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Ende – Goétie Funeste

Pays : France
Genre : Black Metal
Label : Obscure Abhorrence
Date de sortie : 10 Mars 2018

Ende nous revient, après quasiment un an jour pour jour, avec un nouvel album. Toujours signé chez Obscure Abhorrence Productions, toujours I. Luciferia à la composition et Thomas Njordr aux fûts, toujours du black metal à l’ancienne et toujours des ossements et des corbeaux. Rien n’a changé alors ? Pas si sûr…

Après un Emen Etän qui signait la consécration du groupe, celui-ci a maintenant la difficile tâche de maintenir le niveau. D’autant plus qu’Ende est finalement assez unique. Oui, il est étrange de parler de groupe unique pour une musique si classique, mais que voulez-vous, depuis que les Légions Noires se sont éteintes et que des groupes comme Nehëmah n’existent plus, il n’y a plus foule pour le black metal à la fois noble et spirituel selon la vieille tradition dans nos contrées. Ende se pose comme héritier spirituel assumé des Légions Noires, mais aussi des légendes norvégiennes des débuts. Ainsi, rétrospectivement, on pourrait dire qu’Ende se situe au croisement de Vlad Tepes, du Nehemäh du premier album et du Gorgoroth des premières années. Vraiment pas de quoi rougir, donc.

Seulement, les choses ne sont plus tout à fait ce qu’elles étaient. Goétie Funeste s’ouvre sur la fort prenante introduction « From the Tomb », qui laisse place à « Crawling In Winter », qui débarque avec un premier riff fabuleux, à la fois langoureux et parfaitement poignant. On ressent toujours ce petit esprit très fier et un brin aristocratique dans les mélodies, typique au possible. La piste est excellente, enchaîne les riffs et les ambiances délétères aussi sombres que fascinantes. Nous y sommes de nouveau, dans cette forêt battue par la pluie sous un ciel sans Lune, à contempler ce morne château duquel s’élève un étrange feu. De nouveau, la magie funèbre, les cornes et les sorcières. La même magie qui animait déjà Nehemäh et les Légions Noires en somme.

« Blakolla » arrive elle aussi à transporter avec des riffs plus nostalgiques et peinés. On va de passages portés par une maestria puissante à des parties plus mid-tempi, empreintes de désolation et de chagrin. On notera la mélodie de guitare finale qui ferait presque penser à Sühnopfer. Et c’est ici que l’on commence à parler des variations. L’auditeur attentif que vous êtes aura remarqué que la production est quelque peu plus épaisse, moins famélique. Les guitares sont plus denses, davantage remplumées par rapport à l’album précédent, presque plus chaudes. C’est, du point de vue de votre serviteur, un choix quelque peu dommageable, dans le sens où Ende s’était montré excellent l’an dernier avec ses mélodies drapées dans cette distorsion froide et maigre. Le groupe en devient par la force des choses un rien moins hostile, dirait-on par moments… Il ne saisit plus autant à la gorge avec sa froideur inhumaine.

« À Ta Peau Glabre » alterne entre passages discutables, le riff d’ouverture en est un bon exemple, et très bonnes mélodies avec ce passage très Gorgoroth à une minute quarante. « A Seventh Gate of a Seventh Sign » se démarque quant à elle par une construction assez originale. Nous avons d’abord un riff lancinant et arpégé hypnotique très prenant, suivi d’une accélération progressive, et enfin un passage presque groovy qui fait beaucoup penser votre serviteur à « Cimonar de Nuit » de Darkened Nocturn Slaughtercult, en se distinguant par une batterie très à propos. On en profitera pour glisser que le chant est toujours aussi rageur et rauque, et qu’il a toujours autant de facilité à emporter dans les fables morbides d’Ende.

Inutile de continuer à décrire les pistes une par une. On notera quelques très bons riffs dans les trois dernières « vraies » chansons, entrecoupés cependant de passages plus dispensables. Rien n’est vraiment mauvais, pas d’inquiétudes, seulement on trouve ici moins de constance dans l’excellence de la composition que dans le disque précédent. « A Circle Made of Human Remains » est sans doute la piste la plus faible de l’album, et n’arrive pas à se départir de ses riffs confus et quelque peu lassants. La piste se débrouille tout de même pour maintenir dans l’ambiance du disque, mais n’apporte en soi pas grand-chose. Tout le contraire de « In Bones » qui s’ouvre sur un excellent riff parfaitement possédant et continue dans une atmosphère funéraire au possible. Un clavier vient appuyer ce climat sépulcral, et la piste se conclue sur un superbe enchaînement de riffs portés par un blast ravageur. Une dernière chanson somptueuse, de celles qui font la renommée d’un groupe.

Goétie Funeste alterne le très, très bon et les passages plus moyens. Par-dessus tout, votre serviteur regrette qu’Ende se fasse plus humain. À l’écoute de ce disque, vous ressentirez peut-être que le groupe exprime plus de chaleur, dans le sens où leur musique a l’air plus « incarnée » qu’avant. On n’est plus en face d’une description de scènes et de paysages, mais ils sont vécus, digérés, ressentis de manière plus sensiblement humaine. On passe d’un point de vue objectif à quelque chose de plus subjectif. Ende est plus impliqué. Et étrangement, ce n’est pas forcément ce qui lui va le mieux. Ah, et autre point faible par rapport a la sortie précédente, cet opus ne contient pas de reprise de Vlad Tepes, ce qui constitue un gros manque étant donné la qualité de celle présente sur le dernier album en date ! On attend une reprise de « Raven’s Hike » pour le suivant !

Malgré ces quelques petits regrets, cette Goétie Funeste reste un bon, voire très bon album par moments. Seul le changement de ton et les moments de flottement empêchent votre serviteur de se montrer aussi enthousiaste que l’an passé. Mais admirons tout de même ce que nous avons là ! Un groupe qui arrive à toucher avec de la pluie, des clochers et des corbeaux à notre époque, c’est précieux. Ayons confiance, cet album passe après un chef d’œuvre après tout, et Ende a encore du talent à revendre, nul doute à ce sujet.

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