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Fields of the Nephilim – Mourning Sun

Pays : Angleterre
Genre : Rock Gothique
Label : SPV
Date de sortie : 2005

Voilà, nous y sommes. Je termine cette rétrospective consacrée à Fields of the Nephilim avec son dernier album à ce jour, paru en 2005, le bien nommé Mourning Sun. Un soleil de deuil, pour l’album le plus sombre de sa discographie, mais aussi peut-être le plus puissant et intense. Rappelez-vous, si vous avez lu les deux dernières chroniques dédiées au groupe, nous avions balayé les couloirs d’un gigantesque temple mésopotamien aux murs suintant d’ésotérisme sur Elizium, après avoir parcouru des paysages inatteignables et des ambiances occultes sur The Nephilim. Il est maintenant temps de s’élever encore, et d’atteindre les Cieux.

Depuis Elizium, Fields of the Nephilim a bien changé. Les guitares aériennes et les arpèges troubles sont majoritairement mis de côté, place à la fin du monde. Les guitares sont beaucoup plus saturées, donnant une couleur pas loin d’être métallique à l’album. Mc Coy a encore gagné en coffre et en caverneux, ses cordes vocales n’ayant définitivement plus rien qui puissent être rattaché à un quelconque organe humain. Dès l’introduction « Shroud (Exordium) », l’ambiance sépulcrale du disque est posée. Mc Coy pose ses grondants murmures, couvrant des chœurs angéliques, des pleurs de femme et les vagissements d’un enfant naissant.

« Un grand signe apparut dans le ciel: c’était une femme enveloppée du soleil, la lune sous les pieds et une couronne de douze étoiles sur la tête.  Elle était enceinte et elle criait, car elle était en travail, dans les douleurs de l’accouchement.  Un autre signe apparut dans le ciel; c’était un grand dragon rouge feu, qui avait sept têtes et dix cornes, et sur ses têtes sept diadèmes.
 Sa queue entraîna le tiers des étoiles du ciel et les jeta sur la terre. Le dragon se plaça devant la femme qui allait accoucher, afin de dévorer son enfant dès qu’il serait né » Apocalypse 12-1 à 12-4.

Peut-être n’est-ce pas ce que Mc Coy avait en tête en composant cette chanson, mais votre serviteur a immédiatement ce passage de l’Apocalypse de Saint Jean en tête à chaque écoute. Tout est là, le Dragon grondant, la mère souffrante en couche, le nouveau-né, les trompettes lointaines… Rarement une piste aura posé une atmosphère aussi puissamment.

Suite à cette introduction, qui elle seule surpasse toute la discographie de Shining en termes de force émotionnelle, « Straight to the Light » arrive avec son rythme agressif et ses guitares hargneuses. La chanson est une montée en puissance arrivant sur cet incroyable refrain incanté par Mc Coy qui ne sortira jamais de vos esprits enfiévrés. Conseil utile pour toute l’écoute, lisez les paroles en même temps que vous suivez la musique. Celles-ci vont littéralement transporter votre écoute dans cette immense fresque biblique qu’est Mourning Sun. Au niveau instrumental, on entend comme d’habitude les lignes de basses profondes et très audibles caractéristiques du groupe, non plus jouée par Pettitt, mais par un certain John Carter, qui s’occupe de l’exécution de tous les instruments. La batterie est toujours très sèche, et certaines parties, de l’aveu même de Mc Coy, ont été programmées. Cependant ne vous attendez pas au syndrome de la batterie impersonnelle et redondante, la différence ne s’entend que peu, et n’est de toute façon pas gênante.

Après la très grande tension des deux premières pistes vient s’installer un duo de chansons plus lumineuses et sereines. La première est « New Gold Dawn », triomphante et majestueuse, avec ses lignes de guitare arpégées éthérées, et la voix brûlante de Mc Coy annonçant une nouvelle lumière dans les Cieux. Glorieuse et superbe, cette piste s’achève sur des chœurs venus de loin, d’un tonnerre grondant au loin et de petits oiseaux gazouillants sous la pluie. Tout semble parfaitement à sa place malgré la diversité des samples utilisés, on a vraiment le sentiment que cette musique recrée un nouveau cosmos, renaissant sous une aube neuve.

Après cet éclatement vient le recueillement avec la cérémonielle « Requiem XIII 33 », qui s’appuie sur une ligne de guitare répétitive et la voix de Mc Coy endeuillée, litanique et prophétique. Tel un illuminé dans un désert transpirant la spiritualité sous le sable, il murmure, gronde ou éructe la peine et la douleur qui transpercent tout au long de la piste. De grands coups sourds résonnent, des lignes de clavier apparaissent. L’émotion grimpe jusqu’à un paroxysme, puis semble s’apaiser quelque peu, avec des lignes de chant alternatives et plus caressantes. La piste semble devoir ne jamais s’arrêter, et diminue lentement dans un final instrumental splendide, émouvant comme rarement une chanson l’aura été. On se sent impliqué, et on porte ce deuil.

Après ces deux pistes plus calmes, place à « Xiberia », angoissante et menaçante. Des sanglots résonnent, un rythme plus électronique s’installe, larsens de guitares, grondements en arrière-plan, et le rythme de basse dansant s’installe. La piste est clairement passable, soyons honnêtes. Très influencée par la Batcave, elle casse la dynamique de l’album. Je vous conseille tout simplement de la passer, tant on se demande ce qu’elle fait là. À la limite, elle aurait pu rejoindre la catégorie des pistes bonus, mais en l’état… Ne nous étendons pas dessus, et passons directement au duo final.

