Actualités

Incantation – Profane Nexus

Pays : États-Unis
Genre : Death Metal
Label : Relapse Records
Date de sortie : 11 Juillet 2017

Un nouveau Incantation, ce n’est pas autant attendu qu’un nouveau Morbid Angel, ni même autant que pour leurs confrères d’Immolation. Le groupe n’a pourtant commis aucun faux pas, n’accouchant pas de chefs d’œuvres à la chaîne, mais ne lâchant jamais rien de honteux ou de réellement mauvais. Alors pourquoi le groupe de John McEntee n’arrive-t-il pas à avoir la réputation qu’il mérite malgré les centaines de formations s’inspirant des premiers méfaits des pennsylvaniens ? Mystère…

Pourtant, ce manque de réputation injustifié pour un groupe de cette trempe ne doit pas empêcher de prêter une oreille attentive aux nouveaux albums du groupe. Depuis Vanquish in Vengeance, deux changements majeurs avaient marqué Incantation. Un changement de patte graphique dans les artworks, qui amenait un peu de fraîcheur après les sempiternelles pochettes difformes et inquiétantes signées Miran Kin. Deuxièmement, le groupe confirmait un choix de production moins cryptique et plus claire, en particulier au niveau du son de guitare, entamé déjà sur Primordial Domination. Un peu plus dommage, cette sonorité si malsaine des six-cordes étant responsable pour une bonne part de l’identité des américains. Mais surtout, Incantation perdait quelque peu la frénésie et l’insoutenable tension de ses premiers albums. On pourrait dire que John McEntee applique la formule Incantation, toujours avec talent et passion, mais peut être que la force du blasphémateur s’en va à mesure que les cheveux blancs apparaissent entre les cornes. Attention, les derniers Incantation sont très loin d’être mauvais, mais nettement moins marquants pour quiconque vénère la trilogie originelle.

Ce Profane Nexus arrive après Dirges of Elysium. Sa pochette une fois encore très réussie et les quelques extraits divulgués n’annonçaient que du bon, avec des riffs incantationesques au possible, mais toujours efficaces et prenants. L’album est disponible depuis maintenant quelques jours, et dure quarante-deux minutes. Plutôt court au vu des dernières sorties du groupe. L’album démarre sur les chapeaux de roue avec l’enchaînement « Muse » et « Rites of the Locust » délicieusement brutal. Les riffs sifflent, les accords malsains et dissonants s’enchaînent, et on aperçoit au loin la furie blasphématoire d’un Diabolical Conquest. La suite ralentit un peu, comme il se doit. Rappelons-nous qu’Incantation s’est autant démarqué par ses cavalcades infernales que par ses passages lents, presque doom, habités et angoissés. Le premier vrai ralentissement vient sur « Incorporeal Despair », avec ses notes désaturées en réverbération et le growl parfaitement convaincant de John.

Place de nouveau à la violence avec « Xipe Totec », qui vient tout casser pendant une minute comme avait pu le faire « Blissful Bloodshower » sur Mortal Throne of the Nazarene. Et c’est un peu là que la production moderne devient une légère faiblesse.  Autant le déluge frénétique et distordu de « Blissful Bloodshower » était rendu complètement démoniaque par cette production crasseuse et caverneuse, autant la propreté impeccable moderne atténue un peu l’effet écrasant et intraitable du tout. Trop de lisibilité nuit à la brutalité. A contrario, on notera une batterie en grande forme, bien massive et puissante, assortie d’un jeu subtil et bien varié qui plus est.

La suite de l’album s’écoute sans problème, un peu trop tranquillement peut-être, comme une longue route pavée vers l’Enfer. Plus de chemins tortueux aux senteurs de souffre, mais une bonne grosse voie sur laquelle il est difficile de s’égarer. L’interlude ambient assez prenant est toutefois à noter. On retrouve les mid-tempi sifflants et pleins d’harmoniques artificielles bien traditionnelles d’Incantation sur « Messiah Nostrum ». Pas de très longue piste finale comme McEntee aime parfois en composer, mais une très bonne « Ancients Arise » sournoise qui clôture cet album dans les habituelles parfums de putréfaction et de crainte rampante caractéristique du groupe.

Ce nouveau Incantation est une bonne sortie, très bonne même. S’il manque un peu de frénésie et de spasmes impies, ce qui est facilement pardonnable à un vétéran de tant de batailles, il se place bien au-dessus de la masse death metal internationale. Votre serviteur le trouverait même meilleur que les deux précédents, un peu plus porté sur les accélérations peut-être. Du bon Incantation, qui ne se contente pas de recycler ses riffs, mais préfère utiliser une formule qu’il manie à la perfection pour donner une nouvelle cuvée très satisfaisante. Quelques passages et riffs devraient vous rester en tête un bon bout de temps. Incantation vise juste en proposant un format plus tassé, on n’a pas le temps de se lasser de son death metal devenu classique. Conscient de sa vieillesse, le vieux diable livre une œuvre très digne et qui ne déçoit pas.

About dantefever (169 Articles)
Bonsoir

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :