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Krater – Urere

Pays : Allemagne
Genre : Black Metal
Label : Eisenwald
Date de sortie : 26 Février 2016

C’est donc avec un petit thé noir des Açores, que j’attaque la rédaction de la chronique de cet étonnant album de Krater. Le nouveau né se prénomme Urere, il est certes sorti l’an dernier, mais peu importe, l’écoute de cette oeuvre a nourri en moi une envie certaine pour la rédaction de cette chronique. Je vais être honnête, je n’ai pas une grande affinité pour la scène black metal allemande, je sais que certains penseront que je suis fou à lier, mais elle manque de créativité à mon goût, beaucoup de formations sonnent comme du réchauffé, déjà vu. Cela dit je ne pouvais pas rester de marbre face à une telle découverte.


C’est en découvrant de telles formations qu’il me semble impératif de cultiver une certaine curiosité, mais alors, que donne cet album des germaniques ? Allons disséquer tout ça ensemble. L’album démarre par l’introduction conventionnelle et obligatoire « Initiation », mais rien de pompeux pour autant, loin de là, on est plongé dans l’ambiance de Krater, sans surdose inutile de bruits d’on ne sait quoi, qui rendrait au contraire tout ça impersonnel. Bien joué les gars. L’initiation est en marche, un extrait en allemand vient la clôturer.

Le premier vrai titre « Non Serviam » fait l’effet d’un engin explosif bourré de petites choses pas très bonnes pour notre intégrité physique, tels des clous, des lames de rasoir, et j’en passe. Le tempo est rapide, les riffs s’enchaînent à merveille. Il y a une diversité vraiment saisissante dans la musique. On se surprend à capter comme une pincée de Dissection sur certains passages plus calmes, tout comme du Watain sur d’autres plus rapides. Mais ces allemands sont forts, très forts, car à aucun moment ils ne tombent dans le plagiat, les lignes de guitares sont bien celles de Krater, on a donc le droit à une composition qui penche dans une atmosphère qui leur est propre. Encore une fois, tout s’enchaîne parfaitement.

Petite annotation à l’une des voix qui personnellement me fait même penser à Nergal. Tout ce mélange en début d’album est vraiment savamment dosé, on sent que ces musiciens ont passé du temps sur la composition. « Bury The Light » commence, et l’influence de Watain et Dissection n’est plus à prouver, l’introduction est une superbe mélodie sur des accords, certes archi-connus, mais ça marche, l’effet est superbe. Vient une influence que j’affirme désormais sans conteste en écoutant le riff suivant, Behemoth. Krater casse le rythme en accélérant soudainement grâce à ce passage qui me ferait penser à l’album Zos Kia Kultus de Behemoth. L’effet est quant à lui dévastateur, l’influence est certes indiscutable, mais tellement bien dominée qu’on ne peut que se délecter.

Ce titre est courte, il se termine sur des arpèges en son clair qui rappelle un « Where Dead Angels Lie » de Dissection. « Flammen im Vakuum » est le nom du morceau suivant, qui est terriblement atmosphérique. Le début de la chanson est rapide, les guitares nous dominent, nous submergent dans un torrent d’accords salvateurs. Vient se glisser comme si de rien n’était une parenthèse death brutal qui, encore une fois, me rappelle certains plans de Behemoth. C’est juste, intelligent, bien mené. Ces gars ont vraiment une fibre musicale très affûtée. Ils nous surprennent de plus belle avec un magnifique solo surplombant un mur de guitares, des pédales qui martèlent. C’est concis, même un peu court comparé au goût que ça laisse. On en redemande, mais le morceau se termine sur ce même torrent qu’en introduction. Un morceau qui est manifestement un pilier de l’album.

