Marunata / Dreamshift / A Light In the Dark / Ghâsh – Colours of the Mind

Pays : France / Allemagne / Russie / Chili
Genre : Post Black Metal
Label : Pest Productions
Date de sortie : Mars 2018

Le voici donc enfin. Annoncé il y a de ça un petit moment, le split réalisé par les projets Ghâsh (Chili), Marunata (France), Dreamshift (Allemagne) et A Light In the Dark (Russie) est enfin en passe de voir le jour. Sur le papier, Colours of the Mind semble être en mesure de servir du très lourd dans la mesure où les quatre projets ne sont plus à présenter. Ce sont désormais des valeurs sûres de la scène post black metal internationale et apparentées, et ce split devrait nous le confirmer une bonne fois pour toutes. Voyons donc ce que nous avons au programme avec Colours of the Mind…

Et l’intéressante mixture démarre tambours battants avec le titre du projet Marunata, dont nous vantions les mérites à l’occasion de notre chronique sur son premier album. Comme sur Réminiscence, la musique de l’artiste français se montre très bien produite et propice à matérialiser toute la mélancolie contenue dans « l’Effraie ». On aurait peut-être apprécié avoir un titre à l’introduction plus lente avant d’entamer proprement les hostilités, mais ce choix de commencer fort n’est pas réellement contestable. Il est après tout appréciable de pouvoir casser quelque peu les codes parfois souvent trop prévisibles du post black metal.

Le rythme se montre lui aussi très intéressant, en alternant entre post black metal mordant et passages plus calmes et atmosphériques, où de très beaux chants féminins peuvent se faire entendre pour faire résonner toute la poésie que le projet est capable de créer. On distinguerait presque quelques influences venant d’Alcest, notamment dans la deuxième partie du titre, ce qui n’est évidemment pas fait pour faire baisser l’intensité émotionnelle ressentie par l’auditeur. Entre chants clairs sublimes et ambiance très travaillée, Marunata place la barre très haut d’entrée de jeu. Mais le plus agréable dans tout ça, c’est que la suite est tout aussi belle.

On enchaîne donc avec le titre du projet allemand Dreamshift, pour ma part uniquement connu grâce à la pochette magnifique et incomparable de son seul et unique album. La guitare puis la batterie commencent délicatement à occuper l’espace sonore, rapidement suivies par un chant écorché en arrière plan. Malgré la nature très crue de ce dernier, la tendance est sans contestation possible à la subtilité. Une fois que le rythme s’accélère, tout devient plus un poil plus concret, mais jamais sans perdre ce si bel aspect méditatif dont « Well, Come Home » est riche.

Le titre de Dreamshift se montre indéniablement plus agressif et moins contrasté. Les variations sont toujours là, notamment dans la deuxième moitié du titre, mais les parties black metal sont bien présentes et feraient presque oublier le caractère très post rock de la musique du projet allemand. Le titre se clôt malgré tout sur des touches plus légères avant de mourir dignement, sa tâche accomplie.

Place maintenant à « Let It Guide You » de A Light In the Dark, et rarement un titre aura aussi bien porté son nom que celui-ci. En effet, à l’écoute de la musique du projet russe, la seule volonté qui naîtra en vous sera celle de vous laisser porter naïvement et avec sérénité vers les méandres presque oniriques qui ont été façonnés avec le plus grand des soins. Le titre de A Light In the Dark est assurément le moins corrosif du split, et son onctuosité est plus que bienvenue après le titre un poil abrasif de Dreamshift.

La grâce et la finesse qui se dégagent de « Let It Guide You » sont plutôt efficaces et n’ont aucun mal à conduire l’auditeur vers quelque contrée fleurie qui a tout de l’endroit le plus rassurant du monde. Il est presque dommage que le titre ne dure pas plus longtemps, tant les huit minutes passent vite une fois que l’on s’est laissé bercer par les chants clairs de toute beauté qui sont proposés. Colours of the Mind se montre en tout cas d’une qualité rare pour ce qui est de ses trois premiers titres, et la tendance est confirmée pour la suite des hostilités.

Le temps passe vite lorsque l’on se sent bien, et c’est ainsi qu’il est l’heure d’aborder le titre de Ghâsh, « Of Love », qui démarre sur des notes légères pleines de sensualité. Mais c’est bien lorsque les guitares saturées font leur entrée sur scène que le tout devient plus pesant sur le plan émotionnel. Telle une ivresse toute nouvelle, la musique du projet chilien vient exercer une étreinte bienvenue mais un poil effrayante malgré tout. Heureusement, la légèreté est bel et bien au rendez-vous pour conforter l’auditeur dans sa position.

Il est dommage de ne pas avoir droit à plus de variété vis-à-vis des riffs saturés, mais « Of Love » est le titre le plus prenant de Colours of the Mind en compagnie de « l’Effraie ». Ghâsh fait fort pour mettre en musique quelque chose de très pictural et qui n’aura aucun mal à toucher la corde sensible de chacun. Là encore, la rythmique est irréprochable et permet au titre de tenir en haleine l’auditeur du début à la fin. Et c’est ainsi que se termine l’écoute absolument mémorable d’un split qui fera sans aucun doute date, tant sa qualité séduit.

On sort presque étourdi de l’écoute de Colours of the Mind. Les quatre projets en présence ont frappé très fort et sont parvenus à mettre leur talent en commun pour la production d’un album split qui fait mouche sur tous les tableaux. Sur l’année 2018 et concernant la scène post black metal internationale, il faudra se lever tôt pour espérer faire aussi bien que Marunata, Ghâsh, A Light In the Dark et Dreamshift. Colours of the Mind est un album magnifique par son potentiel de séduction, et nul doute qu’il enivrera une très grosse partie de son public…

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