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Deathcult – Cult of the Goat

Pays : Norvège
Genre : Black Metal
Label : Soulseller Records
Date de sortie : 15 Décembre 2017

Deathcult est méconnu, mais a pourtant tout pour se faire connaître. Deux anciens compères au sein de Gaahlskagg, et surtout Hoest de Taake. Avec un album à son actif il y a dix ans, la formation de Bergen revient cet hiver avec un nouvel album de black metal typiquement norvégien, dans la plus pure tradition musicale de ce que cette ville devenue légendaire a pu offrir au début des années 1990.

Cult of The Goat fait plaisir à voir. Autant du point de vue du line-up que de son excellent artwork, tout en noblesse et en symbolique. Un bouc doré sur un fond de gueule classieux, tenant entre ses sabots fourchus un écu représentant un sigil occulte. D’emblée, cette pochette annonce la couleur. Du black metal composé et joué par des vétérans de la scène, qui ont vu de leurs yeux et participé à l’émergence du black metal, et qui n’ont jamais cessé de vivre par et pour cette musique depuis. La noblesse, la légitime ancienneté, les armes forgées dans le talent et le travail.

Dès les premiers riffs, on sait que l’on est en territoire classique, connu et surtout maîtrisé. Riff très proche de ce que Taake a pu proposer, toujours avec ce petit goût légèrement chaloupé et entraînant, presque enthousiaste, derrière lequel on peut reconnaître de lointaines racines rock’n roll. Les guitares sonnent plus que naturelles, la basse dodeline comme il se doit, très audible, et la batterie entraîne le tout avec énergie et conviction, nue comme en Eden. « Climax of the Unclean » s’étale sur plus de huit minutes, d’abord ambiancées puis plus langoureuses, instaurant à partir du milieu de la piste cette atmosphère mystique très caractéristique.

Derrière les mélodies répétées inlassablement en fin de piste s’entendent des hurlements de possession ou de jouissance féminine, difficile de différencier (si réelle différence il y a vraiment à faire d’ailleurs). « Bloodstained Ritual » prend la suite, plus véhémente, basée sur des mid-tempi thrashisants parfaitement rétrogrades et jouissifs, et d’autres mélodies en trémolo possédants sur fond de blast. Le chant éructé se rapprocherait de celui de Hoest, au point que votre serviteur a réellement cru que celui-ci était au micro en plus de tenir la basse. Un peu moins écorché toutefois, entre des beuglements à la Sodom des débuts ou à la Hellhammer, et un chant black metal classique. Très appréciable, et surtout cohérent avec la volonté de faire dans le traditionnel pur, de revenir aux racines du black metal.

Comprenons bien une chose, avant que des groupes comme Emperor ou Satyricon ne sortent des albums portés par des mélodies très travaillées et complexes quasiment uniquement en trémolo, le black metal avait sous sa couche de ténèbres et de transcendance spirituelle de bonnes racines thrash primaire bien audibles. Voir se succéder des accords dignes des premiers Sarcófago ou Celtic Frost à grosse réminiscence punk était très habituel, et il a fallu du temps pour que la conception du black metal de ce qui sera nommé la seconde vague ne s’installe, effaçant quelque peu les groupes pionniers des esprits.

La musique de nos trois compères s’inscrit comme étant clairement du black metal seconde vague. Mais ayant des géniteurs héritiers directs de la première vague, beaucoup de passages sont on ne peut plus passéistes et s’invitent entre les trémolos. Ceux-ci sont particulièrement goûteux, en particulier si comme votre serviteur, les groupes pré-black metal scandinaves cités ici provoquent chez vous d’incontrôlables spasmes frénétiques. La production tout à fait organique et chaude va elle aussi en ce sens, rendant encore plus appréciables ces power chords ataviques et ces rythmiques claquantes.

Rassurez-vous toutefois, si votre truc à vous ce sont les mélodies en trémolo qui font gonfler le cœur et monter l’émotion, vous êtes devant le bon autel. La fin de « Ascension Rites » est une splendeur de black metal scandinave, intense et poignante. L’incroyable « Man Versus Beast » doit également être citée ici aussi, avec sa mélodie d’entrée absolument sensationnelle. Si vous aimez le black metal, ce riff ne pourra simplement pas vous laisser indifférent. Impossible de résister à ces trémolos épiques, qui donnent finalement lieu à quelque chose de plus menaçant, avec un ralentissement basé sur des arpèges de guitare et des nappes de clavier que viennent couvrir des grognements menaçants. N’oublions pas que qui dit black metal des origines dit forcément Satan. La majorité des paroles tournent autour de lui d’ailleurs. L’artwork et le titre de l’album en disaient déjà long, les « Hail Satan ! » entendus à plusieurs reprises et cette étrange parodie du Notre Père prononcée en français à la fin de « Man Versus Beast » attestent de l’allégeance de Hoest et de ses compagnons. Après tout, il ne fallait pas s’attendre à autre chose.

Petite baisse de régime à signaler sur « The Oath », qui fait un peu trop traîner en longueur son mid-tempo. « Devilgoat » se rattrape bien avec ses interludes folkisants très réussis, des mélodies inquiétantes et une atmosphère de possession et de dévotion satanique à fleur de peau. Cette fois pas de doute, c’est bien une femme qui jouit en fond, malmenée sans doute par le bouc de la pochette. Quelle ambiance, quelle chanson, quel black metal ! Dix minutes durant lesquelles une cérémonie sauvage sous l’égide de Satan se déroule sous vos yeux, aussi ensorcelante que terrifiante. Le magnifique instrumental final « Laudate Hircum » vient clôturer le disque, avec un violoncelle des plus langoureux et des mélodies enchanteresses jouées sur ce qui semble être un xylophone, sur fond d’arpèges de basse et de samples inquiétants. Aussi apaisant que mystique, entre beauté et démonisme.

Deathcult a ne fait pas du black metal, il fait le black metal. Plus authentique et sincère, vous ne trouverez pas. Plus ambiancé et efficace non plus. Ce disque est simplement excellent, aussi traditionnel qu’original à sa manière, parfaitement maîtrisé, plein d’inspiration et d’hommages, et perclus de petites touches inattendues. Une grande œuvre, pleinement aboutie. Une déclaration d’amour au black metal. Destiné à être un futur classique souterrain.

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