Une facette plus brutale se révèle à nous avec le titre « Antivists ». En effet, pas de compromis, du blast comme on l’aime, des plans qui tranchent, qui vous mettent le couteau sous la gorge, le groupe sait où il veut nous mener, à l’abattoir sans doute. C’est réussi, car même dans la violence dont il fait preuve tout au long de l’album, et plus particulièrement sur ce titre, Krater sait ponctuer sa musique. La violence n’est donc jamais quelque chose à supporter, elle enrichit au contraire tout l’ensemble. « Vexillum Luciferi » enchaîne, les sonorités se veulent religieusement ambiantes. En effet, des arpèges lancinantes laissent entrevoir quelque chose de clairement destructeur pour les amas de chair que nous sommes tous. Le morceau n’est pas très rapide dans l’ensemble si on le compare aux précédents. Cela n’empêche pas quelques accélérations çà et là afin d’injecter une certaine dynamique. Des lignes grinçantes s’invitent mais se fondent étrangement bien avec le reste. Ce que je trouve vraiment génial chez Krater c’est la capacité du groupe à produire une qualité constante tout au long de l’album. Ce titre n’est pas le meilleur, c’est peut-être celui qui m’a laissé le plus indifférent, mais je le trouve génial malgré tout. C’est une vraie performance en ce sens là.

Nous voici à « Hunger Of Ropes », une chanson majestueuse. La comparaison avec Behemoth est un euphémisme quand j’écoute ce morceau, il est clair que la formation polonaise est une influence majeure du groupe. Cependant, Krater arrive à nous pondre une entité de souffrance qui puise tout le sang dont elle a besoin dans un génie omniprésent, Krater ne copie personne, Krater s’inspire. Il y a de la personnalité, et il y franchement de quoi se délecter. Le titre n’est pas long, mais il est diabolique. Un petit bijou. « Nerven-Gift! » nous délivre un black metal vraiment très ambient, empreint d’ésotérisme même, on est transporté ailleurs. Où ça ? Je n’en sais rien, mais ça fait du bien, très sincèrement. Le titre alterne entre passages calmes où la basse s’en donne à coeur joie de faire vibrer nos organes internes, et passages linéaires, atmosphériques, où les murs de guitares nous élèvent à leur tour. C’est un titre vraiment intrigant qui a totalement sa place lui aussi.

Ensuite vient « Lust to Burn », qui nous gifle littéralement, juste au cas où on se serait endormi. L’introduction est dynamique à l’image d’un Behemoth qui s’énerve. Le solo vient quant à lui alimenter ce chaos infernal sur une rythmique hachée qui finit de nous assommer. Un bon blast beat enchaîne avec un lead qui appuie là où ça fait mal, du mid tempo efficace sur des arpèges qui nous rappellent Watain de loin. Tout cela est vraiment d’une qualité insoupçonnée, et ça suit une progression d’un naturel déconcertant. Pour notre plus grand bonheur, Krater a compris l’intérêt des chansons courtes mais riches en rythmes, en riffs et soli. Ainsi ce morceau se termine alors qu’il vient tout juste de commencer.

« Dust – Still Alive in That Place… » vient clôturer ce superbe album, un thème lent qui se déploie crescendo sur une voix d’enfant. L’effet escompté est complètement atteint, on est comme envoûté, l’album se finit doucement, on se retrouve là après un peu plus de quarante-cinq minutes, et c’est déjà la fin. Un groupe qui délivre un album d’une qualité constante dans le black metal underground en 2016 mérite vraiment qu’on s’y attarde. Les gars ont des idées, et ils les travaillent pour que ça sonne. C’est une réussite indiscutable. Mention particulière pour le travail du son, il magnifie les compositions, il donne une rondeur et du relief concernant la batterie. L’agressivité nécessaire en ce qui concerne les guitares n’est pas en reste, elles sont assez précises quand il faut appuyer sur des passages plus tranchants et complètement opaques quand il s’agit de nous faire tournoyer dans une tempête suscitant la transcendance de nos êtres. C’est underground et produit à la fois, super boulot !

Je m’attarde une dernière fois sur les références citées dans la chronique, bien que je compare beaucoup Krater à Behemoth, il n’en est pas moins une groupe de black metal, la comparaison reste pertinente car ponctuelle sur certains passages. Krater n’est absolument pas un Behemoth bis. En tout cas, si vous n’avez rien à écouter en ce moment, foncez jeter une oreille, vous ne serez pas déçus ! Pour ma part, je garde l’Allemagne dans mon champ de vision après une telle découverte.

 

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