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Astral & Shit – Divo

Pays : Russie
Genre : Dark Ambient / Drone
Label : Black Mara
Date de sortie : 31 Janvier 2018

L’artiste russe Astral & Shit vient de sortir un nouvel album chez Black Mara, label qui nous a habitué à l’édition d’albums de qualité. Il n’est pas étonnant que la musique d’Ivan Gomzikov joue avec les contraires, entre contrées mythiques et réelles, univers minéraux et lointaines constellations. Ce musicien russe, prolifique et inspiré, vient de la ville de Neviansk, sur le versant est de l’Oural, entre les montagnes et la taïga, nous livre une musique habitée qui sonne comme une invitation au voyage. Black Mara propose cet album en version numérique ou en version physique en édition limitée, un CD livré dans un packaging raffiné composé d’une boîte rappelant un monolithe, une pierre noire et une rune qui brille à la lumière.

astral&shit_divo

Divo commence en douceur par l’addition de discrètes mélodies binaires, un léger bruit blanc, et l’éclosion de légères nappes. Ces textures sonores extraterrestres nous emmènent vers les Monts Riphées qui sont la première étape de ce voyage. Contrée mythique chez les anciens grecs, à l’image de Thulé, cette chaîne de montagne exprime dans cette musique ce qui est aux limites de notre monde et de notre perception. L’artiste souhaite en effet nous accompagner à la fois vers des univers bien définis mais aussi vers un voyage dans le temps qui nous ramène aux origines. Un voyage dans le temps donc qui permet à Astral & Shit de fonder une narration au fil de cet album. « Riphean Mountains », piste de dix minutes, nous embarque dans des textures à la fois éthérées et brutes, à l’image de ce mélange de sonorités volatiles et de scories noise.

Nous rentrons réellement dans le vif du sujet par la deuxième piste de l’album, « Ursa Major » (ou « Grande Ourse ») qui nous transporte du côté d’un univers cosmique qui se fait plus dense et puissant. Les pads resserrent l’étau et les textures fourmillent dans tous les sens. La musique ce transforme concrètement en un environnement vivant et mystérieux à la fois qui s’apparente à un véritable vortex. Bien que le titre des pistes nous conduise comme prévu dans cette histoire, il faut noter que celle-ci reste abstraite dans les faits. En effet, ce qui est le plus réussit dans cette piste est la capacité qu’a l’artiste à improviser et à expérimenter certaines sonorités et textures. « Polota Crossing », la troisième piste de l’album, est la pierre angulaire de ce projet. Cette piste, qui dure près de treize minutes, distille des textures de bruits qui ressemblent à des sirènes, sous une strate de pads inquiétants et d’enregistrement d’eau qui ruisselle sur des parois. Dans cet univers caverneux, la métamorphose du son prend vie.

Les bruits se muent en un déferlement de sonorités qui évoluent vers une drone inspirée plein de chair et d’harmonies à la fois complexes et minimaliste. Cette musique, assez sculpturale, devient par moment monolithique. Il s’agit là d’une expérience sonore pertinente car Gomzikov conserve tout le contrôle sur ses expérimentations. Cette piste montre la capacité du musicien à maîtriser un environnement instable qui, par ses métamorphoses, participe à construire des harmonies et des associations subtiles et originales.

« Mughodzhar » sonne comme un retour à la réalité. Véritable hommage au monde minéral et aux montagnes, cette pistes de neuf minutes se situe du côté des monts Mougodjar, prolongement de l’Oural au sud de la Russie et plus précisément au Kazakhstan. C’est autour d’un motif s’assimilant une rotation qu’Astral & Shit associe une touche de bruit, des sonorités enregistrées ou encore une nappe étouffée. Ces sonorités nous ramènent bien dans le réel, comme la piste suivante, « Taganay » qui est la poursuite d’un périple au cœur de l’Oural. Les nappes ressemblent plus à des rafales de vent qui accompagnent une drone basée sur une note qui a la texture d’un vieux synthétiseur.

Dans ce voyage peut être trop homogène, c’est l’issue qui est intéressante. Nous assistons en effet au retour de sonorités extraterrestres. L’auteur de cette chronique ne peut s’empêcher de penser à la bande sonore de Thief : Dark Project, jeu vidéo steampunk sorti au crépuscule des années 1990. En effet, si cet album a des sonorités inédites et actuelles, nous pouvons penser qu’Ivan Gomzikov n’a pas toujours le soucis d’expérimenter et de se renouveler. La fin de cette piste prépare la dernière partie de cette album, la sixième piste, « Beryl Eyes », qui conclut parfaitement cette aventure. Nous retrouvons les nappes dans l’esprit des précédentes pistes mais celles ci sont beaucoup plus légères.

Cette musique est un joyau tant elle exprime des harmonies féeriques, à la fois belles mais aussi inquiétantes. Certains gimmicks mettent en route la mécanique de ce final mélodique qui s’épure au fur et à mesure. Efficace et finalement minimaliste, cette piste donne un point définitif à cet album qui nous a transporté vers des contrées à la fois dures et imagées mais qui ne renforcent pas assez la narration. En effet, les lieux et les idées invoquées ne s’incarnent peut être pas assez dans la musique qui tend à épouser un concept mais ne le définit pas assez. Nous respectons parfaitement cette expression qui laisse aussi sa place au mystère et s’adresse à notre imagination par son côté abstrait.

Astral & Shit livre dans cet album une musique monolithique et inspirée qui oscille entre un dark ambient éthéré et des expérimentations sonores qui nous amènent dans un monde de métamorphoses. Entre montagnes d’Eurasie et constellations cosmiques, l’artiste russe arrive à nous embarquer dans un voyage à la limite d’un univers mythique et d’un itinéraire dans des lieux réels. Si l’album témoigne du talent et du style de l’artiste, nous aurions aimé davantage d’efforts pour que l’auditeur se sente captivé par cet environnement. Peut être trop mesuré, cet album arrive sans grand effort à nous tenir éveillé par sa musique qui sait être charmante et mystérieuse, mais qui sait aussi faire preuve d’originalité.

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