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Ofdrykkja – Irrfärd

Pays : Suède
Genre : Folk / DSBM
Label : Avantgarde Music
Date de sortie : 18 Décembre 2017

Trois ans après leur premier album, les suédois d’Ofdrykkja reviennent sur le devant de la scène en cette fin d’année avec Irrfärd. Ce dernier, qui est d’ailleurs sorti par Avantgarde Music en même temps que la réédition de l’unique album de Circle of Salt, se pare d’atours intrigants et entend susciter la curiosité avant même que l’on ait l’occasion de découvrir son contenu. A Life Worth Losing avait eu un peu de mal à convaincre au moment de sa sortie en 2014, c’est donc avec Irrfärd que les suédois répliquent, bien décidés à donner vie à un univers musical bien particulier…


Rien que par sa forme, le nouvel album d’Ofdrykkja attire l’attention. Quelques titres courts, mais également six titres qui excèdent les dix minutes, et parfois bien allègrement. La chose va bien évidemment de pair avec le style musical du groupe, qui se manifeste par de sublimes sonorités à la guitare acoustique et par de longs couplets mélancoliques que l’on situerait volontiers à mi-chemin entre le black metal et le depressive rock. D’entrée de jeu, Irrfärd envoûte grâce aux magnifiques guitares de la piste éponyme et de l’introduction de « En Vandrades Börda ». Si ses parures sont effectivement reluisantes et très engageantes, il ne faut pas oublier qu’Irrfärd est avant tout riche d’une douleur bien assumée.

Le tempo lent et les riffs répétitifs ne sont pas là par hasard. Toutes les spécificités techniques du style d’Ofdrykkja font référence à une souffrance subtile mais malgré tout époumonée avec soin par Pessimisten, dont les chants tout particuliers apportent un réel cachet torturé à l’album. Point de chants réellement hurlés ou éraillés sur Irrfärd, les complaintes de Pessimisten s’apparentent davantage à une espèce de repoussant cantique proféré par un ivrogne. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ces chants font preuve d’une force au moins égale à celle des lamentations tourmentées des figures du genre.

L’alcool est en effet au coeur des débats chez Ofdrykkja, le nom du groupe étant tiré d’un terme vieux norrois faisant référence à la consommation excessive d’antigel. Nous ne sommes pas ici dans l’évocation de l’alcool comme une ridicule boisson divine. Au contraire, l’alcool est vu ici comme un véritable gouffre, peut-être est-ce également le responsable de tout le mal-être présent sur l’album des suédois. Car malgré sa légèreté musicale et ses beaux habits, Irrfärd est réellement riche en peine et en chagrin. Il ne s’agit évidemment pas d’une douleur mentale de premier ordre comme nous pourrions en avoir l’expérience à l’écoute d’un album de DSBM lambda, mais l’écoute apporte son lot de désespoir malgré tout.

Par l’acceptation de la douleur dont il clame l’importance, Ofdrykkja rappelle d’ailleurs beaucoup Lifelover, dans un style cependant différent. Ceci étant, quelques subtilités prouvent malgré tout que les géants suédois ont inspiré leurs successeurs. Mais Ofdrykkja ne s’est bien entendu pas contenté de prendre l’inspiration et de la recycler bêtement. Avec le temps, le groupe est parvenu à forger son propre style avec ses propres outils, à commencer par la guitare acoustique, qui est d’une triste beauté absolument incomparable. Avec la formation suédoise, le spleen est bien présent, mais il est davantage suggéré que hurlé à la manière des bonnes gens frappées de neurasthénie.

L’ensemble est donc plus délicat sur le plan technique, mais pas nécessairement moins prenant sur le plan émotionnel. Allez donc vous farcir l’écoute entière d’Irrfärd, et vous verrez que la succession incessante des ignobles cantilènes fera naître en vous quelque chose d’inconnu mais de nocif malgré tout. Ofdrykkja est parvenu à créer un album qui ne souffre d’aucun point faible notable. L’alchimie technique était risquée, mais le résultat est tel que la seule chose qui compte réellement à l’écoute d’Irrfärd est le voyage émotionnel qui est proposé par les artistes suédois. Rien n’est à jeter de cet album, tout est à consommer avec délectation. Et sans modération, évidemment.

C’est une réussite absolument exceptionnelle pour les musiciens d’Ofdrykkja, qui ont façonné un album riche par son atmosphère et très efficace par son message. Par sa beauté et son côté rafraîchissant, on a bien envie de voir en Irrfärd quelque chose de grandiose. Aura-t-il fallu attendre la mi-décembre pour voir arriver l’un des albums les plus réussis de l’année ? On dirait bien.

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Fondateur / Rédacteur chef - maxime.deruy@gmx.fr

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