Amnutseba – Demo II

Pays : France
Genre : Black Metal Avant Gardiste
Label : Caligari Records
Date de sortie : 6 Février 2018

Le black metal en France, c’est déjà toute une histoire. Comme évoqué dans ma chronique de Christicide, le France a été un excellent terreau pour le black metal, où il a connu à peu près toutes les diversifications possibles. Mais en plus de se targuer d’une variété de sous-genres impressionnante au sein de sa scène black, la France possède un laboratoire. Et ce laboratoire, il se trouve au sein de sa capitale.

Il faut rappeler qu’en plus de ce laboratoire central, la France dispose de deux prestigieuses annexes sur son territoire. On citera Mondeville en Normandie où se terre l’entité Blut Aus Nord, ainsi que Poitiers où le culte Deathspell Omega a émergé. Si la réputation de ces deux annexes surpasse peut-être celle de la capitale en termes d’influence et de renommée globale, on notera quand même qu’une certaine activité se dégage des caves parisiennes, d’où ne cessent de sortir des formations proposant leur propre mutation du black metal.

C’est dans l’éprouvette située tout au bout de l’alambic le plus distordu de l’obscure alchimarium parisien qu’est né Amnutseba. Sur la table d’analyse est épinglée aujourd’hui sa seconde démo, constituée de deux pistes d’une durée presque égale, soit sept minutes quarante-neuf et sept minutes quarante-six. Dès la première seconde, trémolos dissonants et enregistrés sous une couche de poix. Le son est étouffé et pourtant strident, complètement fangeux. Le chant grogne et reste dans les graves. Pas de cassures de rythme intempestives, pas de frénésie dans les accords, pas de schizophrénie. Amnutseba préfère vous faire croire qu’il reste dans le cadre black metal que vous connaissez bien pour mieux vous perdre par la suite.

Le rythme n’est pas particulièrement soutenu, mais le sentiment de grouillement et de bouillonnement perdure tout le long de la démo. On est assailli par l’angoisse, qui colle au fond de la gorge comme ce son de guitare si moite et épais qu’il en devient presque boueux par moments. On notera l’étrange appel maladif articulé à cinq minutes quarante-cinq sur « III », qui accompagne sa mélodie arpégée dissonante d’une voix tremblante. On se perd, on a peur, on est agressé par la moindre parcelle de son. Amnutseba arrive à utiliser le besoin instinctif de retrouver nos marques musicales et à le retourner contre nous. On cherche, on croit arriver enfin à quelque chose de familier, on s’y accroche, et on réalise que malgré les apparences, ça n’a rien à voir avec ce que l’on connaît.

« IV » commence sur un climat encore plus oppressant, avec ce rythme insupportable entre lenteur et énergie anémique nerveuse. Les accords louvoient et se tordent, aucune structure n’est identifiable. Les plans de batterie s’émancipent complètement des « mélodies », trompant encore plus l’auditeur. Tout le morceau est construit en sables mouvants, qui serpentent entre les jambes mal assurées de l’auditeur pour lui faire croire à un sol ferme pour se dérober sous lui. Lourdeur est le maître-mot, une lourdeur physique qui annonce une menace omniprésente, que l’on ressent instinctivement à l’écoute de ces phases de guitare chaotiques.

Amnutseba propose une chute. Celle de Charybde en Scylla. Une chute perpétuelle, qui ne prend jamais fin. Scylla remplace Charybde, elle-même remplacée à nouveau par Scylla, et ainsi de suite, sans fin. Sale, instable, sans ossature, la musique d’Amnutseba contamine et corrompt. Cette démo s’écoute comme on verrait lentement toute lumière disparaître, asphyxiée par de lourdes et visqueuses ténèbres.

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