Watain – Trident Wolf Eclipse

Pays : Suède
Genre : Black Metal
Label : Century Media Records
Date de sortie : 5 janvier 2018

Watain, c’est un petit lapin. Avec un pelage noir, mais un petit lapin quand même. Oh, Watain n’a pas toujours été un gentil petit lapin. Avant, il était un serpent. Un grand serpent aux écailles luisantes, poisseuses de venin, qui dressait son ombre sur les faibles créatures du monde et dardait sa langue fielleuse, sifflant et crachant le Mal. Mais après quelques temps à terroriser tout son monde, le serpent est allé s’endormir confortablement au fond de son terrier. Et quand il en est ressorti, il était devenu un petit lapin.


Être un petit lapin, ça a beaucoup d’avantages. Tout le monde vous aime, tout le monde est prêt à vous combler de caresses et d’éloges, tout le monde vous trouve joli. Quand petit lapin essaye de se rappeler le serpent qu’il était avant, quand il se souvient de quelle couleur est sa fourrure, il lui arrive de se rebiffer, de montrer les dents, de sortir les griffes. Mais un petit lapin en colère, même tout noir, c’est trop mignon. Ça ne fait pas peur, à personne, sauf aux plus impressionnables. Alors petit lapin noir s’est fait une raison, et a laissé pendre ses oreilles pour devenir encore plus mignon. Seulement, petit lapin noir a réfléchi, ruminé dans son carré d’herbe. Il a décidé que la vie de terrier, ça suffisait comme ça, et qu’il était temps de rappeler à tous le grand serpent qu’il était jadis. Alors petit lapin est reparti en campagne, avec la ferme intention de terroriser tout le monde, comme au bon vieux temps, à l’époque où il répandait peur et poison.

Pour ramener l’enfer dans les garennes, petit lapin est retourné au fond de son nid, et en a ramené sa peau. La mue du serpent. En rabattant ses jolies oreilles pelucheuses, petit lapin est entré dans son ancienne peau. Puis, il est sorti de chez lui. En voyant après tant d’année luire de nouveau l’immonde peau du grand serpent, beaucoup se sont dit « il est revenu ». Ils se sont souvenus les ravages d’autrefois, l’implacable et odieux reptile annonçant la fin de tout. Il faut dire qu’à première vue, le petit lapin dans sa peau de serpent avait bien retrouvé quelques-uns de ses vieux atours. Sur « Nuclear Alchemy » et « Sacred Damnation », petit lapin serpentin montre les crocs, tambourine fort et crache tout ce qu’il peut. Et il convainc. Après tout, ce serpent, il l’a été autrefois. Il s’essaye à son ancienne allégeance, avec les hymnes enlevés et galvanisant de « Furor Diabolicus ». Là c’est clair, petit lapin veut partir en guerre, saccager et brûler à nouveau.

Petit lapin serpentin continue son chemin, continuant à impressionner ceux qu’il croise. Ce dont il ne se rend peut être pas compte, c’est qu’en chemin, sa mue se délite et se défait quelque peu. Les écailles sont fatiguées, les crocs émoussés, les yeux vitreux. Certaines parties de sa mue sont très élimées, laissant réapparaître des touffes de poils soyeux entre les écailles. En y regardant mieux, la forme des petites oreilles dépasse sous le dos du serpent, et les petites pattes feutrées sont perceptibles sous le ventre. Petit lapin a pourtant décidé de rapiécer un peu sa mue avant de partir. Il a ajouté un morceau de thrash sauvage trouvé dans la forêt sur « Ultra (Pandemoniac) », et même un peu de tissu venu de Finlande sur « Towards the Santuary ». Peut-être s’est-il rappelé le nid de ses comparses d’antan, partageant la même cause et le même amour pour le Mal, qui a vu naître Sargeist, Horna, Behexen… Eux sont restés des serpents, et continuent de planter leurs crocs dans la chair. Il faut reconnaître que c’est une bonne idée de la part de petit lapin. La rangée d’écailles saillantes et aiguisées venue du thrash fait son petit effet sur le dos fatigué de son ancienne peau, et l’étoffe finlandaise amène d’hypnotiques méandres à son ondoiement.

Après avoir terrorisé tout son petit voisinage, petit lapin Watain rentre chez lui. Sa randonnée était bien agréable. Il a vu de nouveau la peur dans les yeux de ses voisins. Mais il a aussi vu autre chose. Il a vu, dans le regard de ceux qui se souviennent le mieux du serpent de jadis, quelque chose comme un doute, presque une expression moqueuse. On ne redevient pas serpent en un coup. Passé la première impression, pas mal d’entre eux ont vite relevé ce qu’il en était vraiment. Une mue ne fait pas le reptile. Il manque du corps à ce serpent, il lui manque sa colonne vertébrale, ses tripes et ses yeux foudroyants. Pourtant, quelque chose du vieux serpent est revenu. Une petite partie de lui est de nouveau vivante dans son ancienne peau.

Petit lapin Watain doit faire un choix. Rester dans son agréable terrier qu’il occupe depuis longtemps maintenant, et continuer à se faire caresser et nourrir tout en restant le plus mignon possible, ou bien reprendre définitivement sa mue. Celle-ci n’est plus aussi reluisante qu’avant, loin s’en faut. Il sait qu’il est loin d’avoir convaincu complètement. Petit lapin noir doit faire ses preuves, de nouveau, après dix ans de terreur venimeuse puis dix ans de vie de terrier. Choisira-t-il de nouveau « Rabbit’s Death Curse« , ou deviendra-t-il définitivement un lapin de Pâques ?

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