Hiemis – Nachtstücke

Pays : Espagne
Genre : Dark Ambient
Label : GH Records
Date de sortie : 4 Février 2018

Alors que le label espagnol GH Records, spécialisé à la fois dans le dark ambient, le neofolk et la musique médiévale, fête ses dix ans, il sort également le premier album de Hiemis, le projet musical de Juan Carlos Toledo. Intitulé Nachtstücke, ou « pièces de nuits », cet album est un hommage à l’écrivain E.T.A. Hoffmann, maître du romantisme allemand et de la littérature ésotérique et fantastique. Nous avons eu le plaisir d’écouter une musique inspirée qui colle à la narration des histoires contées par l’auteur allemand. Hiemis, sans produire une musique novatrice, séduit par sa capacité à construire une narration cohérente et former des arrangements équilibrés, efficaces et séduisants.

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Nachtstücke commence en douceur par des nappes de synthétiseurs qui forment une musique vaporeuse et éthérée. En effet, « Der Magnetiseur » évoque le pouvoir exercé par Alban, un médecin sur une baronne adolescente âgée de seize ans. Il s’agit là d’un thème efficace qui distille ses quelques notes attachantes ainsi que quelques percussions. Ce morceau, plein de sobriété, nous met parfaitement dans l’ambiance. « Die Jesuitekirche in G », ou « L’Église Jésuite en Sol », construit un thème qui s’appuie davantage sur la mélodie d’un violoncelle numérique. Ce motif permet au musicien de construire un thème qui déploie des chœurs et des percussions. Ce thème est de qualité mais nous trouvons peut être le son trop compressé sur certains passages. Les choix réalisés au niveau de la production sont pertinents. Le musicien convoque en effet un attirail de sonorités vintage qui se rapportent davantage au dungeon synth.

« Cyprians Erzählung », ou « L’Histoire de Cyprien », évoque bien les contrées du rêves. Dans un rythme très lent, Hiemis bâtit une musique riche en textures qui permet ensuite de mettre en valeur un motif mélodique qui nous emmène du côté de l’expérimentation sonore. Les effets sont utilisés avec parcimonie et servent parfaitement l’expression d’un phrasé lent dans lequel chaque note, chaque nuance a son importance. Après un morceau qui avoisine la dizaine de minutes, « Der Unheimliche Gast » (« L’Invité Effrayant ») est un morceau plus court et plus lyrique. Nous apprécions l’emploi de cordes numériques.

L’orchestre virtuel soutient des nappes de synthétiseur qui construisent une atmosphère charmante avec un léger suspens. Une voix macabre et discrète prépare la transition avec le morceau suivant, plus sombre mais aussi plus dense. Les sonorités bruitistes ont remplacé les nappes de synthétiseur dans l’introduction de « Das Öde Haus ». « La Maison Stérile » se veut plus aride. Un élégant motif, soutenu par un synthé qui se met en place progressivement, met efficacement en place une ambiance à la fois mystérieuse et sombre. Les arrangements sont parfaitement maîtrisés. Nous apprécions la modération dont fait part l’artiste, qui arrive efficacement à mettre en place des harmonies et des mélodies gracieuses d’un certain côté, ce qui permet de l’autre de soutenir un climat onirique, inquiétant et attirant.

« Die Automate » n’échappe pas au cliché de la mélodie qui s’apparente à la comptine. Les kicks et une sonorité légèrement stridentes détruisent rapidement ce déjà vu pour nous livrer un morceau assez riche. La mélodie épouse bien le côté vaporeux et expérimental de certaines sonorités qui nous ont transporté du côté de vieux thèmes du cinéma d’horreur des années 1970 et 1980. »Der Sandmann », ou « L’Homme au Sable », est une piste plein d’émotion qui nous amène dans le registre sentimental. Cette histoire, basée sur le désir et l’illusion de la réalité s’associe bien au morceau, qui transforme un thème enjoué en une musique pessimiste mais néanmoins très belle. Les arrangements du piano et des cordes en font une musique lyrique tandis que les claviers lui donnent son aspect plus cinématique. L’album se termine enfin sur le thème du vampirisme. « Vampirismus » est un thème bien plus oppressant et monte en puissance au fil d’un gimmick mélodique de quelques notes.

Ce morceau, uniquement composé au synthétiseur, se veut minimaliste, comme le reste de l’album. S’il s’agit d’une véritable réussite pour plusieurs titres de ce projet, la recette manque peut être de piment parfois. En effet, La composition de ces musiques s’arrête parfois à l’addition d’un seul motif mélodique sur différentes strates atmosphériques. Nous aurions aimé que l’artiste prolonge cette intention pour correspondre davantage au projet de départ qui est de s’associer à la littérature d’Hoffmann, que ce soit sous forme d’illustration de ces histoires ou d’un support qui nous invite à nous plonger, et c’est avec plaisir, dans l’atmosphère des thèmes évoqués.

Hiemis réalise un premier album intéressant dans la mesure où le langage employé recouvre un répertoire de sonorités et d’émotions assez large. Nachtstücke est en effet un album plein de références, puisqu’il rend hommage à E.T.A. Hoffmann, mais aussi parce qu’il emploie et joue avec les codes du fantastiques et de l’horrifique. Nous avons donc pris ce projet comme une invitation à la lecture, tant l’atmosphère minimaliste de ces musiques réussit à nous transporter dans ces univers. Nous regrettons que les formules employées se répètent parfois trop malgré cette variété qui couvre de larges influences, du dungeon synth à l’ambient.

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