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Blasphemy – Fallen Angel of Doom

Pays : Canada
Genre : Black Death Metal
Label : Wild Rags Records
Date de sortie : Août 1990

Il fallait bien que cela arrive un jour. On ne va pas fuir l’inévitable toute sa vie. L’Apocalypse arrive, chers naïfs, et Blasphemy l’annonçait déjà en 1990. Mieux, il s’en faisait le porteur de ses relents. Fallen Angel of Doom fait partie des albums qui ont transformé la musique extrême, lui donnant une toute nouvelle dimension. Le culte de Ross Bay s’est imposé au monde, dans l’âcre fumée et l’odeur d’impiété qui le définit. Les innombrables disciples qui ont embrassé le culte apportent, année après année, leur perle au chapelet infernal, livrant tous leur hommage. Mais avant eux, il y avait Blasphemy.

Comme beaucoup, votre serviteur a d’abord rejeté Blasphemy. « Qu’est-ce que c’est que cette production immonde ? C’est même pas raw, on n’entend juste pas les guitares du tout… Aucun riff perceptible, quel intérêt ? ». Classique. Et beaucoup en restent là. On ne peut pas leur en vouloir. Oui, on attaque directement avec ce qui canalise tous les reproches fait à Fallen Angel of Doom par ceux qui ne perçoivent que du bruit durant la demi-heure qu’il dure. De l’aveu même du groupe, le rendu final du mixage les avait beaucoup étonné et surpris à l’époque, déplorant le recul des guitares par rapport à la batterie et au chant. Involontaire donc, mais visionnaire. Blasphemy a définit l’approche du black death bestial, qui repose avant tout sur la batterie. Ryan Förster, véritable maniaque de Blasphemy, pourrait vous en dire long à ce sujet. Conqueror, Revenge et Death Worship sont fondés intégralement sur  ce rituel de matraquage frénétique des fûts et d’éructations primitives.

Fallen Angel of Doom, après sa courte introduction occulte, lance directement ses beuglements rauques et la batterie monstrueuse de son morceau éponyme. Blast, rythmiques guerrières, guitares vomissantes avec riffs primaires mais marqués par une bestialité incroyable. En se rapprochant du milieu du morceau, un mid-tempo à faire hurler de violence vient casser cette vélocité pour mettre le cultiste sur un feu d’enfer tout en le maintenant sous pression. On ne le laisse exploser qu’une minute plus tard, avec de nouveaux patterns de batterie génocidaires. Blasphemy réitère ce rituel sur toutes ses chansons, mettant l’accent sur les blasts ou sur les mid-tempi selon ses humeurs.

Puisqu’il faudra bien en passer par là, autant s’attaquer de suite à la défense des riffs. Oui, ils sont quasiment impossibles à saisir, du moins à la première écoute. Oui, la batterie les dévore et ne permet que rarement de les saisir. Mais ils existent malgré tout, et votre serviteur a fini par réussir à les discerner au fil du temps. Simples, presque simplistes. Brutaux. Bestiaux. Parfaits. On y ajoute quelques courts soli chaotiques à la Slayer pour faire bonne mesure, et on obtient des titres comme « Darkness Prevails » qui ne laissent absolument aucune chance. Beherit s’inspirera de la formule quelques mois plus tard pour son fameux Oath of Black Blood, dont la chronique viendra elle aussi un jour.

Bon bien sûr, l’album souffre de quelques faiblesses, quelques incantations de moindre qualité. « Hording of Evil Vengeance », « Weltering in Blood » et « Desacretion » sont un peu plus plates que les autres. Moins inspirées, un peu pompées sur leurs consœurs en répétant certains plans. Toutes les chansons sont courtes cela dit, et elles ne dérangeront pas lors de l’écoute intégrale. Elles seront la continuation de cette demi-heure de blasphème et de violence, mais sans réel moment fort. Et à propos de moment fort, il est grand temps d’évoquer les trois meilleures pistes de  l’album.

La cultissime « Ritual » démarre sur un formidable mid-tempo belliqueux qui ravage tout ce qui se dresse devant lui, puis anéantit le cultiste fiévreux par un blast diluvien. Le black death bestial n’a jamais fait mieux que cette piste. Suit le meilleur riff de l’album avec « Demoniac ». Mélodie rageuse en début, soutenue rapidement par un blast et les hurlements de Nocturnal Grave Desecrator and Black Winds (quel joli nom). Un carnage impie, une ode au chaos, absurde de violence. Enfin, la piste finale, « Goddess of Perverity », qui commence sur une introduction ambiante pour arriver à un riff clair, dominateur et écrasant, suivi d’un nouveau mid-tempo un rien thrashy qui dévaste comme il se doit. La plus longue chanson de l’album, et un monument d’agression. Ensuite, une outro en forme de long ralentissement. Le cimetière de Ross Bay revient à son silence morbide.

Et alors ? Qu’apporte ce disque ? La réponse est évidente, de la violence. Plus que n’importe quel autre album de l’époque. De la violence, du blasphème, de la haine, du chaos. Et c’est peut-être là que Fallen Angel of Doom rebat les cartes. Violent et impie, on connaissait déjà. Mais aussi chaotique et bestial… C’était quelque chose de nouveau. Tout miser sur la batterie et les cris de bête est devenu le credo de centaines de groupes depuis cet album. Pourquoi ? Parce que ça fait mal. Les percussions meurtrissant les oreilles, le bouillonnement de guitares saturées à l’extrême et les hurlements renvoient à un état de rage primitif, atavique, venu du fin fond de la nature humaine, du côté de ce que l’on préfère enfouir, que l’on ignore peut-être même. La pulsion de destruction, l’envie compulsive de massacrer son odieux prochain. Cela, Blasphemy l’a réveillé dans le monde entier, laissant des milliers de fervents fidèles des musiques extrêmes hébétés devant leur platine, marqué du sceau indélébile de la violence pure.

On vénère Blasphemy ou on le déteste. Fallen Angel of Doom est traversé de bout en bout par une violence occulte et une brutalité compulsive terrifiante. Rien ne se dresse devant Blasphemy. Plus underground qu’underground, plus violent que violent, plus extrême qu’extrême. Les canadiens ont révolutionné la scène en leur temps, et Fallen Angel of Doom est toujours un objet de culte pour des milliers de maniaques autours du monde. On ne saurait dire pourquoi, mais il se dégage de l’album quelque chose de viscéralement violent, d’indépassable, de monumental. Un missel d’anéantissement, voilà ce qu’est Fallen Angel of Doom, un pacte contre la vie et la lumière. Cessez de conspuer cette production, elle est simplement parfaite. Ce disque n’est pas simpliste et bas du front, il est entièrement démoniaque. Derrière la tempête de batterie, les hurlements et les guitares inaudibles, il y a quelque chose de résolument mauvais, quelque chose d’hostile.

 

 

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