Qu’est-ce qu’une chronique ?

écrit par Dantefever
0 commentaire

Absolument inhérente à la presse metal depuis ses débuts, la chronique est l’exercice privilégié de tout organisme de la scène qui se respecte. La chronique est, avec l’interview, le type d’article qui a donné corps aux fanzines, aux webzines et aux quelques blogs metal, et ce depuis les années 80. Peu importe sa forme ou son contenu, la chronique est un article qui doit répondre à plusieurs questions afin de pouvoir guider le lecteur sur des sentiers qui lui sont inconnus, et ainsi l’aider à appréhender un album différemment, ou du moins, sous un angle qu’il n’aurait d’ordinaire pas considéré. Ainsi, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, la chronique est un article plutôt codifié…

Deux sens semblent se rapprocher de la chronique telle qu’on la connaît dans le metal. On a d’abord le sens journalistique, bien que la chronique au sens strict n’ait pas grand chose en commun avec la chronique metal que l’on connaît via les webzine et les fanzines ; et le sens de “graver dans le marbre”, de rendre pérenne la vision que l’on a d’un album, que ce soit au moment de sa sortie ou quelques années plus tard. L’article journalistique qui prend le nom de chronique n’a cependant rien, à l’origine, de culturel ou de critique, il s’agit d’un article publié régulièrement et qui prend l’actualité pour sujet. De plus, la chronique metal semble être exclusive à ce genre musical et à ceux qui en sont plus ou plus proches techniquement et thématiquement (ambient, dungeon synth, neofolk, musique expérimentale…).

Exercice amateur par excellence, la chronique metal semble l’être également via sa sémantique un peu douteuse. Si l’on souhaitait être plus précis, on pourrait presque lui préférer son équivalent anglais, à savoir review, qui met bien plus l’accent sur le compte rendu critique que peut faire un amateur de musique. Ceci étant, même si la chronique n’est pas rédigée par un journaliste professionnel et ne répond pas à une rigueur à toutes épreuves, il serait malhonnête et réducteur de considérer comme normaux ses différents manquements. Dans la mesure où chacun peut y aller de son webzine ou blog personnel pour mettre ses pensées par écrit, on considère comme normal le fait d’avoir des chroniques de pauvre qualité, mais c’est oublier un peu vite (ou simplement ne pas considérer) que les années ont forgé la morphologie de la chronique, qui répond désormais à un cahier des charges on ne peut plus précis.

La chronique est la plupart du temps rédigée, plus rarement enregistrée sous la forme d’un podcast (diffusé en direct ou en différé). Elle comprend communément une introduction et une conclusion en plus du corps du texte, et est divisée en différents paragraphes selon sa longueur. La chronique commune au fanzine est généralement beaucoup plus courte que celle propre au webzine, dont le support numérique permet sans doute de consacrer un peu plus de temps à l’étude d’un album. De manière très vague et un peu trop audacieuse, on pourrait fixer à environ cent ou deux cents mots la chronique d’un fanzine, et à au moins cinq cents ou six cents mots la chronique d’un webzine. Le track-by-track (parler de l’album en traitant ses pistes dans l’ordre et l’une après l’autre) est un mode de fonctionnement régulièrement utilisé mais qui manque de pertinence. En plus d’ommettre généralement de parler de l’album dans son entièreté, le track-by-track est généralement peu agréable à lire pour le lecteur.

On préfèrera en revanche quelque chose de moins listé, au propos fluide, et ne traitant d’un titre en particulier que pour appuyer un élément de ladite chronique exprimé par le rédacteur. Une chronique traite généralement d’une seule et unique sortie, qu’il s’agisse d’une démo, d’un EP, d’un album longue-durée, d’un split ou d’une compilation. Tout autre article souhaitant englober plus d’une sortie ne saurait être considéré comme tel, à moins que ces mêmes sorties soient elles mêmes suffisamment courtes et semblables pour être traitées simultanément. Mais là encore, cela ne semble pas être la méthode la plus aisée pour rendre compte de la qualité d’une sortie donnée.

Une chronique digne de ce nom doit répondre à plusieurs questions. Elle doit en premier lieu rendre compte de la qualité de l’album, ainsi que de sa position dans la discographie du groupe ou projet. Considérer les habitudes techniques et thématiques du groupe ou de l’artiste est une réelle plus-value, mais n’est pas foncièrement nécessaire. Ensuite, elle se doit de traiter différents éléments tels que la production, les thématiques, la réception, le travail graphique, les émotions ressenties, ou encore l’efficacité. Ainsi, et au vu des différents éléments propres à la chronique de qualité, l’exercice se voit être quelque chose de très personnel. D’aucuns restent intimement convaincu qu’il est impossible d’être objectif à 100% au moment de tabler sur la qualité d’un album donné, et si l’on prend en compte tous les éléments que doit contenir une bonne chronique, on en saurait aller à l’encontre de cette opinion. Ainsi, à un moment ou à un autre, le jugement, le vécu, l’expérience ou les goûts du rédacteur entreront en jeu, faisant de la chronique un article très orienté et qu’il convient de nuancer. Ne dit-on pas que tous les goûts sont dans la nature ?

À ce titre, la chronique étant quelque chose de plutôt personnel, elle est aussi le reflet du rédacteur, dont elle est l’émanation directe. Il n’est pas rare de constater l’attachement qu’ont certains lecteurs pour le style de rédaction d’un rédacteur donné, lorsque celui-ci emploie un style suffisamment riche, passionnant ou pictural pour tenir son lectorat en haleine, et lui donner envie de se pencher sur l’album dont il se fait le porte-étendard. Ce sont ainsi les rédacteurs (parfois appelés chroniqueurs, même si, à nouveau, le sens journalistique ne s’applique pas vraiment à cette situation) qui procurent indirectement à un fanzine ou à un webzine sa renommée. Mais le défi que représente la rédaction d’une chronique consiste pour le rédacteur à s’effacer pour laisser l’album aux centre des débats. Peu importe son style d’écriture et la proximité avec le lecteur qu’il peut mettre en place, le rédacteur ne doit jamais perdre de vue son objectif premier, à savoir parler de musique. Il doit pouvoir s’effacer au profit du travail de l’artiste.

C’est pas le biais de cet article personnel et réfléchi depuis un petit moment que je comptais mettre des mots sur l’exercice de la chronique, dont les contours demeurent flous malgré la pléthore d’articles que l’on peut trouver. Chaque rédacteur a sa propre vision de l’article qui doit être le reflet de l’opinion qu’il a d’un album, mais voici, de manière très synthétique, l’une des manières de faire qui me semble être particulièrement judicieuse.

Laisser un commentaire