Aosoth – The Inside Scriptures

Pays : France
Genre : Black Metal Orthodoxe
Label : Agonia Records
Date de sortie : 17 Novembre 2017

Pourquoi écoute-on Aosoth ? Pour se faire du mal ? Pour plonger dans des flots cycliques de violence psychologique ? Pour douter de tout le reste ? Aosoth n’a jamais rien sorti de mauvais. L’entité menée par MkM et BST n’a jamais laissé s’échapper de ses voiles que des albums de qualité, dans des genres relativement divers, souvent désavoués ensuite par MkM. Pourtant, cette sévérité envers lui-même aura permis à Aosoth d’offrir certaines des œuvres de black metal les plus marquantes de la scène française.

Après un IV : An Arrow in Heart qui avait eu un impact énorme sur votre serviteur, Aosoth ressurgit d’entre ses profondeurs pour apporter au monde ce qui sera sa dernière offrande, avant de repartir pour de bon hors de notre plan. Et l’entité ne renonce à rien. Ni à la douleur, ni aux tourments, ni aux châtiments, et emmène avec lui pour son ultime crucifiement ses clous et et son odieuse lumière. Et une fois de plus, Aosoth vise en plein cœur.

Si la quatrième œuvre était fondamentalement religieuse, avec ses rythmiques litaniques et ses passages mystiques, ce cinquième édit de l’entité trouble accentue encore plus l’aspect spirituel. Aosoth, ça n’a jamais été ésotérique ou ritualiste. Ce n’est pas l’homme qui invoque et appelle, c’est la malveillance même qui s’abat sur lui, s’impose et le soumet. Et la douleur est son outil, son vecteur, son messager.

Ce nouveau manifeste se décline en six pistes, relativement longues, pour une durée totale d’environ trois quarts d’heure, soit dix minutes de moins que la dernière flèche, toujours bien fichée dans le cœur. L’introduction se fait angoissante, une lente montée en puissante grinçante aboutit sur un riff lent et répétitif, qui s’égrène comme un chapelet, à l’instar de celui qui ouvrait la précédente manifestation. La voix de MkM arrive, aussi rouillée et fielleuse que de coutume. Aosoth est de retour, c’est bien lui qui se tient devant vous. Nul autre n’est capable de telles sonorités. Les premiers blasts déferlent, et la personnalité du groupe explose littéralement. Toujours ce son de guitare bourdonnant et épais, très imposant et semblant toujours abriter une dissonance insidieuse. Les trémolos abjects, les tourments qui ensevelissent le malheureux témoin de cette monstrueuse émanation, la lourdeur en fin de riff qui s’abat sur la carcasse trop maigre et difforme pour recevoir l’esprit. Aucun homme ne peut accueillir Aosoth, la confrontation se fait dès lors obligatoirement dans la souffrance et la douleur.

« Her Feet Upon The Earth, Blooming The Fruits Of Blood » démarre in medias res, et vient arracher la peau par lambeaux avec sa violence orthodoxe intenable. Fièvre, angoisse, torture de l’esprit qui rejaillit en stigmates sur le corps. Et MkM qui éructe et maudit, puisant toujours plus profond dans sa gorge pour expier les versets de l’innommable entité qui s’exprime à travers lui. Le châtiment éponyme suit, et c’est ici que le témoin se voit malmené avec une nouvelle science. Il ne s’agit plus de l’écraser avec brutalité, mais de l’étouffer, couche après couche, sous d’infâmes dorures, jusqu’à l’asphyxie finale. Le miracle tant attendu se manifeste enfin, avec ses motifs édictés encore et encore, vacillant implacablement, entre diffus et dominateur.

Passant après l’accalmie plus dévouée de « Contaminating All Tongues », la toute dernière expression de l’entité Aosoth se révèle. « Silver Dagger And The Breathless Smile » est un monument d’angoisse et de terreur. Les guitares s’y font plus aliénantes que jamais, tendant vers les cieux parfois, en une cruelle parodie de salvation. MkM arrache complètement sa gorge, laissant échapper de terribles et furieux hurlements paroxysmiques. La mélodie arpégée aux deux tiers du moreau cloue l’obsession et la domination totale d’Aosoth sur tout être humain. Enfin, Aosoth est totalement victorieux. Les accords presque épiques de fin de morceau exultent, avant de revenir au premier riff qui se dissout dans de vagues bruissements. Aosoth n’a plus rien à faire ici, il a vaincu, et toute aspiration spirituelle lui revient désormais.

Cette manifestation finale d’Aosoth ne souffre d’aucune comparaison.  Il est le parfait pendant de son prédécesseur. À chercher le spirituel, les manifestations occultes et l’au-delà, l’homme ne peut qu’arriver sur beaucoup plus grand et puissant que lui. L’au-delà est malveillant.  Aosoth est la perdition spirituelle, l’aboutissement ironique d’une quête qui se termine dans l’anéantissement là où on attendait la lumière. Aosoth est lumineux, mais sa grâce est mauvaise. Beaucoup ont dit que l’homme était par nature spirituel, que sa recherche de l’absolu et de l’éternel était gravée en lui de manière intrinsèque. Aosoth s’offre comme seule et unique réponse à ces écritures intérieures. Dans la douleur.

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