Araphel – Shrine of Silence

Pays : États-Unis
Genre : Ritual Dark Ambient
Label : Cephalopagus Records
Date de sortie : 20 Janvier 2018

Le label Cephalopagus Records vient de sortir le dernier opus de la trilogie d’Araphel, projet dark ambient de l’américain Alex Alexander, qui co-gère également le label. Si des albums comme Altar of Voidance ou Throne of Antiquity plaçaient déjà la barre très haut, Araphel clôture de manière brillante un triptyque à la fois horrifique, envoûtant et cosmique. Shrine of Silence, sorti uniquement en format numérique, dévoile un visuel qui suggère la réunion mystique de mages vers d’autres dimensions. Ce parcours ne sera pas aisé et semé d’embûches. Comme l’affirme le petit texte narratif qui accompagne la musique, il est question ici d’un arrêt du temps et du bon déroulement d’une cérémonie qui permettra, lors d’une prochaine éclipse, l’ouverture de portails menant aux mondes souillés d’antiques et d’horribles créatures.

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« Enthralled Beyond The Essence of Cosmic Divinity », la première piste de cette album, nous transporte d’entrée dans un espace multi-dimensionnel. Les couches de sonorités arides et bruitistes libèrent le chaos à venir. Une nappe marque cette transition de façon précise et nette. Les ricanements de créatures et les effets sont du plus bel effet, ceux-là exprimant parfaitement la nature de la divinité cosmique, comme l’affirme le titre. Cette piste s’apaise et nous immerge d’entrée dans ce conte. L’aventure se poursuit par des nappes sourdes qui libèrent rapidement un voile d’écho. Ce morceau évoque l’éclipse lunaire attendue. La piste marque un court arrêt, puis la cérémonie commence.

Les sonorités distordues se fondent aux pads et à des voix rituelles qui servent de façon pertinente le propos tenu par Araphel. Il n’est pas question de longues litanies abstraites mais plutôt d’une alchimie raffinée qui nous livre une musique en constante mutation. »In Silence Enshrined » est un morceau plus sobre et classique. La piste suivante, « Cosmic Bounds In The Celestial Zenith », nous ramène aux mutations opérées par ces diaboliques événements. Les voix sont étouffées et expriment le passage d’un monde à l’autre. Elles servent parfaitement la narration voulue par l’artiste. Cette piste évolue alors vers un monolithe de sonorités stridentes.

Araphel maîtrise parfaitement sa musique et nous ravit par son ingéniosité à construire des images riches et parfois paradoxales comme lorsque ici une nappe éclairée rencontre les sonorités les plus violentes. Une percussion marque de nouveau une transition vers une outro où l’ordre cosmique du monde est arrivé à la fin de son court cycle de transition. « A Shrine For The Sleepless », la cinquième piste de l’album, distille une recette classique, la récurrence d’un son lointain et sourd à des pads qui s’entremêlent. Il faut saisir ici la maîtrise de cet artiste à engendrer une matière du son très riche, à travers des textures qui se mêlent ou qui s’entrechoquent, mais surtout, par l’addition de sons qui ne se répètent pas. Le son prend vie dans cette richesse et rend l’écoute extrêmement plaisante.

Aux sonorités étouffées et angoissantes, l’artiste trouve la solution pour ouvrir l’espace à l’immensité cosmique et à tous les possibles. La beauté de morceaux comme « Transcend of Mortal Flesh » rivalise toujours avec la noirceur et l’émancipation du chaos venu des ténèbres. À ce propos, il faut noter qu’Araphel signifie ténébreux en hébreu. Les cordes, à la fin de ce morceau, sont absolument superbes. Nous entrevoyons ici la richesse du répertoire de l’artiste, qui excelle dans les conventions du genre mais trouve avec facilité les formules qui permettent son originalité. Outre des morceaux très obscurs, Araphel construit des images enivrantes et bucoliques comme dans l’introduction de « Memories Cloaked In Firmament ».

La légèreté d’un chant d’oiseau reste toutefois bien éphémère, aux doux chants de moineaux se succèdent ceux d’un vol de corneilles. »From a Majestic Throne », avant dernier morceau de l’album, nous amène réellement au firmament de cet album. Le décors se dessine progressivement par des voix éthérées et ondulantes d’un haut-parleur à l’autre. La piste se mue en drone pendant un instant pour mieux tromper, des effets sonores articulent le retour d’une horreur insaisissable qui semble dicter ensuite, par l’ajout d’une voix, la nature des règles auxquelles ce monde n’échappe pas.

Il faut noter qu’Araphel, par l’ajout de cette voix sentencieuse, dévoile du même coup une partie de son inspiration puisée dans les mondes fictionnels de films ou encore de jeux vidéos. L’album se termine sous les bourrasques de vent et les crépitements acoustiques, qui nous mènent dans l’antre d’un roi mourant qui trouve ici sa dernière demeure. Comme dans une histoire de fantasy, lorsqu’un roi meurt, viens le moment de reconnaître la personne qui portera son fardeau. C’est ce qui est le mieux réussi dans ce final qui sert parfaitement l’album, qui, du début à la fin, ne perd pas le fil d’une narration variée. Ici, nous retrouvons de nouveau la voix du morceau précédent qui clôture cette histoire.

Par sa maîtrise technique et ses qualités de musicien, Araphel produit ici un excellent album qui fait se succéder autour d’une narration grandiose les moments les plus terrifiques et les plus aérés. La clarté des structures et la richesse des textures permet de générer une matière sonore en constante mutation et qui ne nous ennuie jamais. Il faut également louer le talent de l’artiste en tant que storyteller et sa capacité à faire émerger des images à la fois puissantes et originales, tout en restant dans les conventions du genre. La grande force de Shrine of Silence réside dans la façon dont la musique évolue et confronte l’ordre au chaos, l’immobilité au voyage et la beauté à l’horreur.

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