Lustre – Still Innoncence

Pays : Suède
Genre : Ambient / Black Metal Atmosphérique
Label : Nordvis Produktion
Date de sortie : 3 Novembre 2017

Deux ans après un Blossom linéaire mais à l’atmosphère plutôt convaincante, l’ami Nachtzeit remet Lustre à l’honneur avec la sortie de Still Innocence, déjà le sixième album de son projet. Toujours sous la bannière du label suédois Nordvis, Lustre s’affirme d’album en album comme un projet d’envergure au sein de la scène black metal atmosphérique, et ce en dépit de l’aspect très édulcoré de sa musique, qui charme autant qu’elle divise. Ceci étant, Lustre est bien là, avec un album tout frais sur le point d’être dévoilé. Va-t-il continuer sur sa respectable dynamique ?


Il existe certains groupes et projets dont l’empreinte musicale est reconnaissable à la première note, et Lustre en fait partie. Quelques sonorités enchanteresses de clavier, et le projet du suédois Nachtzeit (qui est également derrière un projet black metal éponyme) vient en tête de chaque auditeur initié à sa musique rêveuse et accessible. Ce dernier aspect fait parfois débat au sein de la communauté. Même si Lustre est effectivement un projet estampillé black metal, sa musique puise davantage son inspiration dans les corridors célestes de l’ambient que dans les caves délabrées du black metal. Mais cela n’enlève rien à la qualité dont cette musique fait preuve.

Au programme de Still Innocence, nous avons donc un album assez agréable à l’œil, et dont le contenu semble assez personnel au premier abord. Cinq titres pour une demi-heure de musique, ça peut sembler peu, mais ce format conviendra sans doute davantage à la musique du projet suédois, qui peut rapidement se montrer indigeste sur la durée si l’enchantement prévu pointe aux abonnés absents. Deux titres sont accessibles pour l’heure, soit avant la sortie de l’album, avec « Dreaded Still » et « Nestle Within ». Le premier, qui est aussi le titre introducteur de l’album, fait clairement partie des meilleurs de Still Innocence, mais on ne peut pas en dire autant du second.

Grâce à sa mélodie aérienne et très accrocheuse (entendez par là qu’elle pourrait très bien vous rester en tête un moment), « Dreaded Still » capte l’attention de l’auditeur dès les premiers instants de musique offerts l’album. On retrouve ici ce qui fait toute la qualité de la musique de Lustre, avec des évocations très suaves sublimées par une maîtrise d’orfèvre de la mélancolie. Chez Lustre, cette dernière est toujours suggérée avec une légèreté toute particulière. Le projet sait assurément faire preuve de délicatesse. « Nestle Within » incarne en revanche ce que j’aime personnellement un peu moins chez Lustre, mais cela ne concerne finalement qu’un avis personnel de la chose.

Avec ce genre de musique, tout ou presque est misé sur la mélodie qui donne corps à chaque piste. Dans ce cas de figure, naturellement, ça marche ou ça ne marche pas. Soit on accroche et la musique du projet suédois transporte vers de très lointaines contrées, soit la mélodie semble fade et l’envie est grande de passer à la piste suivante. On parle actuellement de « Nestle Within », mais la chose est plus criante encore dans le cas de « Let Go Like Leaves at Fall ». Même si les infimes touches vintage de ce titre sont du plus bel effet, on ne peut pas dire que celui-ci porte particulièrement l’auditeur. Via ses choix techniques, Lustre s’emprisonne lui-même au sein de cette dualité constante.

Porter l’auditeur ou ne pas le porter, telle est la question. C’est du quitte ou double en quelque sorte, on adhère, ou pas. On pourrait dire ça de n’importe quel album de musique dans la mesure où les goûts de chacun lui font aimer tel album ou non, mais dans le cas de Lustre, on a presque l’impression que tout repose là-dessus. Techniquement, quoi qu’on en dise, la musique de Lustre est pauvre, quand bien même elle pourrait faire rêver avec facilité. Nachtzeit aurait peut-être intérêt à creuser davantage son style pour en explorer tous les recoins, et ainsi sortir de cette espèce d’impasse.

Fermons la (grosse) parenthèse. Les deux derniers titres de l’album suivent à peu de choses près la tendance des trois premiers. Malgré sa longueur, « Reverence Road » offre une expérience très rafraîchissante et permet de laisser de côté l’éventuelle frustration ressentie à l’écoute des deux titres précédents. Clairement, ces deux derniers titres laissent l’auditeur sur sa faim. Non pas parce leur qualité laisse à désirer, mais parce que la durée un peu légère de l’album commence doucement à se faire ressentir. Imaginez près d’une heure de musique à l’image de ce qui est propagé par les titres « Reverence Road » et « Dreaded Still », ça serait grandiose.

Finalement, on ne va pas se le cacher, Still Innocence est une réussite intéressante. Mais Lustre fait toujours du Lustre, et c’est peut-être le problème. La recette marche toujours, au moins pour trois titres sur cinq dans le cas de ce nouvel album, mais les sorties se suivent et se ressemblent pour le projet de Nachtzeit. L’artiste suédois gagnerait sans doute à aller plus en profondeur, et il pourrait sans doute nous en mettre plein la vue sans mettre de côté les aspects caractéristiques de Lustre. Peut-être que Nachtzeit se repose un peu trop sur ses acquis. Pour l’instant, tout marche à peu près correctement, mais pour combien de temps ?

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