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Christicide- Upheaval of Soul

Pays : France
Genre : Black Metal
Label : Those Opposed Records
Date de sortie : 20 Mai 2013

Une fois n’est pas coutume, je voudrais entamer cette chronique mémorial par une déclaration d’amour. Que tu es belle, ma chère scène française, que tu es belle et que tu brilles, toute de black vêtue ! Que tes attraits sont nombreux, que tes merveilles sont admirables ! Aux côtés de la glaciale Scandinavie, de l’âpre Ukraine, de la véhémente Allemagne ou de la rugueuse Pologne, tu resplendis de mille éclats funestes. Louée soit ta générosité, ton exigence et ta flamboyante créativité !

La Norvège ? Le black metal glacial et mystique, celui des origines. En Finlande ? Le ritualisme, les mélodies tourmentées, la dévotion sous la distorsion. En Suède ? Les mélodies dévastatrices, la force de frappe, les ambiances grandioses. En Ukraine ? Le son dur, le folklore brut et sans compromis, l’évocation des ancêtres. En Pologne ? La crasse, le grimaçant, le nauséeux et le dérangeant. Et en France…

Vous comprenez le souci ? La France a cette particularité de ne pas en avoir une seule, mais plutôt d’être le terreau de très nombreuses formations black metal de qualité pour la très vaste majorité, officiant dans énormément de niches différentes. Du païen ? Belenos est là pour vous servir. De l’orthodoxe ? La scène parisienne avec Antaeus, Aosoth et VI vous guidera dans la lumière occulte du Grand Cornu. Du tordu, du progressif, de l’expérimental, du dissonant ? Deathspell Omega et Blut Aus Nord sont depuis longtemps des pointures en la matière. Du rance et du qui sent le terroir ? Peste Noire et Sale Freux ont les bottes bien campées dans la boue de nos sillons. Nous sommes comme ça, en France. Sur tous les fronts, productifs, variés, créatifs.

Au cas où vous n’auriez pas encore bien saisi la subtilité du propos, votre serviteur est un fervent adepte du black metal à la mode de chez nous. Et on ne sait trop comment, Christicide semble passer inaperçu pour l’auditoire black metal français. Il peut pourtant se targuer de deux éléments de choix. Le premier s’appelle Ardraos, et ne nécessite donc aucun développement. Le second s’énonce comme suit : les riffs sont tout bonnement extraordinaires. Au sens incommensurablement formidables du terme.

« Upheaval of Soul » dure moins de trois quarts d’heure, et se présente à vous sur un champs d’étoiles, céleste et magnifique, orné d’un pentacle de mauvais augure surplombant sa beauté intemporelle. Et c’est exactement ce qu’est la musique du groupe. Une splendide beauté, imposante et impérieuse, qui se présente sans pour autant se laisser dévoiler trop vite, marquée de l’essence même de Lucifer. Christicide, c’est Lucifer. Pas Satan le grimaçant et le menaçant, la bave aux lèvres et l’épée au poing; mais Lucifer comme au Premier Jour. Beau, séduisant, impérieux, et éternel. Christicide est lumineux, glorieux et tout puissant.

La production est simplement parfaite. Les guitares bénéficient d’une rare puissance, la batterie ne s’expose pas à la moindre critique, la basse se fait discrète mais toujours audible en fond. Mais clairement, si rien ne démérite, ce sont les guitares qui sont à l’honneur. On ne saurait l’expliquer, mais quelque chose de stellaire se dégage des chansons. On a l’impression tout au long du disque d’être projeté dans un immense cosmos habité par de sombres entités. Impérieux, c’est là décidément le meilleur terme. La guitare rythmique tisse cette trame de fond spatiale, tandis que les riffs mélodiques dessinent des motifs et des formes au cœur du Chaos. Une incroyable maestria de mélodies glorieuses et majestueuses, hantées par une énergie palpable. Si le disque ne comporte aucune seconde superflue, « Solitude With the Devil » est sans doute la plus représentative de l’album. Riffs furieux, mélodies venues d’ailleurs, chant possédé et rageur… On a même droit à une mélodie à la Dissection en cours de route.

Comme dit plus haut, rien n’est à jeter, tout est à écouter attentivement. L’album fait partie de ces pièces rares qui semblent renfermer de nouvelles choses à chaque écoute. Un riff se révèle soudain plus férocement, une accalmie se fait plus touchante, une partie de chant atteint sa cible… Des recoins du cosmos s’ouvrent à vous au fil du temps. En cela, votre serviteur aurait la tentation de rapprocher cet album du premier Emperor. Les mélodies n’ont rien à voir, mais les ambiances sont parfois proches, et l’on y retrouve ce sentiment d’œuvre infinie, qui contient un univers à elle toute seule d’une richesse et d’une profondeur fascinante. Christicide se situe après les rituels occultes de Bexehen et Sargeist. Il est déjà dans les espaces infinis et mouvants, tournoyant et tourbillonnant aux côtés des convulsions des astres. Pas de mains tremblantes ni d’incantations, seulement une énergie stellaire invincible et splendide.

Il est temps de passer au cœur du sanctuaire stellaire, le dernier hymne ; « Ominous Numinous ». Une immense chanson, traversée de part en part par ce qui est sans doute l’un des meilleurs riffs black metal jamais écrit. Le genre de mélodie qui vous fait vous dire que le black metal aura toujours une place à part dans votre cœur, quelle que soit votre évolution artistique. Un pinacle, un chef d’œuvre, une incroyable nom de Dieu de chanson. Passé ce sommet d’émotion, l’album se termine et ne laisse derrière lui qu’un silence encore habité par la majesté des entités d’outre-espace. Une chanson inoubliable, une mélodie qui imprégnera votre esprit de sa force et de sa beauté pour toujours.

Christicide n’a pas de concurrent, et son Maître non plus. Upheaval of Soul doit être écouté, absolument. Absolument, entendez-vous ? Il est l’une des pièces maîtresse de la scène française, et reste pourtant trop méconnu. Second et dernier album d’un groupe tristement dissolu, testament d’une obscure étoile de la scène française.  Puissant, violent, harmonieux, majestueux, envoûtant… Tout ce que l’on recherche dans le black metal en somme, sans imaginer tomber un jour sur une oeuvre aussi parfaite. Dissection n’est parfois pas loin, le Watain des meilleurs jours non plus. Mais au-delà de ces influences, Christicide a atteint les étendues stellaires tout seul, sans l’aide de personne. À vous d’aller l’y chercher.

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