Noirion – The Elements ov Primordial Darkness

Pays : Bosnie-Herzégovine
Genre : Dark Ambient
Label : Noctivagant
Date de sortie : 10 Mars 2018

Le label américain Noctivagant a récemment sorti le second album de Noirion. Artiste de Bosnie-Herzégovine tourné à la fois vers le black metal (sous le nom de Gorlagon) et le dark ambient, Noirion nous gratifie d’un album obscur et introspectif plein de ténèbres qui s’associent à des concepts alchimiques et divins. The Elements ov Primordial Darkness est sorti à la fois au format physique sur CD et en version digitale.

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L’album commence par une piste réellement dense qui nous emporte dans un univers allusif. « Breaking Ov The Vessels » joue avec les espaces, quelques éléments et bruits acoustiques se mêlent parfaitement aux sonorités ambient qui participent à une certaine tension dramatique. Un simple motif mélodique permet aux instruments d’évoluer vers une piste pauvre en harmonie mais riche en textures et en intensité. »The Opening Ov The Manak Mavdil » assure parfaitement la transition avec une piste rituelle. Les tintements de cymbales nous font pénétrer dans une narration différente autour du thème de la liturgie juive, souvent associée au sabbath et qui a inspiré différentes traditions ésotériques. Les motifs rythmiques et mélodiques se multiplient jusqu’à créer une musique habitée où les voix se fondent au rythme qui ne fait que s’intensifier au fur et à mesure. Quelques pads bâtissent des harmonies abyssales qui soutiennent parfaitement cette ambiance mystérieuse. Les chœurs sont déformés par cette cérémonie inquiétante et pleine de tension. Sur la fin du morceau, un rythme d’inspiration indienne et des incantations qui se répètent subliment cette musique inspirée et exaltante.

Avec « Invoking Ov The Crimson Goddess », l’invocation des dieux s’attache ici aux poncifs du genre. Une percussion brève marque les transitions d’un morceau qui crache ses incantations de manière dissimulée et vicieuse. Les mots sont susurrés et laissent place à un motif mélodique qui s’associe aux sons précédents. Sur ce rythme extrêmement lent, il est question des métamorphoses que seuls les initiés doivent pouvoir saisir. Si Noirion nous livre une belle image de ce moment, il faut souligner également la thématique ésotérique à laquelle il est fait référence. Plutôt versé dans la magie noire et une excellente alchimie du son, Noirion nous ravit par cette musique pleine de chair et d’intensité.

« Choronzon The One Who Is Devouring The Divine Light » est une allusion au mal. En effet, le démon qui « dévore la lumière » est le pendant de la piste précédente qui appelait une déesse. Dans le monde de Noirion, les éléments et les entités se fondent dans la recherche de cet équilibre naturel. Au-delà d’une vision du bien ou du mal, c’est un monde qui trouve une harmonie dans les contraires. La piste est puissante, les rythmes soutiennent une ambiance plein de suspens. Les voix, tout comme l’instrumentation, construisent un environnement de ténèbres qui progressent au fur et à mesure. Quelques fulgurances, une simple note par exemple, saisissent l’instant et dévoilent une beauté, une aura de mystère dans un morceau de drone qui n’est absolument pas ennuyeux mais qui trouve au contraire un juste équilibre par ces formules. À un morceau plutôt monolithique, Noirion ajoute le grain de sel qu’il fallait, à la manière d’un jump scare au cinéma.

« Oreb Mavet, The Ravens Ov Death » poursuit cette évocation de sciences occultes ancestrales, passées au travers les mains d’un alchimiste de Perse ou des occultistes de l’occident. « Oreb Mavet », ou l’évocation d’un démon millénaire qui se lie à Baal, participe bien à donner une tension, une puissance qui se fait crescendo dans ce morceau. Les voix ténébreuses, les bruits étouffés, les croassements sont autant d’évocations possibles des ténèbres et de la mort. Celle ci n’est pas si fade, elle fait vivre cet univers au rythme d’un pad éthéré qui donne la cadence à ce morceau. Enfin, « Rise Ov The Dark Realms » boucle la boucle. Le mal étant fait, il est question d’un rituel qui se déroule aux sons des sistres et du tambour, mais surtout d’une voix qui chante des incantations à la manière d’un muezzin. Cette cérémonie finale, au lieu de nous laisser sur notre faim, nous invite à suivre cet artiste qui donnera, j’en suis certain, une suite inspirée à ce travail.

Noirion signe à travers The Elements ov Primordial Darkness un album de grande qualité, plein de nuances et d’intensité. Les instrumentations et les textures variées bâtissent un travail inspiré qui nous plonge dans une histoire occulte pleine de diversité. Qu’il soit question de rituels ou d’incantations, d’apparitions de démons ou de déesses, Noirion conserve le sens de la mesure ce qui lui permet de réaliser un album équilibré et puissant. Noirion est donc un artiste qu’il faut suivre et qui mérite les éloges, car si les thèmes de ce projet sont convenus, la manière, sans être profondément originale, dévoile une pleine maîtrise de son art au niveau de la narration comme de la musique.

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