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Fall of Efrafa – Owsla

Pays : Royaume-Uni
Genre : Post-Hardcore / Crust Punk
Label : Alerta Antifascista
Date de sortie : Octobre 2006

Lapins de garenne et post hardcore rouillé au crust punk. Voici ce qu’est Fall of Efrafa. Un groupe britannique qui, le temps de trois albums, a rendu hommage et exploré la légendaire œuvre de Richard Adams, Watership Down. Qu’est-ce que Watership Down ? Un roman britannique paru dans les années 1970 et mettant en scène des lapins dans leur garenne, au fin fond de la campagne anglaise.

Pour parler de Fall of Efrafa, il faut d’abord parler de Watership Down. Dans une garenne anglaise, Fyveer, jeune lapin chétif aux étranges dons prophétiques, prédit à son frère Hazel une catastrophe à venir qui réduira à néant leur foyer et décimera ses habitants. Un groupe de lapins se forme alors, décidé à aller fonder leur propre garenne, loin du fléau pressenti par Fyveer. Après un long et périlleux voyage, les lapins s’installeront sur les pentes de la colline de Watership, et se trouveront confrontés à l’immense cité cuniculaire tyrannique d’Efrafa, située tout près.

Derrière ce qui semble être une fable pour enfant se cache en fait une épopée animale empruntant énormément à Homère, dans laquelle les lapins deviennent autant de vaillants personnages définis par leurs qualités et leurs dons dans le vaste récit épique, qui ne peut éviter la comparaison avec les antiques Odyssée et Iliade. Ulysse, Ajax, Pâris, Hector, Achille, Patrocle et Diomède deviennent Hazel, Bigwig, Ramnhus, Léondan, Rubus et Fyveer. Oubliez les chocs d’épées et de lances, oubliez les Achéens aux bonnes jambières, oubliez les murs de Troie, et contemplez plutôt la course à travers les immenses prairies exposées qu’aucune ombre ne vient protéger, les luttes à coup de pattes et de dents, le siège des tunnels de Watership et les escapades stratégiques toujours plus dangereuses pour libérer des hases enfermées dans des clapiers dans la ferme proche.

« La Terre entière sera ton ennemi, Tous voudront te tuer. Mais d’abord, il devront t’attraper … ». Voici le lapin, le Prince aux Milles Ennemis. L’animal le plus courant des campagnes, celui qui s’impose comme la représentation parfaite de la nature sauvage. Pas aussi imposant que le sanglier ou le cerf, pas aussi rare que le loup ou le blaireau, plus organisé et sociable que les campagnols ou les rapaces. Le lapin dans sa garenne, c’est l’homme primitif des origines, craintif, qui n’a pour lui que son ingéniosité et sa capacité à s’organiser pour survivre. Plus faible et fragile que les autres êtres vivants, mais porteur d’une énergie flamboyante. Allez dans n’importe quel recoin du monde, vous y trouverez toujours des lapins et des hommes. Aussi trivial l’un que l’autre ; aussi capables d’exploits l’un que l’autre.

Fall of Efrafa tire de l’œuvre de Richard Adams ses enseignements politiques, ses mises en garde contre l’oppression sociale, ses appels à la bienveillance et à l’indépendance. Les anglais transposent les combats épiques, les longues courses et la mélancolie cru et terreuse qui se dégage de tout le livre dans une musique brute et franche. Le disque entier est porté par cette batterie vigoureuse et ces riffs simples mais si efficaces, entre exhortations à la lutte et déchirement intérieur. Ces guitares massives et agressives portent en elles violence, désespoir, découragement et proximité avec la mort. Le début de l’album est consacré par un violoncelle tout ce qu’il y a de plus sombre, avant d’aboutir sur une mélodie de guitare clean parmi les plus simples mais aussi les plus belles que votre serviteur ait jamais entendues. S’ensuivent les premiers hurlements, les premiers riffs.

Énergie puissante, vitesse effrénée. Quand les mélodies arrivent en bout de course, elles prennent une teinte estompée et délavée tendant déjà vers la tristesse et la douleur alors que l’album vient à peine de commencer. Cette première chanson, « Pity the Weak », résume déjà la structure de l’album entier. Sa suivante, « A Soul to Bare », est sans doute la meilleure chanson de l’album. Ce riff enthousiaste, ces cordes frottées qui viennent porter toute la fougue et l’espérance des protagonistes du roman aux oreilles de l’auditeur ne peuvent simplement pas être ignorées.

« Lament » vient porter le premier plombage sérieux, avec son piano tremblant et sa triste mélodie de guitare. À partir de là, l’album se fait déjà plus méditatif et atterrant. Même les passages d’espoirs semblent enfouis sous une terre brune et morcelée, dont on n’arrive jamais réellement à se débarrasser. La dernière vraie cavalcade se trouve après quelques minutes d’introduction sur le morceau éponyme conclusif. Les cordes frottées viennent une fois de plus s’épancher sur les riffs punks, et le chant crache tout ce qu’il peut pour rendre sensible les combats primitifs et littéralement bestiaux que vivent ces lapins pour défendre leur foyer contre l’ombre d’Efrafa.

L’album se termine sur la pluie, le violoncelle et les guitares désaturées. L’averse vient laver tout le sang versé pour défendre sa terre. Rien ne différencie plus les grands combattants de légende de ces lapins prêts à lutter de toutes leurs forces pour leur survie. La Nature la plus commune et la plus proche, celle qui commence à la sortie des villes, s’est faite le tragique champ de bataille d’une tribu cherchant à se faire une place dans un monde où elle n’a que des ennemis. Humain, lapin, même combat, même lutte. Et la pluie finale qui s’abat pour vous rappeler qu’au fond, ce n’était qu’une garenne, qu’une ville, que quelques lapins parmi les millions de leurs congénères, et qu’à quelques kilomètres de là, sous la même pluie, d’autres lapin sont sans doute en train de farfaler tranquillement sans même avoir conscience de la Chute d’Efrafa.

Owsla est court, très court même. Il est punk, il est crust, mais il surtout post-hardcore. Et par là, il est aussi un peu black metal. Si les albums suivants de Fall of Efrafa ne décevront jamais avant le split du groupe, c’est bien cette première œuvre qui marquera tant elle se fait intense et touchante. Écoutez Owsla. Lisez Watership Down. Imprégnez-vous de cette extraordinaire épopée, de ce drame poignant. Ou si voulez, n’écoutez pas, ne lisez pas. Après tout, qui s’en soucie ? Qui se soucie des lapins ? Qui se soucie des hommes ?

« The Fields… The Fields are covered with blood »

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