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Monarch! – Never Forever

Pays : France
Genre : Doom Extrême
Label : Profound Lore Records
Date de sortie : 22 Septembre 2017

Monarch! ou le paradoxe de l’anémique hystérique. L’histoire pour enfant racontée par un neurasthénique. Le parapluie rouge lacéré sous la pluie de cendre. L’entité française joue depuis toujours sur ce décalage entre imagerie enfantine naïve et l’extrême noirceur de sa musique. Alice aux pays des morts, la Petite Sirène amputée de ses jambes toutes neuves, Cendrillon étouffée par une robe trop lourde.

Monarch! existe depuis 2002. Son succès le plus marquant fut sans doute l’album précédent, l’abyssal Sabbracadaver. Gouffre de ténèbres sans fond, cet album en a traumatisé plus d’un et continue encore à bénéficier d’une aura toute particulière. Le doom de Monarch! se situe à la limite du drone, marchant souvent sur ses plates-bandes pour en retirer murs de son et distorsions venus du Vide. La musique de Monarch! est souterraine, résonne plusieurs kilomètres sous Terre et dans l’âme pour y provoquer des séismes.

La batterie plus lourde que toutes les peines du monde bat la mesure lentement, comme le métronome monotone qui rythme ces vagues assaillantes et refluantes de saturations exhalées par les cordes. La basse semble lâcher des blocs de son compacts incroyablement denses, la guitare ronfle et pousse des grondements digne des soupirs des plus massifs des cétacés, le clavier se permet parfois d’intervenir pour placer des notes sépulcrales. Au-dessus de tout cela, Emilie fredonne, hurle, murmure, chuchote et chantonne ses paroles éparses. Un de ses comparse lui adjoint parfois quelques growls des tréfonds, histoire de donner quelques coups de pelle plus en profondeur.

Never Forever se différencie beaucoup de son prédécesseur. La musique Monarch! a toujours et sera toujours portée par sa base sonore venues d’on ne sait quelle cave souterraine, mais connait ici quelques variations par rapport à Sabbracadaver. Si ce dernier restait absolument intègre et minimaliste, Never Forever ajoute plus d’éléments distinctifs. À commencer par le chant. Les cris sont moins paroxysmiques, moins réverbérés aussi, et surtout moins nombreux. Emilie ne s’écorche plus autant la gorge qu’avant, privilégiant les parties vocales douces et évanescentes avec son timbre si particulier de petite fille qui chantonnerait une comptine à sa poupée. On note aussi moins de larsens, mais un petit peu plus de variétés dans les mélodies, si tant est que l’on puisse parler de mélodies chez Monarch!. Mais surtout, on remarque un esprit moins caverneux (pour du Monarch!) et plus hanté, plus fantomatique.

Quelques petites leads se font parfois entendre comme sur « Cadaverine ». Très simples, basées sur quelques notes à peine, elles instaurent immédiatement une atmosphère spectrale. Emilie dépose également des textes lugubres à plusieurs reprises, accompagnés notoirement par des vocalises éthérées entrecoupées de hurlements déchirés. Nous avons même un solo qui ferait presque penser à du hard rock ralentit à l’extrême à la fin de « Diamant Noir ». Vous pensiez pouvoir en profiter pour respirer ? Détrompez-vous. L’hallucination précède toujours l’asphyxie.

Lent, lourd, monolithique et inhumatoire, Monarch! le reste. Mais l’entité prend également une dimension plus déliée, plus variée. On creuse moins profondément, mais on découvre des fantômes qui s’ignorent et des spectres d’enfants cachés dans des cryptes. L’album dure plus d’une heure, comme il se doit, et se divise en cinq pistes allant de cinq à vingt minutes. Et comme tout album de doom porté sur les atmosphères plutôt que sur les riffs, il s’écoute en entier, dans le noir, entouré de bougies. Monarch! s’abat alors sur vous de manière physique, et vous tire à travers le sol pour vous faire descendre tous les étages de l’Enfer avec lui. Aucun cortège ne vous attend. Vous êtes seul, seul avec Monarch!. Et on ne fausse pas compagnie à un roi avant son bon plaisir.

Si vous cherchez des riffs, de l’efficacité ou des ambiances gentiment prenantes qui vous font passer un agréable moment, vous n’êtes pas au bon endroit. Monarch! vous emmène pour souffrir , pleurer, trembler et enfin vous enterrer vivant. Écouter Monarch!, c’est comme plonger dans une mine de charbon du XVIIIème siècle avec une lanterne en forme de cœur et des bottes en caoutchouc rose. On en rit quand on le voit de l’extérieur, mais on s’arrête très vite quand on le vit. Monarch! vous enterre, retourne la croix sur votre cercueil, puis jette quelques coups de peinture colorées dessus avant de pelleter la terre.

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Salut vous

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