, et sans doute l’un des plus marquants. Bienvenue dans votre propre mélancolie.


Quelque chose m’est récemment parvenu, une chose selon laquelle Lifelover était le seul groupe à pouvoir rendre la dépression joyeuse. Effectivement, compte tenu des caractéristiques bien précises de la musique des suédois, on peut difficilement aller à l’encontre de cette affirmation. Lifelover, c’est une conception bien précise de tout ce qui tourne autour de la neurasthénie, et le groupe l’a véritablement dévoilé sur son premier album, donc il est question aujourd’hui. Pulver est un grand classique de la musique extrême mélancolique qui a inspiré un nombre impressionnant de groupes, dans le black metal et ailleurs, et la chose n’en est que plus époustouflante. Vous savez pourquoi ? Parce que Lifelover, ça n’est pas un groupe de black metal.

Si certains aspects de la musique des suédois, comme le chant ou certains riffs, sont évidemment tombés de la branche noire du metal, on ne saurait en dire autant du reste. Lifelover n’est ni plus ni moins qu’un groupe de depressive rock teinté de touches black, mais sa maîtrise était telle que sa musique a révolutionné une bonne partie du black metal à tendance dépressive. Si de nombreux groupes et projets ont été influencés par les suédois (Deadlife ou Psychonaut 4, pour citer certains des plus connus), ça n’est effectivement pas pour rien.


Imaginez un album qui a la surprenante faculté de mettre des images sur chaque aspect de ce qui vous ronge au quotidien. En termes d’image, Pulver frappe déjà très fort à l’aide de son artwork, devenu reconnaissable au premier coup d’œil. Une jeune femme dénudée et couverte de sang, étendue l’air absent sur une paroi rocheuse, ou allongée au milieu de fleurs blanches dans les éditions plus récentes de l’album. La chose frappe, mais ce qui frappe encore plus, c’est le contraste, car il donne de sérieuses indications sur la musique du groupe. L’artwork est en effet très lumineux, alors qu’une photographie de ce genre aurait peut-être tendance à être obscurcie. Voici ce qui nous expose l’approche qu’adopte Lifelover vis-à-vis de ses thématiques.

Ce que Lifelover a en plus, il faut le chercher au delà de la musique pure. Les suédois ont la capacité assez prenante de traiter de la dépression en elle-même, mais aussi de la débauche qui en résulte bien souvent, et c’est ce qui est le plus présent sur Pulver. Imaginez-vous habitant au sein d’un corps qui n’est pas le vôtre, souffrant durant chaque misérable minute de votre vie, cherchant désespérément un refuge à tout ce malaise. Alors vous cherchez par tous les moyens à oublier ce funeste sort, et la drogue vient s’en mêler, et le sexe vient s’en mêler, comme tout ce qui, pour vous, pourrait faire office d’échappatoire, mais qui ne fait finalement qu’empirer les choses.

Lifelover cristallise tout ceci pour donner naissance à un album qui se veut au premier abord accessible, grâce à des sonorités rock et des riffs plutôt faciles à appréhender. Mais Pulver est vicieux, cet album se veut pernicieux au possible. L’évidente sensation de mal-être qu’il dégage ne met pas longtemps à s’emparer de vous, et ceci dès le premier titre. « Nackskott » se veut en effet extrêmement nocif pour quiconque vient à en abuser. Un premier titre en forme d’avertissement, qui s’estompe bien vite au son des chants enfantins qui annonce la suite des hostilités. Trop tard, Pulver a pris possession de votre état émotionnel tel un parasite insondable.

Les autres titres ne font que confirmer cette nouvelle tendance. Partagé entre les sons de fusillade de « M/S Salmonella » et les gémissements sexuels de « Mitt Öppna Öga », Lifelover cherche à vous entraîner vers ce que vous pourriez voir comme une porte de sortie. Chaque titre est un nouveau pan de mur autour de vous-même, chaque nouveau hurlement est une complainte de plus à l’attention de votre inconscient. La souffrance vous guette et vous grignote à tel point que vous en seriez prêt à vous arracher la peau avec les ongles. Malgré tout, le groupe tente de vous faire voir cela comme une expérience enrichissante.

En effet, Lifelover expose le mal-être psychologique comme une bénédiction, comme quelque chose de diablement fructueux. L’univers musical se veut ainsi coloré, avec beaucoup de variations, et beaucoup d’instruments utilisés. L’accordéon joue ses accords de fête de manière très glauque, et les claviers viennent dessiner les contours imparfaits de votre condition peu enviable. Vous voilà pris au piège d’une machination monstrueuse et terrifiante. Lifelover amadoue pour mieux détruire. Saute donc de cette fenêtre, taillade tes veines avec cette lame, prends ces cachets. La formation suédoise inspire à tout cela, mais de manière différente, et c’est peut-être là que réside tout son génie.

Au delà de toutes ces joyeuses évocations, Lifelover nous a évidemment servi un album très cohérent sur le plan technique. Ainsi, il n’est pas surprenant pour un sou de voir qu’un album aussi carré transmette des émotions aussi pures que celles évoquées au cours de cette chronique pour le moins imagée. Imagée, la musique de Lifelover l’est extrêmement, et c’est ce qui lui confère toute son obscure splendeur. Pulver a été écrit dans le sang et les larmes, et sublime tout un pan de la condition émotionnelle de l’être humain. L’album nous conte ses déboires et nous vend son désespoir avec beaucoup de conviction. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça marche.

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Fondateur / Rédacteur chef - maxime.deruy@gmx.fr

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