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Balrog – The Shadow and the Flame

Pays : France
Genre : Cinematic Synth / Ambient
Label : Obscure Dungeon / Onodrim Records
Date de sortie : 29 Novembre 2017

Dans le petit monde du dungeon synth français, Balrog n’est pas n’importe qui. Le grand soin apporté à sa musique, son activité de graphiste avec Studiocalypse et son implication dans la communauté active font de lui un acteur respecté et un exemple à suivre pour beaucoup. Fort d’un nouvel album, Balrog remue le royaume du dungeon synth avec une musique sortant quelque peu des codes bien établis qui régissent le paysage de donjons et de ruines cendrées que nous chérissions tant.

The Shadow and the Flame nous plonge une fois de plus dans le monde canonique mais si prenant du maître Tolkien. Une thématique plus que classique, mais dans laquelle Balrog s’inscrit depuis ses débuts, jusqu’à en faire sa bannière et son patronyme. The Shadow and the Flame se présente comme un album assez long constitué de pas moins de douze pistes plus une reprise. La musique est très ambiancée, moins focalisée sur les mélodies que sur la création d’atmosphères et d’ambiances prenantes. Ainsi, dès « Shadow of the Monster », Balrog plonge dans une épopée épique, rythmée et particulièrement cinématographique. Balrog s’éloigne beaucoup du dungeon synth pour accoster les rivages de la musique d’ambiance, de l’ambient parfois, et de la bande-son d’œuvre visuelle au sens large. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il le fait bien.

L’album impressionne par le travail très professionnel et sa clarté. Tout sonne extrêmement propre, tout a été minutieusement poli et travaillé. La production est particulièrement puissante et limpide, loin des habituels grésillements du dungeon synth. Les sonorités sont nombreuses et riches, les tempi sont parfaitement respectés, les nappes de synthétiseur sonnent organiques et certains passages donnent vraiment à se questionner sur l’usage de véritables instruments. Des samples sont parfois de sortie, comme sur « Lord Lungorthin » qui catapulte l’auditeur dans une vaste plaine dans laquelle se déroulent d’âpres combats. Les cors résonnent, d’inquiétantes rumeurs se font entendre, un chant désarticulé plane au-dessus de nuées… Wardruna se serait-il invité dans la tanière de Balrog ?

Si l’album se fait majoritairement sombre, quelques éclaircies sereines viennent lui apporter un peu de diversité, à la manière d’un passage dans la Belle Lórien où peut, pour un temps, se reposer le Porteur de l’Anneau. « Sun and Moon », avec ses mélodies enchanteresses et sa douce lueur nocturne vient reposer l’auditeur, lui proposer une pause entre deux courses et affrontements. La mélancolie prend de l’ampleur, au son de ces cordes frottées touchantes. Une vraie paix, non pas béate mais nostalgique, couronne les quelques minutes de répit offertes.

Pour citer un des moments culminant de l’album, « The Book of the Last Knights » se déroule sur sept minutes, s’introduisant par un climat intimiste qui peu à peu s’ouvre et s’étend, pour devenir de plus en plus imposant et épique. Les cors et les cuivres retentissent, les épreuves s’annoncent. Tolkien ne laisse jamais ses héros vaincre sans combattre, ni la facilité s’immiscer dans ses œuvres. Ainsi en est-il également pour Balrog. Les nuages denses s’amoncellent, appesantissent leur pression et leur lourde senteur. Sur le dernier quart, un piano diffus et volatile vient, avec quelques sonorités plus claires et mélodiques, faire scintiller l’espoir de manière presque irréelle au milieu de ce tumulte. Une très belle piste, galvanisante et vraiment prenante.  Sa suivante « The Sword in the Old Tomb » revient à quelque chose de beaucoup plus serein et intime, avec sa mélodie de piano comme un reflet de Lune sur un ruisseau sauvage. On regrette toutefois l’arrivée d’une flûte de Pan ou équivalent en fin de morceau, qui vient casser un peu cette extraordinaire ambiance. Deux premières minutes d’exception toutefois.

Sans continuer à décrire les pistes les unes après les autres, il faut saluer l’énorme travail de Balrog. Tout ici est fait pour faire voyager, et tout s’y prête merveilleusement. Aucune piste n’est dispensable, et chacune possède une personnalité unique. Pas de répétition, pas de redite, pas de redondance. Tout est à sa place. Le dungeon synth s’est effacé au profit de quelque chose de plus grandiose et de moins obscur, mais une telle transition ne peut réellement décevoir quand elle est aussi réussie. Balrog rejoint les rangs des artistes comme Adrian Von Ziegler, compositeurs de musique de fantasy à plus grande échelle que celle du cultiste s’échinant de la manière la moins professionnelle possible sur son clavier, à composer des mélodies venues des catacombes de son imagination. Balrog change de bastion, mais observe toujours les mêmes plaines et les mêmes montagnes que ses anciens condisciples.

Balrog va sûrement en désappointer plus d’un, et peut-être en perdre certains. Le charme de la scène dungeon synth est de rester la tête dans sa propre tour, sans jamais en sortir. Mais pour ceux qui auront la curiosité d’aller jeter un œil sur les remparts, Balrog vaut vraiment le coup, et c’est un vieux grincheux qui n’aime pas le changement comme votre serviteur qui vous le dit. De grandes et belles atmosphères, un travail très léché, une vraie lecture personnelle de Tolkien… Un bel album, que l’on écoute avec beaucoup de plaisir, et plus d’une fois.

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