Sojourner – The Shadowed Road

Pays : Nouvelle Zélande
Genre : Black Metal Atmosphérique
Label : Avantgarde Music
Date de sortie : 15 Mars 2018

Sojourner revient après un excellent premier album. Avantgarde Music est de nouveau là pour aider le groupe à se produire, pas de changement de line-up à l’horizon, toujours Mike Lamb à la composition, un membre de Borknagar au mixage, le légendaire Dan Swanö au mastering, un artwork bien léché… La route était parfaite pour Sojourner, ne reste que la musique pour savoir si ce tableau de rêve prend tout son sens.

Et honnêtement, l’attente au demeurant relativement courte est bien récompensée. On retrouve les mélodies de guitare langoureuses de Mike Lamb, toujours pétries de mélancolie et de nostalgie, soutenues par des claviers pas trop pompeux et bien dosés, le tout reflété dans une réverbération omniprésente. Dès l’ouvreuse « Winter’s Slumber », on retrouve le Sojourner de 2016. Mélodie d’ouverture jouée séparément par les différents instruments, puis un ensemble puissant et porteur qui débouche sur une nouvelle mélodie plus alanguie. D’emblée, on est pris dans la musique comme dans une peinture vaguement estompée représentant un paysage trop beau pour être réel, idéalisé et gracieux. « Titan » prend la suite avec sa très belle mélodie à la guitare folk en début de piste, vite rejointe par le groupe entier. Sojourner offre un très bon début d’album et remet en avant son talent principal, faire dans le grandiose distant, contemplé de loin, sans jamais trop en faire. Quoique…

S’il y a bien une différence entre ce Sojourner-ci et celui de 2016, c’est le côté épique. La cuvée actuelle me semble un tantinet plus porté sur le grandiloquent, ce qui, pour votre serviteur, est un peu dommageable. Empire of Ash m’avait énormément plu en prenant de la distance avec l’aspect trop héroïque de ce genre de black metal. Aujourd’hui, on a quelque chose de moins humble et réservé, de plus éclatant. On laisse quelque peu exploser la superbe et l’épanchement de sentiments grandioses, au détriment de la délicatesse plus prononcée d’antan.

Pourtant, les ingrédients n’ont pas bougé. On retrouve des mélodies très proches du grand frère, le chant écorché de Lamb et celui diaphane de sa compagne, augmentés d’ailleurs de quelques passages en chant presque growlé qui rendent très bien dans le tout. Ce qui a réellement changé, c’est l’agencement. Les voix sont mixées plus en avant, la batterie est beaucoup plus claquante, tout ressort de façon plus claire. Les guitares ont pris une sonorité trop lisse au goût de votre serviteur, et perdent quelque peu en profondeur, faisant pâtir le disque d’un manque de poigne sentimentale à l’usure.

« Ode to the Sovereign » fait preuve d’une belle maîtrise avec une mélodie principale réellement marquante, malheureusement atténuée par un pont trop guilleret compensé par des belles harmonies un peu plus loin. Au rayon des points forts, il faut également noter « Our Bones Among the Ruins », avec une excellente mélodie ici aussi qui porte toute la chanson. Concluons avec le morceau éponyme, qui commence à la façon d’un « The Pale Host ». Le chant n’est pas très convaincant au début, mais connaît une envolée magnifique après une trentaine de seconde qui rappelle beaucoup « Enya » dans la bande originale du Seigneur des Anneaux. Le reste de la chanson se déroule entre désolation et grâce, tiraillé d’un côté par la mélancolie et de l’autre par l’espoir. Un riff en tapping très réussi intervient avant que Lamb ne vienne hurler ses couplets, et l’épopée se déroule jusqu’à la fin du disque. L’album se tait, le voyage s’achève.

À n’en pas douter, le périple fut plaisant. Les mélodies remarquables sont là, les moments d’excellence également… Seulement, il manque quelque chose. Il n’y a plus cet aspect intimiste qui faisait toute la beauté du premier opus. Sojourner est devenu moins humble, plus sûr de lui. Dans son cas, c’est un défaut. Tout était dit dans la pochette remarquez, la lumière du couchant sur les vieilles ruines laisse place à quelque chose de plus éclatant, de plus clair et glorieux.

Ne nous y trompons pas, il n’y a pour ainsi dire rien à reprocher à Sojourner objectivement. C’est bien composé, bien joué, un peu moins bien produit, mais très bien illustré. Une partie de la profondeur s’en est allée, mais cela devait être évitable avec un tel succès après le premier album et une équipe de choc à la post production. The Shadowed Road s’écoute très bien, il n’est jamais déplaisant. Seulement, il évoque les émotions, et ne les fait plus réellement vivre.

Sojourner s’en sort tout de même très bien. Il trouvera facilement sa place dans vos écoutes, tant il est soigné et bien construit. Ce n’est pas le talent qui manque dans ce disque. Peut-être est-ce une certaine douceur, une nostalgie plus douce et moins éclatante comme celle qui avait permis des merveilles comme « Heritage of the Nature Realm ». Un petit « dommage », mais un grand « bravo ».

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