Avslut – Deceptis

Pays : Suède
Genre : Black Metal
Label : Osmose Productions
Date de sortie : 23 Février 2018

En Suède, le black metal a trouvé un terreau particulièrement adapté à la diversité. La Norvège, c’est le back metal mystique, souvent acoquiné avec la musique folk ou plein de mélancolie et de rancœur. En Finlande, c’est le black metal ritualiste, qui crache sa distorsion malsaine pour cacher ses mélodies possédées. Et en Suède… C’est beaucoup de choses.


S’il fallait sortir les plus grands noms du black metal suédois, on citerait probablement Dark Funeral, Marduk, Dissection, Shining, Watain et Funeral Mist. Cinq groupes officiant tous dans des styles de black metal très différents, beaucoup plus éloignés les uns des autres que leurs confrères norvégiens les plus notables. Étrange constat, qui mériterait développement. Ce ne sera hélas pas pour aujourd’hui, puisqu’il faut s’intéresser à Avslut. Groupe originaire de Stockholm, né en 2016, officiant dans un black metal tout ce qu’il y a de plus conventionnel. La grande influence ici est Dark Funeral, et ce de manière très claire. L’agressivité très prononcée, les rythmes soutenus, les mélodies efficaces et directes, et surtout la fameuse emphase suédoise… Comme chez Dark Funeral, on joue le jeu à fond. Les riffs sont cisaillants, l’ambiance reste extrêmement tendue et les instants de puissance brute sont au rendez-vous.

Lors de la première écoute, on est assez satisfait de ce que l’on a dans les oreilles. Tout est très propre, très bien joué, carré et travaillé. Les musiciens savent manifestement composer de manière efficace, on ne s’ennuie pas et on se laisse aller sans délai à cet univers infernal et nocturne parfaitement dépeint par la remarquable pochette. Seulement, on a du mal à y trouver quelque chose de plus, un supplément d’âme qui aurait été le bienvenue pour passer d’un album sympathique à une œuvre vraiment marquante. En insistant un peu, on réalise que l’album est plus riche que ce que la première écoute ne laissait voir. « Förlorad » se démarque d’abord, avec ses accords à réminiscence thrash et trémolos emphatiques. « Existensens Skugga » marque elle aussi par son riffing sur le refrain martelé de façon particulièrement puissante. Avslut est maléfique et sûr de sa force. Comme pour Dark Funeral en son temps, le joug tyrannique des ténèbres s’abat avec impétuosité sur les faibles révérants de la lumière.

« Martyrium » se pose comme pièce maîtresse de Deceptis, avec son départ à fond de train de trémolo-picking possédé, toujours assez théâtral dans l’idée. On s’imaginerait presque un chanteur d’opéra déclamer son texte sur les mélodies composées ici. Vers la fin de la première minute vient se poser un mid-tempo mortifiant, reposant sur de puissants accords de fond au-dessus lesquels se dessinent des arpèges hantés. Enfin, ce « Martyrium » asséné par plusieurs voix de concert, véritable litanie noire… Une excellente chanson s’il en est, puissante et inspirée.

Un petit mot s’impose sur la production, assez moderne et puissante, peut-être trop pour plaire à certains. Il est vrai qu’un soupçon de crasse supplémentaire n’aurait pas été de refus, mais enfin… Le rendu a au moins le mérite de très bien aller aux compositions, leur donnant la force nécessaire pour aller écraser l’auditeur sous des monceaux de violence et de noirceur. On notera peut-être une batterie un peu trop propre et clinique dans ses sonorités, qui se rattrape cependant largement par ses blasts assassin et ses plans assez fouillés, qui relèvent de manière très appropriée les passages les plus lourds par des roulements de double pédale menaçants au possible.

Le disque se finit sur l’enchaînement « Terra Mater » et « Avslut ». La première est un concentré de violence et d’énergie qui s’étale sur cinq minutes, renouant avec des riffs thrashisants plus que bienvenus, qui inséminent dans l’auditeur une pulsion de violence irrépressible avec ces palm-mutes bouillonnants. Enfin, la pièce finale est une longue chanson s’ouvrant sur un excellent riff très prenant, toujours dans cette veine maléfique très démonstrative et tragique. Les mid-tempi s’étalent, alternant entre rage et désolation, avant de laisser place à une accélération progressive toute en puissance qui débouche sur un blast dévastateur. On note un solo sur la fin de la chanson en forme d’agonie, qui vient encore ajouter une couche au sentiment de malédiction qui traverse tout l’album.

Deceptis est un très bon album, carré, bien composé, puissant. S’il prend un peu de temps à se révéler, il n’en reste pas moins un excellent morceau de black metal suédois, violent et affligé en même temps, qui mérite d’être creusé attentivement. Il n’y a pas grand-chose à reprocher à Avslut, qui réussit à alterner vitesse et moments de possession avec succès. On espère vite voir le groupe sur scène, avec le pressentiment que la musique du groupe y révélera son entière puissance.

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