Gorge serrée, il faut s’approcher des deux dernières pistes de l’album. Petit aveu tout personnel, cet enchaînement est sans doute ce que votre serviteur connaît de plus puissant, de plus fort et de plus poignant en termes de musique. Plus émouvant que n’importe quoi d’autre. Ces vingt minutes finales sont simplement parfaites, divines, tout ce que vous voulez. « She » commence, sur une mélodie de guitare sereine, la batterie fait rouler discrètement ses cymbales, le clavier pose une nappe aérienne en fond. Puis Mc Coy commence à chanter. La batterie et la basse se mettent en route, et à partir de là, tout est accompli. La montée en puissance se met en place, la guitare se lamente, le clavier ondoie, et vous arrivez sur le premier pont instrumental. Quel frisson, quelle beauté ! Indescriptible, impossible de rester froid et technique.

Pré-refrain, Mc Coy susurre, et en arrive enfin à son refrain. « Where is She ? ». Comment être insensible face à cette complainte déchirante, ce chef d’œuvre d’harmonie… La chanson reprend sa progression, nouvelle montée en puissance, plus assurée et plus puissante sans jamais devenir agressive. Nouveau pré-refrain, nouveaux accords de guitare majestueux, et Mc Coy commence à faire chauffer sa voix. Nous y sommes, la douleur est bien là, les regrets s’égrènent, les premiers grondements saturés presque gutturaux résonnent, jusqu’à devenir une pure expression de l’âme passée la première litanie. Enfin, Mc Coy laisse exploser sa voix, et finit en apothéose sur un quasi-cri poignant. Les instruments continuent leur rosaire, sans trêve, doux et onirique. Enfin, le tout se tait sur un ultime mot de Mc Coy. Et cela signifie que nous arrivons à la piste éponyme, « Mourning Sun ».

Nous n’étions pas encore jusqu’au bout. Pour inexprimable que fut « She », ce n’était encore rien. Les deux filles de Mc Coy chantent une mélodie enfantine, la guitare place une mélodie entêtante, grondements une nouvelle fois, les guitares s’apprêtent… Incantations enfiévrées, montée en puissance de nouveau… Et explosion de grâce.  Les guitares assènent leurs accords tout en puissance et en gloire, les chœurs résonnent… La terre semble si loin… Murmures de Mc Coy, basse lancinante, puis nouvelle explosion. Les voix féminines répondent aux guitares, et cette phrase prononcée par Mc Coy, then come a new heaven. Le chant saturé éructe ses paroles, prenant la tête de ce cortège qui vient reprendre sa place dans le Ciel.

Yes, we are fallen, like the mourning sun. Interruption instrumentale, les guitares inlassables répètent leur mélodie, les chœurs montent et descendent encore et encore, le chant se lâche totalement. Puis le silence, une piano, de nouveau les chants d’enfant. Reprise des guitares glorieuses sur des accords grandioses, Mc Coy reprend le micro, monte, pousse sa voix, gronde et laisse une nouvelle fois les instruments reprendre le dessus. La conclusion se dessine lentement à la reprise du refrain, Mc Coy devient annonciateur d’un nouveau règne, clame son retour au sommet de la hiérarchie des anges. Le volume baisse et diminue, un silence se fait entendre. Puis, comme un écho lointain, la mélodie au piano traversant toute la chanson revient doucement tournoyer, et avec elle le chant des deux filles de Carl Mc Coy. Nouveaux frissons, et râles de leur père en fond.

Un live de cette chanson, dans lequel elle devient encore plus poignante que sur disque

Fields of the Nephilim est allé plus loin dans l’émotion et la spiritualité musicale qu’aucun groupe avant lui. La piste bonus « In the Year 2525 » est tout aussi passable que « Xiberia », l’album se termine sur l’apothéose « Mourning Sun ». On ne se relève pas d’un disque comme celui-ci. La charge est trop forte, la lumière trop aveuglante. Fields of the Nephilim a vaincu et se place tout en haut de la musique, plus haut même peut-être que ses anciennes œuvres. Un monument émanant d’une lumière surnaturelle, une musique qui ferait même douter le plus rationnel des hommes et qui ferait tourner son regard vers le ciel.

Alors bien sûr, Fields of the Nephilim a également sorti un premier album, et une compilation de démo intitulée Fallen a été sortie sans l’accord de Mc Coy par son label, sans parler de la multitude de singles tous aussi bons les uns que les autres. Mais le principal est fait. Tout est de qualité, mais le principal est là. Pour parler actualité, Mc Coy a posé quelques vocalises sur le Lawless Darkness de Watain, et un nouvel album devrait sortir très prochainement. C’est en tout cas ce que le groupe promet depuis 2014, après avoir annulé au dernier moment un concert au Trabendo il y a un an. Tout ça n’a malgré tout aucune importance. Cette rétrospective aura eu pour simple objectif de faire découvrir ce groupe incroyable et trop méconnu à quelques lecteurs. Si certains d’entre vous ont eu la même révélation que moi à l’écoute de ces trois disques, je serais comblé. Plongez-vous sans plus attendre dans cette musique différente de tout ce que vous avez écouté auparavant, et faites-moi s’il vous plaît le plaisir d’écouter Mourning Sun en dernier. Longue vie à Carl Mc Coy, Burn the Fields !

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