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Hexentanz – Nekrocrafte

Pays : États-Unis
Genre : Ritual Dark Ambient
Label : The Fossil Dungeon
Date de sortie : Juin 2004

Vous connaissez les sorcières ? Pas celles au long nez et aux verrues qui ne sont plus que le reflet lissé et inoffensif de la tendance contemporaine à cracher avec arrogance sur un folklore millénaire, mais celles qui se rassemblent dans les bois pour allumer des feux et participer à des sabbats impies à la gloire du Grand Cornu ? Votre serviteur a une véritable fascination pour ce personnage si passionnants, et n’est visiblement pas le seul.

Cultes des Ghoules, Ende et bien d’autres ont évoqué la sorcellerie dans leurs albums. Il faut reconnaître que ces artistes ont le mérite d’avoir saisi toute l’importance et la profondeur de ce pan de folklore, et en retranscrivent une vision fouillée, profonde et souvent très aboutie. Nous remercions donc les ensorcelés de notre triste époque d’avoir le courage d’entreprendre un travail essentiel de recherche et de création artistique autours de cette sombre et intrigante histoire qu’est celle de la sorcellerie. À coups d’accords distordus, de rythmiques incantatoires et de mélodies sinueuses, les invocateurs du black metal ont réussi à redonner vie et corps à ces mythes.

Pourtant, ce n’est pas de black metal dont nous parlons aujourd’hui. Hexentanz et un groupe d’ambient ritualiste et tribal américain, qui sortait en 2004 son unique album Nekrocrafte. Et autant vous dire que si vous êtes aussi passionné d’histoire de sorcières que je le suis, vous allez sans doute passer les prochaines journées enfermés chez vous à écouter encore et encore cette pure émanation des bois habités trempés de pluie. Nous tenons là un chef d’œuvre, ni plus, ni moins.

La mélodie de violon aigrelette et grinçante qui ouvre le disque semble déjà en dire long, très long. Les cloches, les tambours profonds, la vielle à roue en fond… Ambiance envoûtante pleine d’images sous-jacente qui redéfinit seule le mot évocation. Viens « Mark of the Witch », et voici que la possession commence pour de bon. Les tambours battent un rythme hypnotisant, les sonorités indéfinissables vous plongent dans le trouble, puis ces appels grognés à votre attention qui vous enjoignent sans détours à venir au Sabbat en Son honneur. « Devil’s Mass » est plus sournoise, et vous prend à revers avec ses accords inquiétants, à mesure que vous approchez du feu. Trop tard pour faire demi-tour, vous êtes déjà plongé dans la cérémonie.

Les chansons de l’album s’enchaînent, jamais bien longues, mais avec une capacité d’évocation et une atmosphère, entre rituel et danse hystérique, qui ne descend jamais. On se focalise parfois plus sur les voix, comme sur « Birth is Through Blood » ou sur la litanique « Profane the Twelve », et parfois plus sur les rythmiques tambourinantes, comme sur « Bringer of the Luciferian Flame » sur laquelle les percussions se font irrésistibles. Les sorcières sont là, leurs ombres dansent autours du feu, mêlées à celles de créatures indéfinissables, dédiés à Sa gloire.

L’album s’achève sur « Abjuring the Cross », reniement final qui s’accomplit en une mélodie magnifique de procession qui semble être encore plus intensément liée à cette cérémonie médiévale occulte que tout le reste de l’album. Cette chanson, c’est l’ombre du Bouc qui règne en maître sur ses dévots. Viens enfin l’Envoi final avec « Dirge to Deceased » qui vient clore pour de bon la cérémonie par la voix du Maître lui-même. De sa voix basse et grondante, celui-ci vous envoie en quête de nouveaux fidèles tremblants à lier à Son culte. L’homélie infernale terminée, vous retournez au silence d’où vous êtes venu.

On emploie à tort et à travers l’expression chef d’œuvre. Mais ici, c’est immédiat, Hexentanz a bel et bien sorti un chef d’œuvre. En-dehors de Cultes de Ghoules, nul n’avait su créer une atmosphère aussi prenante et authentique. L’album est court, et appelle à être réécouté encore et encore. Impossible de s’en lasser, cette musique est profondément spirituelle. On se rappelle enfin ce qu’étaient et sont peut-être encore les sorcières. Des opposantes, celles qui ont refusé le monde et son ordre. Bien plus que quelques sorts et une imagerie ridicule, la sorcière est celle qui, dans un monde structuré et crée par Dieu, préfère s’exclure et s’aventurer dans l’obscure Voie de la Main Gauche.

Hexentanz est le géniteur odieux d’une pièce d’art indépassable. Purement et simplement ensorcelant, Nekrocrafte vous fait complètement quitter notre morne siècle pour retourner ramper sur un sol fait d’humus et de feuilles en décomposition pour observer de loin, entre terreur et fascination, le Sabbat qui se déroule sous le couvert des arbres centenaires. Là où n’importe qui d’autre vous aurait laissé rester spectateur, Hexentanz envoie vers vous les chants et la voix du Maître pour vous forcer à rejoindre le rituel.

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