Arktogäa – Æra Yersinia Pestis Spiritvs

Pays : Italie
Genre : NSBM
Label : Breath of Pestilence
Date de sortie : 12 Octobre 2017

Après une démo du nom de Blood for Wotan sortie en 2016, le duo lombard Arktogäa revenait au mois d’octobre dernier avec son tout premier album, intitulé Æra Yersinia Pestis Spiritvs. Appartenant toujours au genre NSBM, et toujours fort de thématiques tranchantes et d’un style plutôt acerbe, Arktogäa entendait faire un peu plus parler de lui avec la mise au monde de cette première sortie longue-durée, qui annonce tout de même plus d’une heure de musique sur le papier. Mais alors, s’agit-il d’une réelle bonne surprise ou d’un simple album tendancieux de plus ?

Pour en finir de suite avec les précisions thématiques, sachez que le nom d’Arktogäa a été initialement créé par certains cercles ésotériques allemands pour faire référence à un continent mythique, plus ou moins semblable, du moins sur le papier, à Thulé ou Hyperborée, et qui serait un lieu de propriété hypothétique de la race aryenne. Sur Æra Yersinia Pestis Spiritvs, le duo italien poursuit sur sa lancée initiée lors de la sortie de sa première démo, et continue son exploration des cultures scandinave et germanique, en lançant au passage de petites piques plus ou moins dissimulées. Citons simplement « Tearing Down the Kingdom of YHWH », qui ne laisse guère place au doute quant aux réelles thématiques du titre en question, YHWH étant le théonyme de la divinité d’Israël.

Naturellement, compte tenu des positions d’Arktogäa en matière de politique et de culture, la musique se devait de faire émerger toute la haine et le repli exprimés. Et la chose est globalement bien réussie. Sur Æra Yersinia Pestis Spiritvs, la musique du duo se fait simple, parfois même simpliste, mais aussi et surtout extrêmement entraînante. Mis à part le dernier titre, un peu en retrait en purs termes d’efficacité, aucun titre ne se montre vraiment en dessous des autres, et chacun parvient à offrir son moment de pur bonheur musical par sa dimension efficace très appréciable. Le tout inspire à une violence mesurée et assez enthousiaste, probablement grâce à la production assez claire et à l’absence de trémolos, qui rendraient le tout beaucoup plus noir.

Concernant les riffs, on est sur du facile et du franchouillard, ce qui n’empêche en rien la musique de se montrer attractive, citons notamment des passages de choix avec l’introduction de « Unter dem Hakenkreuz » ou encore la fin de « Strength and Anger ». Dans le cas de ce dernier, le son de guitare joue un rôle de choix dans la sublimation du rendu général, comme pour en remettre une couche quant à l’animosité d’ensemble. L’autre atout de poids concerne le chant d’Arkto Sigel. Au départ, je trouvais dommage de ne pas avoir un chant un tant soit peu éraillé pour renforcer le sentiment de haine viscérale présent sur l’album. Mais finalement, cette espèce de chant ronflant, ni trop grave ni trop aigu, se montre très captivant et rend bien service à l’album dans son entièreté.

Quelques samples bien virulents viennent fleurir çà et là, comme pour rappeler à l’auditeur que le ton de Æra Yersinia Pestis Spiritvs se veut très agressif, notamment, et sans doute inévitablement, sur « Tearing Down the Kingdom of YHWH ». Une chose est sûre, Arktogäa s’est donné les moyens de rendre son album efficace, mais aussi de faire en sorte qu’il inspire à une certaine méfiance. Dans tous les cas, il est simplement jouissif de constater le plaisir ressenti à l’écoute d’une musique qui se contente de faire bouger, si possible le plus violemment possible, sans tomber dans la brutalité pure ou dans le rentre-dedans très bas-du-front. De nos jours, ça en deviendrait presque rare.

On en a connus beaucoup, des albums de NSBM plus sales ou plus envenimés que celui-ci. Mais ce qu’a fait Arktogäa sur son premier album, il l’a très bien fait. Æra Yersinia Pestis Spiritvs a avant tout vocation à secouer son monde, d’abord musicalement, mais aussi thématiquement, et à faire cadeau de quelques passages très agréables que certains ont sans doute déjà envie de repasser en boucle. Le black metal au sens premier s’éloigne parfois compte tenu de la relative accessibilité de la musique des lombards, mais le plaisir d’écoute, lui, reste bien présent du début à la fin…

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