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Live Report – Venom Fest – Jour 1

Après une programmation assez décevante pendant la période de septembre à mars, la ville de Nantes semblait vouloir se rattraper en offrant, juste avant le départ de votre serviteur de la Cité des Ducs de Bretagne, un festival à la programmation particulièrement alléchante. C’est ainsi qu’avec le compagnon Corvino, en souvenir du Samaïn Fest de novembre, nous nous rendîmes en ce grisaillant vendredi au Floride, boîte de nuit nantaise connue pour n’être pas la mieux famée de l’île. La salle se présente comme une maison défraîchie, complètement à l’écart des autres bars et autres discothèques du Hangar à Bananes, derrière le fameux Ferrailleur.

La salle est assez grande, avec une partie réservée pour les concerts et l’autre pour le bar. Une terrasse attenante à la salle de concert fut également mise à la disposition des festivaliers. D’emblée, après quelques minutes à prendre connaissance des lieux, on remarque la scène assez large, sa fresque de fond très onirique et le stand de merchandising proposant des articles alléchants à des prix tout à fait intéressants. Mais pas le temps de s’éterniser, Tan Khoz commence rapidement son set. Le black metal joué par les bretons est assez énergiques, mélodique, et porté par un chant plutôt écorché. Le groupe étant très peu connu, votre serviteur ne connaissait aucun morceau ni n’avait même connaissance de l’existence du groupe avant de le voir programmé à l’affiche. Bonne surprise cependant, avec une dévotion palpable sur scène et une vraie envie d’offrir un bon set. Mention spéciale au morceau très punk vers les deux tiers du set particulièrement efficace.

Passé cette très sympathique entrée en matière, place maintenant à Fallakr. Du black metal de France, sonnant plus finlandais que français. Corpse paints, crucifix inversés chaînes et clous… L’attirail black metal, qui fait toujours aussi plaisir à voir, est de mise. Les morceaux s’enchaînent avec un son de fort bonne qualité, à la grande surprise de votre serviteur, particulièrement exigeant à ce niveau, et qui ne s’attendait pas à trouver un bon son dans une salle de ce type, de quoi donner des leçons au Ferrailleur, dans lequel se tiendra d’ailleurs la seconde soirée du festival.

Fallakr sonne comme un mélange de Sargeist et de Horna, avec toutefois plus de Horna que de Sargeist, mais pas assez peu de Sargeist pour que l’on n’entende que Horna. Shartraug est bien présent en esprit ce soir, et le groupe livre un excellent set, possédé et possédant. Les mélodies simples et lancinantes, typiques de la scène finlandaise, collent immédiatement au fond du crâne, très correctement perceptibles, et entraînent sans problème dans l’ambiance délétère du black metal traditionnel. Le concert est excellent, et on ira vite se pencher sur l’effort studio du groupe en rentrant. Bonnes mélodies, sincérité palpable, maîtrise et influences plus que recommandables.

On garde deux musiciens et on change d’ambiance pour Goatslave. Déjà plus connu, le groupe s’approcherait plus d’un Archgoat, avec des pointes de Black Witchery, comme en témoigne le tee shirt du guitariste-chanteur. Du black death bestial mais pas primitif pour autant. Ambiance blasphématoire au possible, furie du guitariste-chanteur infesté par le Démon, hurlements gutturaux, présence scénique puissante et impérieuse… Grosse claque pour votre serviteur, qui se laissera aller à ces élans de bestialité portés par de gros riffs qui font bouillir le sang. Blasphemy, Conqueror, Beherit, Angelcorpse… Ils sont tous là. Et bon sang que c’est bien fait, que c’est sincère et premier degré, que c’est méchant ! Un groupe qui m’aura marqué sur scène plus que sur le premier album sorti, déjà très réussi. À voir absolument !

Vient enfin le clou de la soirée. Sale Freux, le groupe qui insupporte autant qu’il rend fou. Dunkel monte sur scène, et tout de suite, votre serviteur a su qu’il n’avait pas affaire à n’importe qui. Si les albums de Sale Freux ont pris du temps à venir empoisonner le cœur de votre serviteur, il n’aura fallu qu’un seul concert pour consacrer cette entité à tout jamais dans le cercle des groupes qui rejoignent et se fondent dans la personnalité de l’auditeur. Dunkel se tient debout, le visage blanchi et les traits marqués au noir, quelque peu courbé, des plumes de corbeaux fixées à sa main droite. Ne cillant presque jamais, regardant la foule avec un regard glaçant qui juge et transperce, arborant sans la surjouer une hostilité sincère envers son public, Dunkel est un oiseau de proie, torve et bilieux, qui coasse ses textes suintant de mélancolie dans son micro.

Tournant volontiers le dos à la foule, buvant à grande goulée son vin rouge, il crache ses mots aigres au visage des auditeurs. Sitôt un smartphone levé pour tenter de le filmer, il se dirige vers l’indigent en secouant la tête, et envoie une rasade de vin rouge sur l’odieux appareil en voyant que son possesseur refuse de le ranger. Sans qu’on ne sache pourquoi, la foule aura choisi de se lancer dans les joyeusetés sportives devant Sale Freux, et non devant Goatslave… Quelque peu étonnant pour une musique qui s’y prête si peu. Ne demandez pas la setlist à votre serviteur, il n’en sait rien. Les albums de Sale Freux, il les écoute d’une traite, sans pause, sans regarder le nom des pistes, comme on avale une bouteille de vin aigre sans en regarder l’étiquette. Tout est là, malgré la foule trop guillerette.

La haine, le dégoût, la déception, le refus du monde, la nostalgie, la peine, et la mélancolie, la mélancolie, la mélancolie. Plus que chez n’importe qui d’autre, plus que dans n’importe quel autre groupe. Sale Freux déverse une poisseuse angoisse du monde dans la gorge de votre serviteur, et lui fait ingérer de force une pulsion de fuite vers les côtes rongées par le sel et les champs humides et froids, loin du monde, loin de soi-même.

Dunkel ne feint rien, Dunkel ne montre rien, Dunkel se contente d’être sur scène, exacerbé par son maquillage et son chant. Une incarnation de la misanthropie. Beaucoup aiment, jouent et écoutent du black metal. Dunkel fait partie des rares qui le portent en eux comme un foie d’alcoolique, trop gonflé pour être recraché ou arraché, trop noirci et bilieux pour quiconque d’autre que soi-même, trop rance et poisseux pour ne pas envahir de sa pestilence tout l’être.

Après cet instant extraordinaire qui aura profondément marqué votre serviteur, lui et son compère quitteront la salle sans trop tarder. La soirée aura été excellente. Trois groupes très recommandables, et un Sale Freux qui souffre simplement de ne pas souffrir encore plus. Dunkel aura dominé toute la soirée, comme une aile noire et huileuse éteignant une lune pourtant pleine.

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Fondateur / Rédacteur chef - maxime.deruy@gmx.fr

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